01/09/2026
La rentrée, un seuil invisible : ce que nos enfants traversent quand ils poussent la porte de l'école
« Je suis fatigué je stresse un peu ». Ce matin, sur le tableau d'expression de la maison, mon fils de CM2 a posé ces mots sans emphase, en passant comme on dépose son sac une fois rentré. Sept mots, aucun drame apparent. Et pourtant, dans leur sobriété même, ils disent tout : la fatigue d'un corps qui anticipe, le stress d'un être qui sait, sans toujours savoir exactement pourquoi, qu'il s'apprête à franchir quelque chose. Ces mots méritaient qu'on s'y arrête, qu'on ne les range pas trop vite dans la case commode du « c'est normal, ça arrive à tous les enfants ». Car si c'est en effet fréquent, cela ne signifie pas que ce soit anodin. Et il est peut-être temps de regarder en face pourquoi l'école, ce lieu que l'imaginaire collectif pare de la joie d'apprendre et de la promesse du vivre-ensemble est aussi, si souvent, un foyer de tension.
Le vertige de la nouveauté : ce que l'enfant quitte, ce qu'il ne sait pas encore trouver
Avant d'être une question pédagogique, la rentrée est une expérience de rupture. Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott a montré combien l'enfant a besoin, pour se développer, d'un environnement suffisamment stable et prévisible, ce qu'il nommait le holding, pour pouvoir ensuite s'aventurer vers l'inconnu sans s'y dissoudre. Le foyer et les visages familiers constituent cette enveloppe de sécurité première.
Chaque rentrée oblige l'enfant à desserrer, ne serait-ce que temporairement, cette enveloppe : nouveaux camarades parfois, nouvel enseignant presque toujours, nouvelles règles implicites à décoder et nouvel espace à cartographier : ce n'est pas rien. C'est même, à l'échelle d'une existence enfantine, un événement considérable.
Le neuropsychiatre Stephen Porges, avec sa théorie polyvagale, éclaire ce que traverse alors le système nerveux de l'enfant : face à toute situation nouvelle et non maîtrisée, l'organisme évalue, souvent hors de la conscience, si l'environnement est sûr. Tant que cette évaluation n'est pas stabilisée, [...]
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