29/06/2026
Et voici l’article 🥰⤵️
Haute-Loire
« Ici, il y a une culture du non-dit » : cette généalogiste révèle parfois des secrets enfouis depuis longtemps
Passionnée depuis l’enfance, Ornella Taraconat a fait, à Saint-Maurice-de-Lignon, de la généalogie son métier. Son travail de fourmi à travers les archives, actes notariés et bases de données départementales permet aux familles de retracer des pans entiers de leur histoire. Jusqu’à les aider à révéler des secrets enfouis sur plusieurs générations.
« À 11 ans, j’ai appris que mon nom n’était pas mon nom. » C’est dans l’enfance, alors qu’elle sentait peser sur elle le poids de non-dits familiaux, qu’Ornella Taraconat s’est plongée pour la première fois dans les méandres de son arbre généalogique.
« Quand j’allais en vacances chez ma grand-mère, nous allions souvent voir l’un de ses amis. Un jour, à sa mort, j’ai appris qu’il était en fait son amant. Et mon grand-père. » La révélation de ce premier secret de famille fait naître en la collégienne d’alors une soif immense de connaître ses racines.
Dans son collège de Seine-et-Marne, d’où elle est originaire, elle s’inscrit dans un club de généalogie. Elle y apprend à décrypter les documents officiels et découvre la patience que requiert ce travail de fourmi. « D’autant plus qu’à l’époque, il n’y avait pas internet pour nous aider ! Tout était plus long. On travaillait à partir de gros bouquins avec les codes postaux de toutes les communes françaises et les adresses des mairies. On leur écrivait pour obtenir des extraits d’actes. J’ai tout de suite adoré ce travail d’enquête. »
« Je parcours des actes notariés et des documents d’archives juste pour le plaisir »
Si la jeune fille de 11 ans rêvait de devenir généalogiste familial, elle prendra finalement d’autres chemins. Mais ne cessera jamais de parcourir, « juste pour le plaisir », des documents d’archives et des actes notariés. « Je n’ai jamais arrêté de pratiquer. On peut dire que ça fait trente ans que cela m’habite. Même si, entre-temps, j’ai été vendeuse en boulangerie, assistante en banque… Avant de décider de faire de cette passion mon métier, début 2025. »
Installée depuis plus de dix ans en Haute-Loire, la Saint-Mauriçoise accompagne désormais les familles dans la reconstitution de leur arbre généalogique. Une clientèle majoritairement féminine, souvent en quête de réponses sur leurs parcours de vie, une fois la quarantaine ou la cinquantaine venue. « Ce sont des âges "charnière" où on commence à prendre du recul sur sa vie, où on se pose beaucoup de questions sur ce qui nous a été transmis et ce que l’on va transmettre. »
« On pense parfois que je fais ça bénévolement »
Sa profession reste méconnue du grand public. « On connaît les généalogistes successoraux qui travaillent sur la recherche des héritiers, mais moins les généalogistes familiaux comme moi. On pense parfois que je fais ça bénévolement ! »
Actes de naissance, de mariage, de recensement, de décès, bases de données départementales, coupures de journaux… Ornella Taraconat passe au crible des centaines de documents et, de fil en aiguille, retrace des pans entiers de l’histoire de ses clients. « On découvre des métiers, des histoires de migration… C’est tout simplement passionnant de reconstituer petit à petit une photographie familiale. » Mais aussi extrêmement chronophage. « Il faut notamment recouper et recouper encore les informations, pour ne pas risquer l’erreur à cause d’un homonyme. »
Certains dossiers lui demandent jusqu’à plusieurs centaines d’heures étalées sur des mois de recherche. « Avec la matière récoltée, je suis ensuite en mesure de rédiger un livre et de dessiner un arbre généalogique sur plusieurs générations », explique la passionnée, qui met parfois le doigt sur des secrets bien enfouis.
« Je pars du livret de famille, mais je demande aussi toujours à mes clients de questionner, lorsqu’ils le peuvent, les membres de leur famille. Parfois, cela donne des discussions très libérées et riches en informations. Parfois, il y a un blocage et du silence. Je le vois beaucoup en Haute-Loire, territoire rural, où il y a cette culture du non-dit, cette volonté de taire les choses difficiles, les traumas. »
Décès précoces, inceste, schémas répétitifs
Décès précoces, inceste, schémas qui se répètent de génération en génération, Ornella Taraconat est régulièrement amenée à partager des conclusions de recherche délicates. « J’ai par exemple travaillé sur des arbres dans lesquels un enfant de 7 ans mourrait prématurément à chaque génération. Forcément, ce genre d’histoire difficile me touche, mais je me concentre sur le positif que cette connaissance peut apporter à la personne face à moi », explique la professionnelle, qui s’est formée à la psychogénéalogie, discipline reposant sur l’idée que les traumatismes non résolus peuvent être transmis de génération en génération. « Non pas pour proposer un accompagnement psychologique, je reste une simple généalogiste familiale, mais pour pouvoir être en capacité d’annoncer les choses de la bonne manière, pour ne pas surenchérir sur le traumatisme. »
La généalogiste voit dans son travail l’occasion de libérer ces clients du poids de certains secrets qui ne leur appartiennent pas. « Je leur donne une matière concrète et vérifiée sur laquelle travailler ensuite de leur côté. Je ne suis pas psychologue ni professionnelle de santé. Je me base uniquement sur du factuel, même si je marche beaucoup au ressenti et à l’intuition pour envisager certaines pistes, que je confirme ou non par ma recherche. »
En parallèle, Ornella Taraconat est aussi… prothésiste ongulaire. Si elle y voit « un grand écart professionnel », la Saint-Mauriçoise y perçoit aussi des points communs. « Ce sont deux activités qui sont tournées vers l’autre. Qui font du bien aux gens. »
(*) Compter environ 1 200 euros pour un livre regroupant toutes les recherches, ainsi qu’un arbre généalogique sur cinq générations et la remise de tous les actes collectés
Passionnée depuis l’enfance, Ornella Taraconat a fait, à Saint-Maurice-de-Lignon, de la généalogie son métier. Son travail de fourmi à travers les archives, actes notariés et bases de données départementales permet aux familles de retracer des pans entiers de leur histoire. Jusqu’à les...