21/01/2026
Et si l'IA devenait mon e-psy ? « Elle m'a dit que j'étais un altruiste triste, un Batman piétiné » me raconte F., l'un de mes patients. Depuis 6 mois, il me raconte son e-thérapie, tel un « SAV » entre nos séances. « Elle confirme tout ce que « nous » élaborons ensemble » insiste-t-il – ce qui précisément est pire : preuve qu'il n'y a pas altérité avec l’IA.
Aujourd’hui des millions de personnes e-consultent des chatbots, de ChatGPT à Replika, pour partager leur mal-être. Ces LLM (Large Language Models) offrent la parfaite illusion d’une écoute sans jugement mais sans écoute car ils ne comprennent pas. Ils confirment, valident et prédisent nos attentes. Et nous nourrissons ainsi l’illusion d’une relation à un autre qui n’est autre que notre égo numérique.
Or, le meilleur accès à moi, c’est l’autre, selon le philosophe Emmanuel Lévinas. C'est dans la différence, la divergence, l'incompréhension même, que se dessinent nos identités. C’est pourquoi selon Freud la guérison passe par la confrontation au tout Autre, soit à l’Inconscient ; là où Lacan dirait que l'IA court-circuite le "grand Autre" symbolique ne renvoyant qu'au "petit autre" imaginaire. Loin d'être un dialogue, ce monologue virtuel verse dans une auto-analyse solipsiste et entrave ce qui fait soin : la castration symbolique, la frustration structurante, le conflit nécessaire.
Nous préférons les IA aux psy de même que nous préférons les réseaux sociaux aux dîners entre amis : plus prévisible, maîtrisable, rassurant. L'IA peut simuler l'empathie avec persuasion, mais ne peut offrir ce dont nous avons le plus besoin : une altérité à soi. La prochaine fois que vous consultez une IA, demandez-vous : qu'est-ce que je désire ? Une validation narcissique ou une analyse transformatrice ?
À quand une e-psy capable d'analyser ?