Sel de Vie

Appeler Site Web Contacter le cabinet

Sel de Vie Retrouver sa boussole interne avec la thérapie brève est un véritable cadeau. Le changement se remarque entre 2 et 10 séances.

La psychanalyse Rêve Eveillé offre le chemin de la profondeur. Prendre rendez vous, c est faire un premier pas. La thérapie brève permet d aller dénouer ce qui vous gêne, blesse, freine dans ce que vous traversez. Au cours d un dialogue, le consultant fait des prises de conscience libératrices. La psychanalyse permet de revisiter son histoire, de donner du sens et de terminer autrement les schémas de répétitions.

02/08/2026

«Qui regarde le miroir de l’eau aperçoit, il est vrai, tout d’abord sa propre image. Qui va vers soi-même risque de se rencontrer soi-même. Le miroir ne flatte pas, il montre fidèlement ce qui regarde en lui, à savoir le visage que nous ne montrons jamais au monde, parce que nous le dissimulons à l’aide de la persona, du masque du comédien. Le miroir lui, se trouve derrière le masque et dévoile le vrai visage. C’est la première épreuve du courage sur le chemin intérieur, épreuve qui suffit pour effaroucher la plupart, car la rencontre avec soi-même est de ces choses désagréables auxquelles on se soustrait tant que l’on a la possibilité de projeter sur l’entourage tout ce qui est négatif.».

Les racines de la conscience, C.G. Jung, page 45

Artiste : Le Caravage (Caravaggio)

31/07/2026

« L'émotion est la source principale de toute prise de conscience. Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l'apathie en mouvement. »

Jung , Les Archétypes et l'inconscient collectif
Art : Paige Bradley.

25/06/2026

Dialogue clinique avec Lacan
Ce qui s’est cassé dans cette famille : violence du père, silence de la mère et défaut de loi

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

I. La scène clinique

Je viens vers Lacan avec une scène familiale qui insiste.

Une jeune femme revient vivre chez ses parents. Mais elle ne revient pas seulement dans une maison. Elle revient dans une scène ancienne. Le père y apparaît comme violent, imprévisible, traversé par une violence qu’elle qualifie de « gratuite ». La mère, elle, semble faible, silencieuse, incapable de faire barrage.

Depuis ce retour, la patiente semble prise dans le besoin de diminuer le père, de le contrer, de le disqualifier. Comme si elle voulait inverser le rapport de force. Enfant, elle aurait tenu tête. Adolescente, elle cassait des objets dans la maison. Elle a aussi probablement été placée trop tôt dans une position de responsabilité auprès d’un frère et d’une sœur plus jeunes.

Je dis à Lacan :

— Ce qui me frappe, c’est que cette patiente semble revenir dans la maison familiale comme on revient sur une scène de crime psychique. Elle n’est plus enfant, pourtant elle retrouve des places anciennes. Le père violent, la mère silencieuse, la fille qui attaque ou qui casse. J’ai l’impression que quelque chose n’a jamais été symbolisé.

Lacan répond :

— Vous dites : le père violent. Mais il faut d’abord distinguer le père réel et la fonction paternelle. Ce père-là, tel que vous le décrivez, n’incarne pas la loi. Il l’écrase.

II. Le père violent n’est pas le père symbolique

— Pourtant, dis-je, il occupe une position de puissance dans la famille. Il impose sa présence, son humeur, sa violence.

— Justement, répond Lacan. La puissance n’est pas la loi. La loi symbolique n’est pas le caprice du plus fort. Le père qui crie, frappe, humilie ou terrorise n’est pas nécessairement celui qui fait fonction de père. Il peut même être celui qui empêche la fonction paternelle d’advenir.

Je l’écoute.

— Ce que vous appelez violence gratuite est très important. Pour l’enfant, une violence sans cause lisible, sans adresse claire, sans parole qui la borde, n’est pas une loi. C’est une irruption du réel. Une violence qui tombe, sans médiation, sans signification. L’enfant ne rencontre pas un interdit structurant. Il rencontre une jouissance opaque.

