06/09/2026
La Coupe du Monde ou la Coupe de Don Dodo ?
L’annonce a fait l’effet d’un carton rouge distribué avant même le coup d’envoi. Les autorités américaines ont refusé l’entrée sur leur territoire à Omar Abdulkadir Artan, arbitre somalien désigné pour officier lors de matchs de la Coupe du Monde. Dans un tournoi censé rassembler la planète entière autour du football, certains découvrent que le ballon rond doit désormais passer par les filtres de la politique, de la géopolitique et de l’humeur du maître des lieux.
Depuis des années, la FIFA nous vend le rêve d’un sport universel où chaque nation a sa place, où les frontières disparaissent derrière les couleurs des équipes. Pourtant, lorsque l’arbitre ne peut même pas franchir la frontière du pays hôte, le slogan commence à ressembler à une publicité mensongère. Le monde est invité à la fête, mais le videur décide finalement qui a le droit d’entrer dans la salle.
À observer la situation, certains supporters commencent à se demander si l’événement mérite encore le nom de Coupe du Monde. À leurs yeux, il s’agit plutôt de la « Coupe de Don Dodo », un tournoi où les règles du football semblent parfois moins importantes que les décisions du locataire de la Maison-Blanche. Les cartons jaunes sont distribués par les arbitres, mais les cartons d’entrée seraient désormais distribués par Washington.
La FIFA, de son côté, brille par un silence digne d’un gardien de but qui regarde le ballon entrer dans les filets sans tenter le moindre plongeon. L’organisation qui sanctionne rapidement une chaussette mal remontée ou un brassard non conforme paraît beaucoup moins pressée lorsqu’il s’agit de défendre le principe fondamental d’un tournoi mondial : l’égalité de participation pour tous les acteurs du jeu.
Au final, cette affaire laisse un goût amer. Une Coupe du Monde où l’on sélectionne les invités selon des considérations politiques ressemble moins à une célébration du sport qu’à une démonstration de puissance. Le football devait unir les peuples ; il risque aujourd’hui de servir de décor à ceux qui veulent rappeler au monde que certains sont invités à jouer, tandis que d’autres doivent rester à la porte.
Nerestant Gutteau Fisher
Journaliste d’investigation spécialisé en enquête et renseignement pour RTVi