19/08/2026
Et voilà, dans le journal aujourd’hui
Je vais vous confier quelque chose.
Comme vous le savez, je suis en formation d’hypnose. Et je sais qu’à travers tout ce que je traverse, chaque jour, d’une manière ou d’une autre, je me guéris.
Alors je vais vous raconter ce qui s’est passé.
Comme tous les matins, je me lève. Tout va bien. Je danse, puis je commence à me préparer.
Au début, je choisis mes vêtements. Et puis, d’un coup, je change tout.
J’étais bien apprêtée et, soudain, je mets un vieux pantalon. Je me dis que ce sera mieux, que je serai plus à l’aise. Puis je change de haut. Je mets quelque chose de très large. Et finalement, je prends le plus vieux pull que j’ai.
Vous savez, ce pull qu’on met quand on est seule à la maison, les jours de pluie ?
C’est celui-là que je prends dans l’armoire.
Sur la route, je rigole parce que je me dis que ma formatrice va sûrement inviter quelqu’un à se faire hypnotiser et que, dans ma tête, mon mental veut absolument que ce soit une femme.
Quand j’arrive, il y a effectivement quelqu’un.
Mais c’est un homme.
Et là, tout de suite, je comprends.
Je savais déjà.
Je ne voulais simplement pas le savoir.
Alors je fais tout pour essayer de ne pas passer. Mais ma formatrice me regarde, rigole et me dit :
« Bien sûr que si, toi aussi tu vas tester sur cet homme. »
Je n’ai jamais expérimenté l’hypnose auparavant.
Et me voilà face à lui.
Je ressens ses émotions. Je capte certaines choses, quelques pensées… Enfin bref, je fais abstraction. Je me remets dans mon rôle et je me dis :
Allez, c’est parti Suzanne. On y va.
Et là, ce n’est que le début.
Il y a un petit test de réceptivité. Pour ce test, il faut poser sa main sur l’épaule de la personne.
Et au moment précis où ma main se pose sur son épaule…
Je suis envahie par une colère immense.
Je ne comprends pas pourquoi je dois hypnotiser ce monsieur.
Je n’ai pas envie.
Et en même temps, je verbalise :
« J’ai peur. Il me fout la trouille. »
Il est très grand. Il est face à moi. Il a une grosse barbe. Il en impose.
Et pourtant, quand je le regarde, je vois aussi que c’est un très bel homme. De très beaux yeux bleus, intenses. Et je sais, au fond de moi, que son âme n’est pas méchante.
Je ressens tout ça.
Mais mes sentiments, eux, sont là.
Alors je regarde ma formatrice et je lui dis clairement :
« Là, je suis stressée. Il se passe quelque chose en moi. »
Tout de suite, elle me prend à part.
Elle m’hypnotise en quelques minutes.
Comme si elle mettait mon traumatisme sur pause.
Elle me demande si je vais bien. Si on peut continuer.
Et oui.
Je vais bien.
Alors on continue.
Je reprends la séance.
Et c’est incroyable.
J’hypnotise cet homme avec une facilité déconcertante.
Ma coéquipière me regarde et me félicite pour cette aisance que j’ai retrouvée.
Tout paraît fluide.
Aucune peur.
La journée se termine.
Puis je me retrouve seule.
Et là, je commence à marmonner.
Je commence à comprendre.
J’ai enfoui des choses.
Le VIOL
Le traumatisme.
Celui qui me fait avancer depuis un moment maintenant. Celui par lequel tout a commencé. Cet éveil. Cette prise de conscience.
Ce viol que j’ai préféré cacher.
Écraser.
Ces hommes que j’ai préféré épargner.
Par peur de me retrouver face à moi-même.
Face à mes démons.
Face à celle qui, clairement, les écraserait sans regarder dans le rétroviseur.
Enfin…
Je regarderais peut-être.
Juste pour le plaisir de les voir ratatinés.
Et là, les cris arrivent.
Les larmes aussi.
Je suis clairement en colère.
Je hurle des insultes comme un lion en cage.
Comme un lion qui se bat.
Je pousse des rugissements qui viennent du fond de mon ventre.
Il faut que ça sorte!!!!
Alors je hurle.
Je vous épargnerai quelques vulgarités à lire, mais je hurle.
Je hurle que ce n’était pas ma faute.
Que je n’avais rien demandé.
Que je n’avais pas choisi ça.
Oui, peut-être que c’est apparemment ce que j’avais décidé de venir expérimenter dans cette vie.
Et aujourd’hui, je peux entendre cette idée.
C’est OK.
Mais eux ?
Eux qui auraient pu combattre.
Eux qui auraient peut-être pu choisir.
Je les déteste.
Je les hais.
Sur le moment.
Parce que je sais aussi que mes sentiments vont passer.
Je sais que ce n’est pas inscrit dans la pierre.
Tout est éphémère.
Mais sur le moment, voilà ce que je dis :
Allez au diable, bande de fils de… Je vous emmerde.
Avant le viol, l’un des deux hommes m’avait demandé si j’avais peur. (🖕 Phrase de fdp)
Je lui avais répondu que non.
Absolument pas.
Je lui avais dit qu’il ne me faisait pas peur.
Que j’avais décidé qu’il ne se passerait rien.
Et parfois…
Tout se passe exactement comme on avait décidé que ça ne se passerait pas.
Enfin bref.
Aujourd’hui, avec beaucoup de hauteur sur ce que j’ai vécu, quelque chose me fait presque rire (mais absolument pas)
Je suis retournée à cet endroit aujourd'hui !
Là où je les ai rencontrés.
Là où, sur ce parking, ils m’ont emmenée.
Là où tout a commencé.
Je suis retournée à cet endroit parce que j’ai été appelée à le faire.
Appelée à guérir.
Et aujourd’hui, je peux enfin me dire :
Voilà, Suzanne.
Aujourd’hui, je te libère du fardeau que tu portes depuis tout ce temps.
Aujourd’hui, aucun homme n’a le pouvoir de te faire peur.
Aujourd’hui, tu es la femme la plus forte que tu connaisses.
Alors continue t'es une superbe femme !
Honore-toi.
Et rappelle-toi :
Non, tous les hommes ne sont pas les mêmes.
Non, tous les hommes ne violent pas.
Non, tous les hommes ne sont pas dangereux.
Et surtout…
Aujourd’hui, aucun homme n’a le pouvoir de te faire peur.
C'est fini !
Et finalement c'est rigolo que je choisisse de mettre un lion derrière mon dos comme s'il me protégeait comme si, si j'étais en danger il serait là pour dévorer n'importe quelle personne qui voudrait me faire du mal le symbole de la force ❤️