— Une jouissance du père ?

— Oui. Une jouissance qui ne se reconnaît pas comme telle, mais qui s’impose à la famille. Le père ne dit pas : voici la limite. Il fait de son propre débordement une limite pour les autres. Ce n’est pas la loi. C’est l’arbitraire.

III. Quand le Nom-du-Père ne protège pas

Je lui demande :

— Dans cette famille, la fonction paternelle serait donc défaillante, même si le père est très présent ?

— Le père peut être trop présent dans le réel et absent dans le symbolique. C’est même fréquent. Un père peut remplir l’espace, occuper les corps, faire trembler la maison, sans jamais soutenir la loi.

— Donc la présence réelle du père ne garantit pas la fonction paternelle ?

— Absolument pas. Le père réel peut être bruyant, violent, envahissant. Mais le Nom-du-Père, lui, suppose autre chose : une opération symbolique qui sépare, limite, interdit la jouissance sans loi, inscrit l’enfant dans un ordre où la parole a valeur de médiation.

Il marque un silence.

— Dans votre cas, ce qui semble manquer, c’est précisément cette médiation. Le père fait effraction. La mère ne fait pas tiers. L’enfant reste seule devant la violence.

IV. Le silence de la mère : quand l’Autre ne répond pas

— La mère me paraît centrale, dis-je. Elle est décrite comme faible, silencieuse. Elle ne protège pas. Elle ne fait pas barrage.

— Vous avez raison de ne pas la réduire à une simple victime. La question n’est pas de l’accuser moralement. La question est de comprendre sa fonction dans la structure familiale. Si la mère ne dit rien, si elle ne nomme pas, si elle ne marque pas que quelque chose est inadmissible, alors l’enfant ne reçoit pas de l’Autre la confirmation que ce qu’elle vit est violent.

— C’est-à-dire ?

— Un enfant peut supporter beaucoup de choses si un adulte vient dire : ce qui se passe n’est pas normal, tu n’en es pas la cause, je vois ce que tu subis. Mais si l’Autre maternel se tait, l’enfant reste seule avec l’énigme. Le silence de la mère laisse la violence du père sans traduction.

— Le silence aggrave la violence ?

— Il la laisse devenir monde. Il ne la coupe pas. Il ne l’inscrit pas comme exception. Il ne dit pas : cela ne devrait pas être. Alors l’enfant peut croire que la violence fait partie de l’ordre de la maison.

V. Casser des objets : écrire dans le réel ce qui ne peut pas se dire

Je poursuis :

— Adolescente, cette patiente cassait des objets dans la maison. J’ai proposé de l’entendre non comme une simple crise, mais comme une tentative de faire apparaître ce qui était déjà cassé.

Lacan semble approuver.

— Casser un objet peut être une adresse. Ce n’est pas seulement détruire. C’est parfois faire surgir dans le réel ce que le symbolique n’a pas pris en charge.

— Comme si l’objet cassé venait représenter la famille cassée ?

— Oui. Lorsque la parole ne trouve pas d’Autre pour l’entendre, le sujet peut passer par l’acte. L’objet brisé devient un signifiant dans le réel. Il dit : regardez. Il y a ici une fracture. Vous faites semblant que la maison tient, mais quelque chose est déjà détruit.

— Ce serait donc une tentative de symbolisation ?

— Une tentative, oui, mais encore prise dans l’acte. L’acte vient là où le signifiant manque. Il fait trou. Il force l’Autre à voir. Mais si l’Autre ne lit pas l’acte, si personne ne l’interprète autrement que comme une crise ou une provocation, alors le geste reste sans réponse.

VI. Diminuer le père : trouer l’image du père tout-puissant

Je lui dis :

— Aujourd’hui, elle semble vouloir diminuer son père. Elle le contredit, le disqualifie, cherche à l’abaisser.

— C’est très lisible. Elle tente de trouer l’image du père tout-puissant. Elle cherche à le faire tomber de sa place imaginaire.

— Est-ce une avancée ?

