30/07/2026
🐴 Deux étalons.
D'un côté, un jeune étalon.
De l'autre, mon vieil étalon.
Entre eux, deux clôtures... et environ trois mètres de distance.
Trois mètres qui, disons-le, ne représentent rien, même électrifiés.
Il y a encore 3 ans de ça, je n'aurais pas parié sur le respect de ces fameuses clôtures. Il y a 3 ans de ça, j'aurais probablement pu voir Perceval traverser l'intégralité de l'enclos pour défier l'autre étalon, sûr de lui, sûr de ses capacités, quoi qu'il en coûte, si l'autre avait eu le malheur de lever la tête un peu trop haut et un peu trop fièrement.
Mais aujourd'hui, j'entends le discours de mes enseignements éthologiques disant que les troupeaux pouvaient cohabiter. Que les étalons ne se battaient pas pour rien.
Dans ce cas précis, pourquoi le feraient-ils ?
Pour un territoire ? Aucun des deux n'est chez lui !
Pour de la rivalité ? Chacun des deux a ses juments !
Perceval sait que s'il tente quelque chose, il risque d'y laisser des poils à cause de son âge et de sa faiblesse. L'autre a 3 ans, peut-être trop jeune pour pouvoir défendre tout son troupeau.
Alors chacun observe l'autre et fait en sorte d'indiquer que la bagarre n'est pas pour aujourd'hui.
Perceval, lui, va plutôt emmener ses juments à l'écart, en montrant à l'autre qu'il est là, au milieu, et que si quelque chose devait se passer, ce serait lui d'abord.
L'autre montre une certaine curiosité, mais il baisse les oreilles à ceux qui se trouvent à côté de lui pour leur indiquer qu'ils ne doivent pas s'approcher de trop près.
Pas de déplacement de défi le long des clôtures.
Pas de démonstration de force.
Juste des regards.
Des postures.
Une distance respectée.
On imagine souvent que la communication passe par le bruit, par l'agitation, par la violence.
Chez le cheval, comme chez beaucoup d'animaux, c'est d'abord le non-verbal qui agit. Ce sont ces micro-signaux qui donnent les bases de tout ce qui se produira après.
Le plus important se joue dans le silence.
Et sans qu'un hennissement ne soit prononcé, tout est déjà compris.
Un accord diplomatique a été posé.
À chacun d'en prendre compte, sous peine que celui-ci soit réexaminé.
C'est cette communication silencieuse qui me fascine chaque jour.
Elle nous rappelle qu'il n'est pas toujours nécessaire de parler fort pour être entendu.
Elle nous rappelle que communiquer, ce n'est pas seulement parler.
C'est aussi savoir écouter, observer... et respecter l'espace de l'autre.
Voilà pourquoi j'aime travailler avec les chevaux.
Voilà pourquoi j'ai décidé de faire travailler les gens avec eux.
Parce qu'ils sont bien plus que des chevaux, ils sont une encyclopédie du savoir-vivre.
Grâce à ce langage, il y a maintes choses à découvrir et à travailler : notre propre vision du monde, notre propre fonctionnement, la manière dont nous interagissons avec les autres.
Je tiens a faire une parenthèse malgré tout:
Aujourd'hui, c'est ainsi que les choses se sont passées.
C'est un instant capturé entre mon vieil étalon, un jeune étalon et deux troupeaux qui apprennent à cohabiter.
C'est aussi le regard que je porte sur Perceval après vingt années passées à ses côtés.
Je ne dis pas que toutes les rencontres entre étalons se vivent ainsi.
Je raconte simplement celle-ci... parce qu'aujourd'hui, c'est elle qui avait quelque chose à m'apprendre.