05/10/2026
"Vous n'êtes pas incompatibles"
Un anxieux et un évitant, en couple, ça ne peut jamais fonctionner. C'est ce qu'on lit partout depuis que la théorie de l'attachement est devenue virale sur les réseaux sociaux. Je pense que c'est une simplification dangereuse, et je le vois chaque semaine en cabinet.
Le mécanisme est bien réel : l'anxieux, en quête de proximité, réclame plus de contact, de messages, de réassurance. L'évitant, menacé par cette proximité, prend ses distances pour respirer. Plus l'un réclame, plus l'autre s'éloigne. On appelle ça « la danse anxieux-évitant », et elle peut épuiser un couple pendant des années si personne ne la nomme.
Mais un style d'attachement n'est ni une condamnation ni une identité figée. C'est une stratégie inconsciente apprise, très tôt, pour survivre affectivement à un environnement donné. Et une stratégie apprise peut se retravailler, à condition que les deux comprennent ce qui se joue vraiment derrière les comportements de l'autre : ce n'est pas de l'indifférence chez l'évitant, c'est de la peur d'être englouti(e). Ce n'est pas de la possessivité chez l'anxieux, c'est de la peur d'être abandonné(e).
J'ai accompagné (et j’accompagne) des couples exactement dans cette configuration, arrivés persuadés d'être fondamentalement incompatibles. En quelques mois de thérapie, la danse s'est arrêtée. Pas parce que l'un des deux a changé de personnalité, mais parce que les deux ont enfin compris ce que l'autre essayait, maladroitement, de préserver.
Le style d'attachement explique un mécanisme. Il n'excuse pas de rester enfermé(e) dedans à vie.