— Cela dépend. Si elle peut dire : mon père n’était pas la loi, il était un homme violent, alors oui, quelque chose se décolle. Mais si elle doit sans cesse l’attaquer pour exister, elle reste encore prise dans son champ.

— Elle inverse le rapport de force sans sortir de la scène ?

— Exactement. Elle ne subit plus comme autrefois, mais elle continue à organiser sa position autour de lui. Le père reste le pivot. Même diminué, il reste central.

— Donc l’enjeu serait de ne plus avoir besoin de le diminuer ?

— Oui. Non pas le réhabiliter. Non pas pardonner trop vite. Mais le déloger de cette place intérieure où il continue d’occuper toute la scène.

VII. La fille parentifiée : quand l’enfant devient l’Autre de la maison

Je reprends :

— Il y a aussi la place de cette patiente auprès de son frère et de sa sœur, plus jeunes. J’ai pensé à une parentification. Elle aurait pu devenir trop tôt celle qui veille, qui protège, qui tient.

Lacan répond :

— Dans certaines familles, l’enfant est convoqué à occuper une place qui n’est pas la sienne. Il devient support de l’Autre familial défaillant. Il doit garantir un ordre que les parents ne garantissent plus.

— Elle devient presque adulte avant l’heure.

— Oui, mais ce n’est pas seulement une maturité précoce. C’est une usurpation de place. L’enfant n’est plus seulement enfant. Elle devient celle qui doit comprendre, anticiper, faire barrage, surveiller l’humeur du père, soutenir la mère, protéger les plus petits.

— Cela lui donne une force, mais aussi une immense solitude.

— Bien sûr. Le sujet peut ensuite s’identifier à cette place de force. Il dira : je tiens, je réponds, je ne me laisse pas faire. Mais derrière cette force, il y a une dépossession. On lui a pris son droit à l’enfance.

VIII. La maison familiale comme scène de répétition

— Ce retour chez les parents me semble très dangereux psychiquement, dis-je. Elle croit revenir en adulte, mais la maison réactive l’enfant, l’adolescente, l’aînée protectrice, la fille en colère.

— La maison n’est pas neutre, répond Lacan. Elle est saturée de signifiants. Chaque pièce, chaque ton de voix, chaque silence, chaque geste peut remettre le sujet à son ancienne place.

— C’est donc une scène de répétition ?

— Oui. Mais la répétition n’est pas seulement retour du même. Elle est aussi tentative de trouver une autre issue. La patiente revient peut-être pour rejouer, mais aussi pour que quelque chose se dise enfin autrement.

— Pourtant elle attaque.

— Parce que la parole n’est pas encore dégagée de l’acte. Elle parle avec les armes de l’ancienne scène. Elle disqualifie parce qu’elle a été écrasée. Elle attaque parce qu’elle n’a pas été protégée. Elle cherche à réduire le père parce qu’il a été trop grand dans son monde d’enfant.

IX. La violence du père et le silence de la mère : double effraction

Je lui demande :

— Peut-on dire que la blessure vient autant du père violent que de la mère silencieuse ?

— Il faut le dire avec précision. Le père introduit l’effraction. La mère, en ne faisant pas tiers, laisse l’effraction sans bord. Le père attaque. La mère ne symbolise pas l’attaque. C’est cette double défaillance qui est ravageante.

— La mère aurait dû dire quelque chose ?

— Elle aurait dû faire exister un lieu où la violence ne soit pas toute la vérité de la maison. Elle aurait dû soutenir une parole de séparation : ton père n’a pas tous les droits, ce qui se passe n’est pas toi, cela ne te définit pas.

— Mais si elle-même était effondrée ?

— Cela peut se comprendre. Mais le psychisme de l’enfant, lui, reçoit l’effet de cette absence. Comprendre la mère ne suffit pas à réparer ce qu’elle n’a pas pu faire.

X. Sortir de la scène : ne plus répondre depuis la place assignée

Je demande alors :

— Que pourrait être le travail analytique avec cette patiente ?

