16/07/2026
Hier, l’Assemblée nationale a adopté le texte sur l’aide à mourir.
Depuis, je réfléchis.
Non pas en experte du droit.(que je ne suis pas)
Mais en soignante.
Et en citoyenne.
En tant que soignante, je suis profondément bouleversée.
Parce que j’ai choisi ce métier pour soigner.
Pour soulager.
Pour accompagner.
Pour écouter.
Pour combattre la maladie, parfois avec acharnement, souvent avec humilité.
Bien sûr, je sais que certains combats sont perdus d’avance.
J’ai vu des patients mourir.
J’ai vu des souffrances que les mots ne peuvent pas décrire.
J’ai vu des familles s’effondrer.
Et j’ai parfois ressenti cette terrible impuissance qui accompagne la fin de vie.
Aujourd’hui, la médecine dispose d’un arsenal thérapeutique considérable pour traiter la douleur et accompagner les derniers instants avec dignité.
Mais malgré cela, certaines souffrances demeurent.
Alors une question me hante.
Si, demain, celui ou celle qui soigne devient aussi celui ou celle qui aide à mourir… qu’advient-il de l’essence même de notre vocation ?
Est-ce une ultime forme d’accompagnement ?
Ou est-ce une frontière que je ne suis pas certaine de pouvoir franchir sans avoir le sentiment de trahir ce qui m’a conduite vers ce métier ?
Je n’ai pas la réponse.
Et c’est précisément ce qui me trouble.
Comme citoyenne, d’autres interrogations m’habitent.
Parce que les lois évoluent.
Les sociétés aussi.
L’histoire nous montre qu’une fois une porte entrouverte, il est parfois difficile d’en maîtriser les contours au fil des années.
Je m’interroge sur les critères de demain.
Sur les éventuels élargissements.
Sur les vulnérabilités qui pourraient, un jour, se glisser dans les interstices de cette loi.
Et une autre inquiétude me traverse.
Si une société considère qu’une issue existe pour certaines maladies incurables, continuera-t-elle à investir avec la même détermination dans la recherche ?
Continuera-t-on à chercher des traitements pour les maladies rares, les maladies orphelines, les pathologies aujourd’hui sans solution ?
J’espère sincèrement que oui.
Mais je ne peux m’empêcher de me poser la question.
Pour autant…
Je serais incapable d’affirmer ce que je choisirais si un jour cette décision concernait ma propre vie.
Ou celle d’un être que j’aime.
Que ferais-je face à une souffrance physique ou psychique devenue insupportable, sans aucun espoir d’amélioration ?
Je n’en sais rien.
Et je me garderai bien de juger celles et ceux qui, confrontés à cette réalité, feraient un choix différent du mien.
Parce qu’il est infiniment plus facile d’avoir des certitudes lorsque la souffrance est celle des autres.
Ce débat dépasse les clivages politiques.
Il touche à ce que nous avons de plus intime : notre rapport à la vie, à la souffrance, à la dignité, à la médecine et à l’humanité.
Je n’ai aujourd’hui ni certitude, ni slogan.
Seulement beaucoup de questions.
Et peut-être qu’avant de chercher à convaincre, nous gagnerions tous à accepter de les écouter.