07/09/2026
Hommage à la médecine, hommage à mon père
J’ai été abandonnée à la naissance par mon père.
Il était médecin.
Mais, durant toute mon enfance, je ne savais même pas quel métier il exerçait.
Et pourtant, il y avait déjà quelque chose d’étrange dans mon rapport à la médecine.
Petite, j’adorais entrer dans les pharmacies. Leur odeur me fascinait. Une fois à l’intérieur, je ne voulais plus en sortir. Et lorsque l’on me demandait ce que je voulais devenir plus t**d, une réponse revenait naturellement : docteur.
La vie en a décidé autrement.
J’ai grandi auprès d’une maman elle-même en difficulté, avec peu de confiance en moi et sans toujours recevoir l’éducation et les encouragements dont j’aurais eu besoin pour croire en mes capacités.
En humanités, j’aimais particulièrement les sciences et la biologie. Mais ma maman décida de m’en éloigner pour me pousser vers le latin.
Je me souviens encore de mes amies qui, dans la classe d’en face, observaient des vers de terre pendant leurs cours de sciences. Moi, je regardais cela de loin, assise dans un cours qui ne me correspondait pas.
Quelque chose s’était interrompu.
J’ai finalement suivi un autre chemin. Je suis devenue institutrice primaire, puis je me suis mariée et je suis devenue une tres jeune maman. Ma vie s’est installée entre la famille, les responsabilités et mes casseroles.
Le rêve de la petite fille qui voulait devenir docteur semblait bien loin.
Puis, après mon premier divorce, alors que je traversais également des difficultés amoureuses, ma route m’a conduite dans un temple tibétain.
Un lama m’a posé une question toute simple :
« Que veux-tu faire dans ta vie professionnellement ? »
Je n’ai pas réfléchi.
Je lui ai répondu spontanément, avec quelque chose qui venait directement du cœur :
« Je voudrais enlever les tristesses des gens. »
Il m’a alors répondu :
« Pratique la méditation du Bouddha de la Médecine, et tu y arriveras. »
J’avais confiance en ce maître.
Alors je l’ai écouté.
J’ai commencé à pratiquer la méditation du Bouddha de la Médecine.
Très vite, cette pratique a pris une place de plus en plus importante dans ma vie, jusqu’à devenir le cœur de l’activité que j’ai créée pour accompagner les autres.
Ce lama est d’ailleurs venu lui-même bénir mon activité.
Avec le recul, je trouve extraordinaire de voir comment certains fils de notre existence finissent par se rejoindre.
Je n’ai pas fait le metier de médecin dont je rêvais enfant. Mais la vie a tout de même placé sur mon chemin une autre manière de réaliser ce désir ancien : apaiser la tristesse des êtres.
La méditation du Bouddha de la Médecine est arrivée sur ma route presque comme une réponse à quelque chose que je portais depuis toujours sans pouvoir le nommer.
Et aujourd’hui, une autre boucle se referme.
Je pense à mon père.
À cet homme que je n’ai pas connu et qui était médecin.
Pendant longtemps, j’ai porté de la colère contre lui. J’ai détesté celui dont j’aurais tellement voulu recevoir l’amour.
Aujourd’hui, je regarde cette histoire autrement.
Peut-être puis-je simplement reconnaître ce lien étrange qui nous unit malgré l’absence : cet amour de la médecine qui était déjà en moi lorsque j’étais enfant, bien avant que je puisse comprendre d’où il venait.
Alors aujourd’hui, plutôt que la colère, j’aimerais laisser une place à l’hommage.
Hommage à la médecine.
Et hommage à toi, Papa.
J’aurais aimé te connaître.
J’aurais aimé pouvoir t’aimer.
Cet amour aurait adouci mon karma plutôt que toutes ces années passées à te détester.
Mais il n’est peut-être jamais trop t**d pour transformer ce qui a été.
Tu étais médecin.
Je suis devenue, à ma manière et sur un tout autre chemin, une femme qui cherche à soulager la souffrance des autres.
Et aujourd’hui seulement, je mesure combien la vie possède parfois une étrange façon de refermer ses cercles.
Alexandra