— D’abord, entendre que sa colère a une logique. Ne pas la moraliser. Ne pas la réduire à de l’agressivité. La colère est souvent le reste d’une dignité qui n’a pas consenti.

— Mais il faudrait qu’elle ne reste pas fixée dans cette colère ?

— Oui. L’enjeu n’est pas de lui retirer sa colère. L’enjeu est qu’elle n’ait plus besoin de cette colère pour se sentir exister. Il faut qu’elle puisse passer de l’acte à la parole, de la disqualification à la nomination, de la lutte contre le père à la séparation d’avec la scène.

— Sortir de la maison intérieure ?

— Voilà. Le sujet peut quitter une maison sans avoir quitté la place qu’il y occupait. L’analyse vise autre chose : quitter la place. Ne plus être l’enfant sous le père. Ne plus être l’adolescente qui casse pour être entendue. Ne plus être l’aînée qui tient pour les autres. Ne plus être celle qui doit faire tomber le père pour respirer.

XI. Le père n’était pas la loi

Lacan ajoute :

— Il y a une phrase qui pourrait compter pour elle : le père n’était pas la loi.

Je répète :

— Le père n’était pas la loi.

— Oui. Il était peut-être celui qui occupait la place, mais il n’en soutenait pas la fonction. Ce déplacement est essentiel. Tant qu’elle confond le père violent avec la loi, elle reste prise dans une confusion terrible : soit se soumettre, soit attaquer. Mais si elle peut reconnaître que ce père n’était pas la loi, alors une troisième voie s’ouvre.

— Laquelle ?

— Ne plus être définie par lui. Ne plus lui demander, même par la haine, de garantir son existence. Reconstruire ailleurs une loi intérieure qui ne soit pas son contraire violent, mais une vraie limite symbolique.

XII. Conclusion : ce qui s’est cassé peut enfin se dire

Je quitte ce dialogue avec une phrase qui insiste : ce qui s’est cassé dans cette famille, ce n’est pas seulement le lien. C’est la fonction symbolique de protection.

Le père réel a pris trop de place.
La fonction paternelle, elle, n’a pas tenu.
La mère n’a pas fait tiers.
L’enfant a dû occuper une place trop grande.
L’adolescente a cassé dans la maison pour montrer que la maison était déjà cassée.

Avec Lacan, la scène devient plus lisible : il ne s’agit pas seulement d’un père violent et d’une mère faible. Il s’agit d’une famille où la loi a été remplacée par l’arbitraire, où le silence maternel a laissé la violence sans traduction, et où l’enfant a dû inventer des actes pour faire exister ce que personne ne nommait.

Le travail analytique ne vise pas à faire taire trop vite la colère. Il vise à lui donner un autre destin.

Non plus casser pour dire.
Non plus attaquer pour exister.
Non plus diminuer le père pour respirer.

Mais pouvoir enfin dire :
ce père-là n’était pas la loi,
cette mère-là n’a pas pu protéger,
cette enfant-là a porté trop lourd,
et je peux désormais quitter la place que cette famille m’avait assignée.

C’est parfois cela, l’analyse : non pas réparer la maison familiale, mais permettre au sujet de ne plus vivre sous ses décombres.

22/04/2026

COMMENT ENTENDRE CE QUI EST TU ?

Joëlle Lanteri — psychanalyste

Il existe un lieu intérieur où rien ne parle, mais où tout crie.
Un territoire que la conscience n’éclaire pas, un sous-bois archaïque où l’être se tient caché — non par stratégie, mais par nécessité.
C’est cela, l’inconscient : un continent sauvage.

On croit connaître ce qu’on vit.
On croit comprendre ce qu’on ressent.
Mais ce qui agit en nous ne passe ni par l’intelligence ni par la volonté. C’est le plus ancien, le plus intraduisible, le plus intact.
Et, comme les animaux nocturnes, l’inconscient préfère l’ombre.

