08/24/2026
Il y a une fierté un peu particulière à descendre un escalier de côté, deux jours après une séance de jambes. Comme une médaille. La preuve, se dit-on, qu'on s'est « vraiment » entraîné.
Alors je vais casser quelque chose. Les courbatures ne mesurent pas la qualité d'une séance. Elles mesurent surtout que tu as fait un effort inhabituel. Un débutant a mal partout ; un sportif aguerri, presque jamais — et devine lequel des deux progresse le plus. Être « raqué » le lendemain, ce n'est ni un diplôme ni un échec : c'est une information, rien de plus.
Derrière cette croyance, il y en a une plus grande et plus vieille : « no pain no gain. » Pas de douleur, pas de résultat. On a grandi avec, quelque part entre les cassettes d'aérobie des années 80 et l'imaginaire militaire. Sauf que la science de l'entraînement a avancé depuis.
Le progrès ne vient pas de la douleur. Il vient d'un bon stimulus, répété, puis de la récupération qui laisse le corps s'adapter. Encore faut-il distinguer deux sensations qu'on mélange sans arrêt.
Il y a le bon inconfort : l'effort, la brûlure d'un muscle qui travaille, le souffle court. Celui-là construit, tu peux le traverser. Et il y a la douleur, la vraie : l'articulation qui proteste, la pointe vive, celle qui s'installe le lendemain et reste. Celle-là te demande d'arrêter. L'ignorer n'a jamais rendu personne plus fort — seulement plus blessé.
Après 50 ans, la nuance devient capitale. Pousser dans la douleur ne fait pas progresser, ça abîme. Et une blessure, c'est des semaines d'arrêt, donc du recul. « No pain no gain » finit très souvent en « beaucoup de douleur, aucun gain ».
Attention, l'excès inverse est un piège tout aussi bête. Personne ne progresse dans le confort total, à ne jamais forcer. Le vrai travail demande un effort réel, un inconfort assumé — mais un inconfort choisi et dosé, pas une douleur subie qu'on exhibe comme un trophée.
Au fond, on a moralisé la souffrance. Comme si se faire mal prouvait qu'on le méritait. Ton corps, lui, ne distribue pas de bons points à la douleur. Il répond à la justesse.
Alors voici une idée à contre-courant de tout ce qu'on t'a appris : une bonne séance ne devrait pas te laisser complètement vidé. Bien menée, elle te laisse fatigué, d'accord — mais souvent plus vivant qu'en arrivant. La tête plus claire, le corps réveillé, l'envie de revenir demain. Si tu ressors systématiquement à plat, détruit, méfie-toi : c'est rarement le signe d'une bonne séance, plus souvent celui d'une séance de trop.
Serrer les dents dans la douleur, tout le monde peut le faire une fois.
En faire juste assez, assez souvent, assez longtemps pour être encore là dans dix ans — voilà la vraie force.