15/07/2026
Ai-je l’espace en moi pour contenir cette immense tristesse face aux forêts qui s’embrasent et aux animaux qui disparaissent dans les flammes…tout en ressentant une joie profonde pour ce que m’offre ce bouquet de carotte sauvage, de respirer une fleur de tournesol qui vient d’éclore, voir le premier potimarron faire son nid dans le jardin, cuisiner le vivant et le savourer de toute mon âme ?
J’ai pensé trop tôt que les consciences s’éveilleraient à mesure que les flammes se rapprocheraient de Paris.
Mais tant que nous entendrons un Président de la République remercier les pompiers héroïques d’avoir sauvé « nos paysages », nous n’aurons pas encore compris le message du feu.
Croire que ces paysages nous appartiennent comme une jolie déco, c’est encore rater la cible.
S’abstenir du deuil de la faune, la flore, les sols vivants, les champignons, les insectes, les oiseaux, les arbres centenaires et essences rares, de cette infinité de relations invisibles qui font battre le cœur d’un écosystème, c’est passer à côté de notre espoir de renaître plus reliés à cet organisme vivant avec lequel nous sommes uns et indivisibles.
Tant qu’une ministre de l’Agriculture comptera les millions d’animaux morts en « tonnes perdues », sans remettre en question un modèle économique fondé sur l’élevage industriel et la souffrance animale, nous n’aurons pas encore compris le message du soleil.
Tant que l’angle médiatique se bornera à la cause criminel des incendies, nous n’aurons toujours pas compris l’appel du feu à regarder en face notre responsabilité et à remettre en cause nos incohérences qui impactent sur la biosphère, la vie sauvage, les cultures, notre santé, et qui rendent la chaleur et l’horizon 2050 insoutenables .
Si le feu est une catastrophe sur un plan, il est aussi un langage sacré qui nous ramène à l’humilité en tant qu’êtres de passage sur Terre. Il nous rappelle que nous avons rompu un équilibre ancien et une sagesse dévotionnelle envers le vivant, que nous restons des élèves face au mystère de la vie, cette immense trame de coopération présente bien avant nous, et qui continuera son chemin sans nous 💚
Texte de Anaïs Beltran