Il ne se montre jamais directement.
Il ruse.
Il se faufile dans un mot qui dérape, un détail qui insiste, un rêve qui revient, un geste trop brusque, un oubli soudain, une colère que rien ne justifie.
Il est l’hôte silencieux qui prend la parole en nous malgré nous.

I. Le sauvage qui échappe au discernement

Quand Freud parle du continent noir, il ne parle pas d’une terre exotique :
il parle de l’inconnu en chacun.
De ce qui ne s’est jamais pensé.
De ce qui n’a pu s’écrire nulle part.

Chaque sujet porte en lui un territoire à défricher, un monde sans cartes.
L’inconscient n’est pas obscur : il est non éclairé.
Il n’est pas irrationnel : il est pré-logique.
Il n’est pas muet : il parle dans une langue étrangère.

Une langue faite de symboles, de traces, de peurs anciennes, de gestes hérités, de signaux rémanents, de commotions affectives.

II. L’oreille analytique : apprendre à entendre l’inaudible

Entendre ce qui est tu, ce n’est pas écouter les mots.
Les mots mentent. Les mots masquent. Les mots évitent.

L’analyste écoute autrement :

ce qui tremble entre deux phrases,

ce qui surgit trop tôt, trop vite, trop fort,

ce qui s’échappe soudain,

ce qui se répète comme un disque rayé,

ce qui manque dans un récit trop lisse,

ce qui sature le corps quand la parole se retire.

Écouter, ici, signifie détecter la présence du refoulé, son souffle, son souffle court, sa manière de se cramponner au réel par les symptômes et les actes.

Car l’inconscient parle rarement en phrases.
Il parle :

en somatisations,

en phobies,

en évitements,

en colères inexpliquées,

en amours impossibles,

en fatigues sans cause,

en anxiétés soudaines,

en silences qui pèsent plus que des cris.

III. L’inconscient : un parchemin enroulé sur lui-même

On pourrait croire que l’inconscient est chaotique.
C’est faux.
Il est organisé — mais selon une logique qui lui est propre.

L’inconscient est comme un parchemin ancien :

enroulé sur lui-même,

écrit dans une langue oubliée,

plié, replié, strié de signes,

transmis de génération en génération,

réécrit par chacun,

mais avec, au milieu, des mots muets.

Ces mots silencieux sont les noyaux traumatiques, les préhistoires familiales, les interdits, les hontes, les secrets, les non-dits, les émotions orphelines.

Ce sont eux qui dirigent le théâtre intérieur, souvent sans que le sujet le sache.

IV. Quand le non-dit devient acte

Lorsqu’un contenu psychique n’a jamais trouvé de mots,
il cherche une issue.

S’il ne peut pas se symboliser, il se décharge.
La pensée, saturée, s’effondre ; le corps ou l’acte prennent la relève.

C’est le passage à l’acte :
un geste brutal, disproportionné, incompréhensible —
et pourtant parfaitement logique du point de vue de l’inconscient.

Le passage à l’acte est une phrase jetée hors du champ de la parole.
Un fragment de parchemin qui se déplie d’un coup.
Une tentative désespérée pour expulser ce qui n’a jamais pu être pensé.

La psychanalyse ne juge pas ces actes.
Elle les lit.
Elle les entend comme des messages condensés —
l’ultime langue du tu.

V. Freud, le Talmud, et l’art d’écouter le texte caché

Freud n’a pas inventé l’inconscient.
Il l’a entendu.

Et s’il a pu l’entendre, c’est parce qu’il portait en lui une culture du texte et du sous-texte.
La fréquentation du Talmud l’a formé très jeune à :

lire entre les lignes,

interpréter les plis du langage,

chercher le sens derrière le sens,

accepter que la vérité se loge dans ce qui manque.

La psychanalyse est née là :
dans cet art de déceler l’invisible.
Dans cette écoute des failles, des lapsus, des déplacements, des symptômes.
Dans la conviction qu’on ne cherche pas la vérité —
on la surprend.

VI. L’analyse : approcher le sauvage sans l’effrayer

Entendre ce qui est tu, c’est approcher un animal craintif.

