20/06/2026
Avec mes élèves (mais la question se pose tout autant lorsqu'on est parent), j'ai souvent été confrontée à des comportements auxquels je ne savais pas répondre intuitivement.
Faut-il sanctionner ? Expliquer ? Ignorer ? Réparer ? Retirer un privilège ?
Comme beaucoup d'adultes, je me suis demandé ce qui fonctionnait réellement pour aider un enfant à progresser. Je me suis même demandé s'il existait une sorte d'arbre décisionnel créé par les professionnels de la psychologie de l'enfant et des sciences de l'éducation.
Et bien, en quelque sorte, oui !
Voici ce que je retiens principalement de deux ouvrages qui ont beaucoup influencé ma pratique : L'enseignement explicite des comportements de Steve Bissonnette, que je considère comme une référence en gestion de classe, et Accompagner les parents d'enfants ayant un TDAH de Nathalie Franc, qui présente les principes de la guidance parentale. Même si ce dernier ouvrage est centré sur le TDAH, les principes présentés sont largement utiles pour de nombreux enfants.
🟢 1. Renforcer ce que l'on veut voir davantage
C'est probablement l'outil le plus puissant... et souvent le moins utilisé.
Notre réflexe d'adulte est souvent :
➡️ Bêtise = sanction.
Pourtant, dans certains cas (notamment lorsque l'enfant cherche avant tout à obtenir de l'attention), les spécialistes recommandent parfois de ne pas accorder trop d'attention à certains comportements mineurs et de concentrer davantage son énergie sur les comportements que l'on souhaite voir apparaître.
Concrètement :
1️⃣ Enseigner explicitement le comportement attendu.
Et quand je dis « enseigner », je veux dire le décomposer étape par étape comme si l'enfant devait apprendre une compétence totalement nouvelle.
2️⃣ Féliciter et encourager chaque tentative de mettre ce comportement en pratique.
Même si ce n'est pas parfait.
Même si cinq minutes plus t**d l'enfant fait autre chose de travers.
Cela paraît simple, mais c'est souvent l'étape la plus oubliée.
Une chose qui m'a beaucoup marquée dans ma pratique : il y a presque toujours quelque chose à valoriser.
J'ai déjà félicité un élève simplement parce qu'il avait ouvert son cahier sans protester. Un autre parce qu'il était entré calmement dans la classe. Cela peut paraître minuscule, mais c'est souvent ainsi que commencent les changements.
Si vous avez l'impression qu'il n'y a rien à féliciter, essayez pendant une journée entière de repérer tout ce que l'enfant ne fait pas de problématique. Vous serez souvent surpris du nombre d'occasions qui apparaissent.
Maintenant, parlons de ce que l'on fait lorsque le comportement problématique se produit réellement.
Dans ma tête, je distingue deux catégories :
🔸 Les comportements qui portent atteinte à la sécurité, au respect des personnes ou au cadre collectif (frapper, insulter, voler, dégrader volontairement, etc.).
🔸 Les comportements moins graves du quotidien (courir partout, ne pas écouter immédiatement, bavarder, oublier une consigne, etc.).
Pour les premiers, on aura souvent besoin d'aller jusqu'aux étapes 3 voire 4.
Pour les seconds, l'étape 2 suffit très souvent.
Et si vous savez que l'enfant cherche principalement à attirer l'attention, ignorer certaines petites provocations peut parfois être plus efficace que de réagir systématiquement. C'est souvent contre-intuitif... et honnêtement très difficile à faire !
🟡 2. S'opposer verbalement et réenseigner la règle
Steve Bissonnette explique qu'il vaut généralement mieux intervenir que ne rien faire.
La première conséquence est souvent simplement de montrer clairement son désaccord :
« Stop. Ce n'est pas acceptable. »
Puis de rappeler ou réenseigner la règle attendue.
Les enfants ont besoin de nombreuses répétitions avant qu'une règle soit réellement intégrée. Ce n'est pas parce qu'ils l'ont entendue une fois qu'ils sont capables de l'appliquer dans toutes les situations.
🟠 3. Réparer (immédiatement ou plus t**d si nécessaire)
Une question simple peut guider cette étape :
➡️ « Comment réparer ? »
Parfois c'est évident :
nettoyer ce qui a été sali ;
ranger ce qui a été dérangé ;
remplacer ce qui a été cassé.
Parfois c'est plus compliqué.
Comment réparer une insulte ? Une humiliation ? Une dispute ?
On demande souvent à l'enfant de présenter ses excuses, mais lorsque celles-ci sont imposées sous le coup de la colère, elles sont rarement sincères et ont parfois peu d'effet.
Dans certains cas, une action réparatrice est plus utile : rendre service, aider le groupe, ou réfléchir réellement à ce qui s'est passé.
Personnellement, j'utilise parfois une fiche de réflexion qui permet à l'enfant de revenir sur :
ce qu'il a ressenti ;
ce que les autres ont pu ressentir ;
la règle qui a été transgressée ;
ce qu'il aurait pu faire autrement.
L'objectif n'est plus de « faire payer ».
L'objectif est de permettre à l'enfant de réintégrer le groupe avec dignité tout en comprenant que ses actes ont des conséquences.
🔴 4. Retirer temporairement un privilège
Lorsque les étapes précédentes ne suffisent pas ou lorsque le comportement est particulièrement sérieux, une autre conséquence peut être nécessaire.
Par exemple :
perte temporaire d'un privilège ;
confiscation d'un objet ;
restriction d'un accès à une activité appréciée.
Cette stratégie arrive en dernier dans la hiérarchie car elle enseigne moins directement le comportement attendu que les étapes précédentes. Pourtant, c'est souvent celle que nous utilisons en premier par réflexe.
Chez certains enfants, notamment ceux présentant un TDAH, son efficacité est souvent limitée lorsqu'elle est trop fréquente ou trop éloignée dans le temps du comportement concerné.
Et vous, quelle est la dernière chose que votre enfant (ou l'un de vos élèves) a faite aujourd'hui et que vous pourriez prendre le temps de récompenser ?