09/04/2026
Le constat : 50 % des arrêts maladie des moins de 30 ans sont psychologiques. Faut‑il vraiment s’en étonner ?
Selon le baromètre AXA, un arrêt maladie long sur deux chez les moins de 30 ans est lié à la santé mentale. Ce chiffre choque. Mais quand on écoute les jeunes diplômés, quand on les voit arriver en consultation, quand on entend leurs mots… est‑ce vraiment surprenant ?
Ce que disent les chiffres
AXA Datascope : 50 % des arrêts longs des moins de 30 ans sont psychologiques.
Dares : hausse continue des arrêts pour troubles psychiques depuis 10 ans.
Assurance Maladie : explosion des arrêts pour anxiété, dépression, burn‑out chez les jeunes actifs.
Santé Publique France : augmentation des symptômes anxieux et dépressifs chez les 18–30 ans.
OMS : les 15–29 ans sont la tranche d’âge où la santé mentale se dégrade le plus vite.
Les données sont claires. Mais elles ne disent pas pourquoi.
Ce que disent les jeunes diplômés en consultation
Je reçois régulièrement des jeunes diplômés brillants, motivés, qui ont “réussi” tout leur parcours. Et pourtant, dès leur premier poste, quelque chose se fissure.
« Je suis seule face à une charge de travail croissante. »
Alice, 25 ans, une jeune ingénieure agronome, recrutée pour du marketing dans une banque, voit son périmètre s’élargir sans cesse. Son équipe de 3 personnes s'est réduite à elle seule...Démission, altrenant parti... Elle s’isole dans les toilettes pour pleurer. Personne ne le voit. Personne ne demande, chacun absorbé dans ses propres tâches. En arrêt de travail depuis 2 mois, sous anti dépresseur, elle ne peut même pas passer devant le lieu de travail et amorce des pistes de reconversation.
« Je panique en réunion, quand c'est à mon tour de prendre la parole. »
Sonia, 26 ans, autre ingénieure, perfectionniste et experte, reste sans voix quand elle doit intervenir. Elle connaît parfaitement son sujet, mais son corps se fige. Aucune formation proposée. Aucun échange. Aucune main tendue. Son expertise est valorisée… mais personne ne voit qu’elle est prête à démissionner, juste pour cette raison car elle aime son travail!
« Est ce que je dois continuer à m’accrocher, ou accepter que ce métier ne me donnera jamais de place ? »
Camille, CPE – Vacataire depuis 4 ans.
Elle « se partage » entre deux établissements. Dans les faits, elle travaille bien plus : parce qu’un élève en crise n’attend pas le bon jour, parce qu’un conflit ne se résout pas en 30 minutes, parce qu’elle ne sait pas “laisser tomber”.
Elle a choisi ce métier pour être un repère. Elle est devenue une variable d’ajustement. Dans le premier établissement, on lui confie les heures dont personne ne veut. Dans le second, on lui dit qu’elle est “indispensable”… mais on ne lui propose jamais un poste complet.
Elle connaît les élèves, leurs histoires, leurs fragilités. Les familles la remercient. Les enseignants s’appuient sur elle. Les élèves la cherchent. Mais administrativement, elle n’existe pas. Elle ne peut pas s’ancrer dans une équipe, parce qu’elle n’est jamais vraiment dans aucune.
Elle arrive en consultation épuisée, mais surtout désorientée
« Je ne peux plus exercer. »
Maxime, 35 ans, jeune médecin, en burn‑out, quitte la médecine. Il se tourne vers la création d’une entreprise de nettoyage. Non pas par manque de vocation, mais parce que son métier l’a consumé avant même qu’il puisse s’y installer.
Le paradoxe :
Ceux qui s’effondrent ne sont pas les moins capables. Ce sont souvent les plus performants, ceux qui ont appris à exceller — mais pas à être débutants, pas à demander de l’aide, pas à habiter un rôle.
Alors, faut‑il s’étonner ?
Quand une génération arrive sur le marché du travail sans transmission, sans cadre contenant, avec un perfectionnisme internalisé et des métiers choisis pour leur prestige… Non.
👉 Ce n’est pas une fragilité individuelle. 👉 C’est un signal collectif.
(Les prénoms ont été changés).
Agnès MATZ