20/05/2026
MOI, THERAPEUTE DE COUPLE
L'ESPACE QUE JE GARDE POUR VOUS
Dans beaucoup de traditions, il existe un geste simple
qui ouvre quelque chose de plus grand que nous :
une bougie allumée dans le silence,
de l’eau versée avec lenteur,
un fil noué au poignet,
un mantra murmuré quand la nuit,
un bol déposé avec respect pour se souvenir d’où l’on vient.
Ici, avec vous,
le geste est différent.
Plus dépouillé.
Et, d’une certaine façon, plus exigeant.
Je tiens le champ
pour que vous puissiez y entrer.
J’offre ma présence
pour que vous puissiez vous offrir, l’un·e à l’autre, votre vérité.
C’est l’essence d’Imago :
ce dont le cœur se souvient
quand il se sent assez en sécurité pour s’ouvrir.
La Communication noble — le Dialogue intentionnel —
est le champ que je protège entre vous :
un tissu vivant
qui permet à deux êtres de se rencontrer en Je–Tu (cf Bobin).
Alors j’écoute, non pour choisir un camp,
non pour trancher,
mais pour adoucir l’air autour de vous
afin que la vérité puisse respirer.
C’est l’art de rester ouvert·e,
même lorsque le récit de l’un·e ne ressemble pas
à la mémoire de l’autre,
à son ego,
à son intime sentiment de justice.
Ma tâche est de garder l’espace stable
pendant que les défenses se desserrent
et que vous entrez dans ce champ partagé
où vos deux réalités peuvent exister sans peur.
Ceci aussi est de l’amour :
laisser chacun·e parler,
même quand une vérité arrive trop vite, trop fort,
sur le cœur sensible de la personne aimée.
Offrir à la douleur — enveloppée de musique, d’images,
et du sens de votre propre mémoire —
un lieu sans interruption, sans correction, sans contre-attaque.
Quand cela arrive, la blessure commence à se relâcher.
L’histoire redescend dans le corps
dont elle s’était éloignée pour survivre.
Et dans cette réciprocité,
je fais partie du mouvement de guérison moi aussi.
Car lorsque l’un·e de vous est vraiment entendu·e,
tout le champ se déplace :
des fantômes anciens desserrent leur prise,
et quelque chose de plus vaste
traverse la pièce.
Personne ne peut promettre
que l’équanimité viendra vite,
ni que l’empathie apparaîtra sur commande.
Mais je peux promettre ceci :
pas de mal… pas d'attaques…
Un champ tenu avec constance.
Un champ porté avec intégrité.
Et une fidélité profonde
à ce qui vous a réunis ici :
L'envie de reconstruire.
Il y aura des ruptures — bien sûr.
Deux êtres qui s’aiment,
c’est l’art le plus vulnérable que nous connaissions.
Mais la réparation ?
La réparation est le chemin du retour.
Le retour vers le « nous »,
avec humilité,
avec tendresse,
avec le courage de recommencer.
Et dans ce recommencement,
quelque chose s’ouvre au-delà de vos histoires :
une présence, une lumière,
le souvenir de ce qui vous a fait vous choisir
au début.
Aimer.
Écouter.
Devenir plus entiers
dans l’espace entre vous.
Traduit et adapté d'un poème de Jayne Gumpel