23/08/2026
🎭 LES MASQUES DE PROTECTION - RENCONTRE 5
Celui qui ne s’autorise jamais l’erreur
« C’est bien… mais j’aurais pu faire mieux. »
Il y avait pourtant de quoi être fier.
Le travail était réussi. L’objectif atteint. Les compliments sincères.
Mais son regard, lui, s’était déjà posé sur le détail qui dépassait.
Celui que personne n’avait remarqué.
Personne… sauf lui.
C’est ainsi que se dessine celui que j’appelle l’Irréprochable.
On pourrait croire qu’il cherche la perfection. Mais ce n’est pas toujours aussi simple. Parfois, il ne cherche pas tant à être le meilleur qu’à ne laisser aucune prise au jugement.
Car pour lui, une erreur n’est pas toujours seulement une erreur.
Elle peut réveiller la peur de décevoir. De perdre sa légitimité. De ne plus être à la hauteur. Comme si une rature sur la page risquait soudain de remettre en question tout ce qui avait été écrit avant.
Alors il vérifie.
Il corrige.
Il recommence.
Et lorsqu’il atteint enfin le niveau qu’il s’était fixé, il déplace parfois la barre un peu plus haut.
Peut-être a-t-il grandi dans un environnement où l’on remarquait davantage ce qui manquait que ce qui était réussi. Peut-être a-t-il été comparé, critiqué, humilié. Peut-être encore a-t-il découvert que la réussite lui apportait une reconnaissance qu’il ne savait pas obtenir autrement.
Alors une conviction silencieuse a pu s’installer :
« Si je suis irréprochable, personne ne pourra me faire sentir insuffisant. »
Dans les travaux de Lise Bourbeau, certains reconnaîtront ici les traits du Rigide, qu’elle associe à la blessure d’injustice : l’exigence, la maîtrise, la recherche de justesse et la difficulté à s’accorder le droit à l’imperfection.
Mais l’Irréprochable peut aussi s’être construit face à l’humiliation, au rejet ou chaque fois que la valeur personnelle a semblé dépendre de la réussite.
Cette exigence lui a souvent beaucoup apporté.
De la rigueur. De la persévérance. De la fiabilité. Le goût du travail bien fait.
Le problème n’est pas de vouloir progresser.
Il apparaît lorsque l’erreur cesse d’être une expérience pour devenir un verdict sur soi.
Alors : « J’ai fait une erreur » se transforme silencieusement en : « Je ne suis pas à la hauteur. »
La réussite, elle, procure parfois un soulagement. Mais il dure peu. À peine une montagne gravie, le regard cherche déjà le caillou qui aurait pu être mieux escaladé.
Et il existe une face plus inconfortable de ce masque.
Celui qui ne s’accorde aucun droit à l’erreur peut parfois avoir du mal à accepter que les autres, eux, se l’accordent.
L’exigence que l’on retourne constamment contre soi finit parfois par déborder.
L’Irréprochable ne cherche pourtant peut-être pas la perfection.
Il cherche un endroit où il pourra enfin se sentir assez.
Mais cet endroit ne se trouve pas au bout d’un travail parfait, d’une carrière exemplaire ou d’une vie sans rature.
Car il restera toujours quelque chose à améliorer.
Retrouver sa liberté ne signifie pas devenir négligent ou renoncer à l’excellence.
Cela signifie apprendre à corriger une erreur sans se condamner avec elle.
À regarder ce qui peut être amélioré sans oublier tout ce qui a déjà été accompli.
À comprendre, enfin, que sa valeur ne se remet pas en jeu à chaque faux pas.
Alors je te laisse avec cette question :
« Si tu faisais une erreur et que personne ne t’en aimait moins… qui aurais-tu encore besoin d’impressionner ? »
💜 La pensée d’Indira
« Une erreur peut demander une correction. Elle n’a jamais besoin de devenir une condamnation de celui que tu es. »
Et toi, lorsque quelque chose n’est pas parfait, cherches-tu à améliorer ce que tu as fait… ou commences-tu à douter de ta propre valeur ?