02/04/2026
Le deuil quand le corps et le temps basculent
Je suis psychiatre.
Je pensais comprendre le deuil...
Puis j’ai perdu mon oncle.
Brutalement.
Et j’ai compris que le deuil ne touche pas seulement l’esprit.
Il s’imprime dans le corps.
Le plus choquant, ce n’est pas la mort.
C’est que le monde continue.
Les gens rient.
La vie avance.
Et toi… tu es figée.
Je n’ai pas eu le temps de m’effondrer.
J’ai annoncé. J’ai tenu.
Alors ma douleur, je l’ai contenue.
Et ce qu’on contient…
revient autrement.
Chez moi, c’est passé par quelque chose d’inattendu :
l’odeur.
Mon oncle était un grand fumeur.
Cette odeur, je l’ai toujours connue.
Elle faisait partie de lui.
Elle ne m’a jamais dérangée.
Aujourd’hui, je ne la supporte plus.
Elle m’oppresse.
Elle me brûle la poitrine.
Comme si mon corps avait décidé, sans moi,
que ce qui était lié à lui
était devenu douloureux.
Le deuil ne se raconte pas seulement.
Il se respire.
Et puis il y a eu autre chose.
Plus silencieux.
Plus déroutant.
J’ai changé d’âge.
Pendant des années, j’avais l’impression d’avoir 17-18 ans.
Une forme de légèreté, presque intacte.
Le jour où je l’ai perdu,
ça s’est arrêté.
Brutalement.
Comme si on m’avait projetée ailleurs.
Sans transition.
Aujourd’hui, j’ai 35 ans.
Et je le ressens vraiment.
Pas parce que le temps a passé.
Mais parce que quelque chose s’est cassé.
Le deuil, ce n’est pas seulement perdre quelqu’un.
C’est perdre :
une présence
des repères
et parfois… une version de soi
Alors non, je n’ai pas dépassé ce deuil.
Mais je commence à comprendre ceci :
Le lien ne disparaît pas.
Il change de forme.
Et apprendre à vivre avec ça…
c’est déjà un début.