Il ne faut :

ni brusquer,

ni forcer,

ni dévoiler trop vite,

ni interpréter contre le sujet.

Il faut créer un espace où le sauvage se riskera à sortir.
Un espace de douceur, de répétition, de liberté, où l’inconscient se présente lentement, par fragments, par images, par sensations.

Et soudain —
quelque chose se déplie.
Un bout du parchemin se déroule.
Un mot muet commence à vibrer.
Un morceau de nuit devient lisible.

C’est cela, une analyse.

VII. Conclusion — Entendre le tu, c’est rendre la parole au vivant

L’inconscient n’est pas notre ennemi.
Il est notre mémoire vivante.
Il garde ce que nous n’avons pas pu porter.
Il protège ce qui aurait détruit la conscience.

Mais un jour vient où l’inconscient réclame d’être entendu.
Pas pour punir.
Pour libérer.

La psychanalyse est cette traversée :

du sauvage au symbolique,

du clandestin au dicible,

du mutisme à la parole,

du passage à l’acte à la compréhension,

de l’effroi à la pensée.

Entendre ce qui est tu, c’est faire du silence un chemin.
C’est permettre à la nuit de trouver sa forme.
C’est accompagner un sujet vers le lieu où il peut enfin se dire.

18/04/2026

La plainte du féminin : clinique d’une adresse sans réponse
Quand la conjugalité devient le lieu où viennent se déposer les manques du passé

Joëlle Lanteri – Psychanalyste

I. Une plainte qui insiste

Dans certaines paroles féminines, une plainte revient, insistante, presque inlassable, comme si elle ne pouvait trouver ni apaisement ni résolution dans la réalité des rencontres.

L’homme n’est jamais tout à fait à la hauteur.
Pas assez père.
Pas assez amant.
Trop distant.
Trop intrusif.

Toujours légèrement à côté, toujours en défaut.

Mais à l’écoute, cette plainte ne semble pas simplement répondre à ce qui se passe dans le présent.
Elle semble précéder la rencontre, comme si elle attendait déjà son objet.

Une patiente dit, presque à voix basse :
“Je sais qu’il va me décevoir… c’est toujours comme ça.”

Et dans cette phrase, quelque chose se révèle :
l’expérience n’ouvre pas.
Elle confirme.

La plainte ne s’épuise pas dans le réel.
Elle s’y adosse pour se maintenir.

II. L’homme convoqué à réparer

Dans cette dynamique, l’homme n’est pas rencontré pour ce qu’il est.
Il est convoqué pour ce qu’il devrait être.

La conjugalité devient alors un lieu de condensation :
s’y déposent des attentes intenses, souvent contradictoires, parfois irréconciliables.

Être aimé, porté, désiré, sécurisé.
Être reconnu sans être envahi.
Être soutenu sans être dépendant.

Et surtout, réparer.

Réparer des manques anciens,
des absences,
des désillusions précoces.

Une femme peut dire :
“J’ai besoin de sentir qu’il est là pour moi… tout le temps.”

Mais derrière cette demande, ce n’est pas seulement le partenaire qui est visé.
C’est une fonction qui n’a jamais été assurée.

L’homme devient celui qui devrait combler ce qui, dans l’histoire, est resté sans réponse.

Or cette place excède toute relation possible.

III. Une fixation qui ne se déplace pas

Les partenaires changent, les histoires se succèdent, les contextes varient.

Mais la structure demeure.

La plainte revient, presque identique, comme si elle ne se laissait pas transformer par l’expérience.

Une autre patiente raconte :
“Au début, tout va bien… et puis à un moment, ça se dérègle.”

Mais ce “moment” ne correspond pas toujours à un événement identifiable.
Il marque plutôt l’irruption d’un point de butée.

C’est là que l’on peut entendre, avec Jacques Lacan, la rencontre avec le réel.

Ce réel n’est pas l’événement extérieur.
Il est ce qui, dans la relation, résiste à l’idéal, ne se laisse pas combler, ne se laisse pas organiser par le fantasme.

