22/09/2026
SAMA, malaises et hypertension : et si nous regardions au-delà de l’histamine ?
Chez certains patients présentant un SAMA, les crises ne se limitent pas aux manifestations habituellement attribuées à l’histamine.
On observe parfois une association déroutante : malaise – migraine – palpitations – tachycardie – troubles digestifs – poussées hypertensives.
Et si le dénominateur commun était plus large : les amines ?
L’histamine n’est qu’une amine biogène parmi d’autres. Notre alimentation et notre microbiote nous exposent également à la tyramine, putrescine, cadavérine, spermidine, spermine, tandis que notre organisme produit dopamine, noradrénaline et adrénaline.
Ces molécules utilisent des voies métaboliques différentes, mais qui peuvent se croiser : DAO, HNMT, MAO-A, MAO-B, COMT…
Une étude publiée dans Frontiers in Nutrition en 2022 apporte un élément particulièrement intéressant.
Les chercheurs ont montré in vitro que d’autres amines biogènes peuvent interférer avec la dégradation de l’histamine par la DAO.
La putrescine et la cadavérine exercent les effets les plus importants. À forte concentration, la tyramine ralentit elle aussi significativement la dégradation de l’histamine.
Nous ne pouvons pas transposer directement ces concentrations expérimentales à l’alimentation humaine mais le principe est important : la tolérance à l’histamine pourrait dépendre non seulement de la quantité d’histamine mais également de la charge simultanée en autres amines.
La tyramine possède une deuxième particularité. Lorsqu’elle échappe suffisamment à sa dégradation par les monoamine-oxydases (MAO), elle peut favoriser la libération de noradrénaline stockée dans les terminaisons sympathiques.
Tyramine ↑ → noradrénaline libérée ↑ → vasoconstriction + stimulation cardiaque → pression artérielle ↑
Il ne s’agit donc pas nécessairement de rechercher « une enzyme déficiente ».
Je préfère poser une autre question : La charge en amines dépasse-t-elle momentanément les capacités de métabolisation ?
Dans le SAMA, l’activation mastocytaire augmente déjà la charge endogène en histamine. Ajoutons les amines alimentaires, celles produites par le microbiote et les catécholamines libérées lors du stress : nous obtenons un système dynamique dans lequel plusieurs voies peuvent être sollicitées simultanément.
SAMA + alimentation + microbiote + stress → charge globale en amines → capacités DAO/HNMT/MAO/COMT → expression clinique.
Cette lecture pourrait contribuer à comprendre pourquoi certains patients réagissent à des aliments pourtant considérés comme « pauvres en histamine », et pourquoi leurs crises peuvent associer symptômes histaminiques, neurologiques et cardiovasculaires.
👉 Peut-être devons-nous parfois passer du concept d’intolérance à l’histamine à celui, plus large, de tolérance à la charge en amines.
Dr Wetchoko Lucie