22/04/2026
𝐋𝐞𝐬 𝐞́𝐛𝐨𝐮𝐞𝐮𝐫𝐬, 𝐜𝐞𝐬 𝐬𝐮𝐩𝐞𝐫 𝐡𝐞́𝐫𝐨𝐬
Il est 3h 30. Pendant que la plupart des Abidjanais dorment, Abou est debout.
Vêtu de sa combinaison verte, il s’en va bara. Il retrouve ses collègues : Marc et le vieux Kouassi. En dépit de leurs différences religieuses, ils font ensemble une prière rapide avant de démarrer la journée.
Au départ, Abou n'était pas à l'aise avec cela. Mais quand on fait le genre de travail qu’ils faisaient, on oublie nos différences et on reste solidaires.
Après la prière, ils commencent à sillonner les rues d’Abidjan. Abou et Marc ramassent les ordures qui sont à terre, soulèvent les poubelles et versent leurs contenus dans la benne.
Après 2 rues, ils commencent à avoir mal à la hanche. Le vieux Kouassi au volant du camion, les encourage : » Allez les enfants. C’est la vie. »
Eh oui, c’est la vie. Orphelin de père depuis ses 10 ans, Abou était l’espoir de sa famille.
C’était lui l’homme de la maison alors, les odeurs qu’il respirait au quotidien et les mouches ne lui disait plus rien.
Il avait fini par s’habituer aux maux de dos et aux crampes à répétition.
La seule crainte qu’il avait parfois, c’était de tomber malade et de laisser sa pauvre mère sans soutien. En effet, dans son métier, les risques de blessures et de maladie étaient élevés.
En ramassant les ordures, on tombait parfois sur des bouts de verres cassés, sur des arêtes de poisson et même sur des objets tranchants qui peuvent traverser les gants ou les bottes.
Parfois, Abou avait envie de dire aux habitants des rues qu'ils sillonnaient que c’est l’homme qui vient ramasser leurs ordures.
Parfois, il avait envie de leur demander de bien emballer les ordures.
Parfois, il avait envie de leur parler de Aziz, son collègue qui avait passé des semaines à l’hôpital après avoir été blessé par un couteau jeté sans ménagement dans une poubelle qu’ils vidaient.
Parfois, Abou voulait dire aux gens de jeter leurs ordures dans les poubelles plutôt qu’à côté.
Des Abou, il y en a des milliers. Si nous ne sommes pas envahis par les odeurs et les rats, c’est parce que des Abou débarrassent la ville des ordures.
Facilitons leur la tâche en les traitant avec respect et en emballant correctement nos ordures.