Et c’est précisément à cet endroit que la plainte se réactive.

IV. Le regard maternel en arrière-plan

Mais pour comprendre cette répétition, il faut souvent remonter en amont.

Vers une scène plus ancienne, plus silencieuse.

Celle de la petite fille.

Une petite fille qui, très tôt, a pris une place qui n’était pas la sienne.

La petite fille parentifiée.

Celle qui a porté.
Porté une mère fragile, débordée, absente ou trop présente.
Porté un père défaillant, effacé, ou idéalisé.

Une femme dit :
“J’ai toujours été forte… j’ai toujours géré.”

Mais cette force n’est pas un choix.
C’est une position construite dans l’enfance.

Et derrière cette position, une autre attente demeure, intacte :

être portée, enfin.

V. Une exigence qui épuise

Dans la relation amoureuse, cette histoire se rejoue.

La femme qui a porté devient celle qui attend d’être portée.
Mais sans renoncer à sa position initiale.

Elle demande à l’homme d’être à la fois :

solide comme un père
présent comme une mère
désirant comme un amant

Une triple fonction.

Impossible à tenir.

L’homme se retrouve alors pris dans une exigence contradictoire :

soutenir sans envahir,
désirer sans menacer,
être là sans défaillir.

Quoi qu’il fasse, il échoue.

Et face à cette impossibilité, il peut se retirer, se fermer, ou se désengager.

Non par manque d’amour.
Mais par épuisement structurel.

VI. Le féminin pris dans sa propre adresse

Mais la question ne se réduit pas à l’homme.

Elle concerne aussi la structure de l’adresse.

Car ce qui est demandé à l’autre ne lui est pas entièrement destiné.

C’est une demande adressée à une figure plus ancienne,
qui traverse le partenaire sans jamais se déposer sur lui.

L’homme réel disparaît.

Il devient support d’un fantasme, au sens où l’entend Jacques Lacan :
une construction qui tente d’organiser le manque.

Mais ce fantasme bute toujours sur un point :

le réel.

Et c’est là que la plainte reprend.

VII. Encart clinique – De la petite fille à la femme

La petite fille parentifiée ne disparaît pas.

Elle se transforme.

Elle devient une femme qui sait, qui gère, qui tient.

Mais qui, dans le lien amoureux, attend autre chose :

être relevée de cette position,
être reconnue dans sa vulnérabilité,
être enfin portée.

Or cette attente ne peut être satisfaite pleinement.

Car elle ne relève pas uniquement du présent.

Elle appartient à une histoire.

VIII. Délier la demande

Le travail analytique ne consiste pas à corriger l’homme.

Ni à ajuster ses réponses.

Il consiste à déplacer la scène.

À faire apparaître ce qui, dans la demande, excède la relation actuelle.

À permettre que la femme puisse dire :

ce que j’attends de lui… ne lui appartient pas entièrement.

C’est à partir de là qu’un déplacement devient possible.

Non pas vers une satisfaction totale,
mais vers une rencontre moins saturée par le passé.

IX. Ligne de crête

La conjugalité devient souvent le lieu où convergent des attentes intenses :

désir d’amour,
soif de réparation,
idéal de complétude.

Mais c’est aussi le lieu où ces attentes rencontrent leur limite.

Là où commence le réel.

Là où l’autre ne peut plus être tout.

Et où le sujet peut, peut-être, commencer à se dégager de ce qui ne pouvait être comblé.

Il arrive que certaines femmes ne demandent pas trop à l’homme…
mais lui demandent ce qu’aucun homme ne peut donner.

Adresse

Domaize
63520

Heures d'ouverture

Lundi 09:00 - 19:00
Mardi 09:00 - 19:00
Mercredi 09:00 - 19:00
Jeudi 09:00 - 19:00
Vendredi 09:00 - 19:00
Samedi 09:00 - 17:00

Téléphone

+33673462933

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque Sel de Vie publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Contacter Le Cabinet

Envoyer un message à Sel de Vie:

Raccourcis

Partager

Catégorie