23/08/2026
Ils avaient tout fait pour qu'il ne manque de rien… »
Cet enfant avait grandi entouré d'amour. Ses parents veillaient sur lui, anticipaient ses besoins et faisaient tout pour qu'il ne manque de rien.
Lorsqu'il voulait quelque chose, ils le lui donnaient. Lorsqu'il rencontrait une difficulté, ils intervenaient. Lorsqu'il faisait une erreur, ils trouvaient souvent une excuse pour lui. On lui refusait rarement quelque chose. On lui demandait rarement d'attendre. On lui apprenait peu à renoncer.
Peu à peu, il a grandi sans véritablement expérimenter la frustration, les limites ou les conséquences de certaines de ses décisions.
À l'adolescence, les difficultés sont devenues plus visibles. Il avait du mal à accepter qu'une chose ne lui appartienne pas. Il ne supportait pas qu'on lui dise NON. Il ne savait pas attendre. La moindre frustration pouvait provoquer une réaction excessive.
À l'école, ses relations avec les enseignants, ses camarades et ses amis devenaient de plus en plus compliquées. Il pouvait manquer de respect, imposer ses volontés, multiplier les conflits et avoir du mal à reconnaître ses torts.
Et lorsqu'une difficulté se présentait, il ne cherchait pas toujours à la résoudre seul. Il retournait vers ses parents, convaincu qu'ils finiraient par régler le problème à sa place.
Les dérives se multipliaient et ses parents intervenaient encore, ils excusaient, minimisaient, réparaient parfois à sa place… jusqu'à se retrouver eux-mêmes dépassés.
Il était même arrivé à les insulter.
Et pourtant, ces mêmes parents se demandaient :
« Mais qu'avons-nous fait de mal ? Nous avons tout fait pour qu'il soit heureux. Nous avons toujours voulu qu'il ne manque de rien. »
C'est parfois là que se trouve tout le paradoxe. Aimer son enfant profondément ne signifie pas toujours savoir ce dont il a besoin pour grandir.
Et puis, un jour en clinique, j'ai été témoin d'une scène qui m'a choquée.
Ce parent qui s'était mis à genoux devant son propre enfant.
À genoux, le suppliant d'accepter d'aller en soins.
Le parent qui, pendant des années, avait tout fait pour son enfant se retrouvait maintenant à le supplier.
Cette scène m'a profondément poussé à m'interroger.
"À quel moment protéger son enfant cesse-t-il de l'aider à grandir ?"