27/08/2026
La tendinite du biceps, pour nous, ce n'est pas une douleur musculaire du bras, c'est une inflammation du tendon de la longue portion du biceps qui glisse dans une gouttière devant l'épaule, comme une corde qui frotte dans sa poulie, qui s'épaissit et qui coince à chaque fois qu'on lève le bras.
On la rapproche du conflit sous-acromial. Elle touche surtout les 30 à 60 ans qui portent au dessus de la tête, les sportifs de lancer, de muscu et de natation, souvent l'épaule dominante, et reste longtemps confondue avec une tendinopathie de la coiffe.
Ce qu'on vit au quotidien
Douleur devant l'épaule : douleur profonde exactement devant, dans la gouttière bicipitale, qui descend parfois vers le biceps, plus forte quand on lève le bras devant, quand on porte un sac, quand on met la main dans la poche arrière.
Douleur en flexion coude : gêne pour fléchir le coude contre résistance, pour visser, pour porter un plateau, pour faire un curl à la salle, soulagée au repos, réveillée en appuyant sur le tendon devant l'épaule, test de Speed positif.
Craquement à l'épaule : clac en levant le bras, sensation de tendon qui saute, surtout en rotation externe, avec parfois un gonflement le long du biceps si la gaine est remplie de liquide.
Pas de perte de force au début : on lève encore le bras, mais avec une douleur sourde, on évite de dormir sur le côté atteint, on porte le bras avec l'autre main, pas de fourmillements dans la main.
Association : parfois lésion du labrum supérieur SLAP, tendinopathie supra-épineux, conflit sous-acromial, instabilité antérieure, ou après augmentation brutale de musculation ou de port de charges au dessus de la tête, ou travail avec bras en avant prolongé.
Pourquoi ça s'enflamme
La longue portion du biceps part du haut de la glène et passe dans la gouttière bicipitale entre le sous-scapulaire et le sus-épineux, maintenue par la poulie bicipitale. Quand la poulie s'use ou quand la coiffe est faible, le tendon frotte, se fissure et s'enflamme. Origine mécanique par surutilisation et frottement répété, pas une déchirure complète au début, mais avec le temps le tendon peut se désinsérer partiellement et devenir instable. Facteurs, posture enroulement des épaules, manque de rotation externe, musculation biceps lourde sans gainage scapulaire, microtraumatismes répétés.
Ce qui nous aide vraiment
Diagnostic : examen clinique suffit, palpation douloureuse de la gouttière bicipitale 2 cm sous l'acromion, test de Speed, on fléchit l'épaule à 90 degrés coude tendu paume vers le haut et on résiste, douleur devant si positif. Test de Yergason, coude à 90 degrés on résiste à la supination. Échographie pour voir le tendon épaissi, avec liquide autour, et vérifier la coiffe à côté, IRM seulement si suspicion de SLAP ou avant geste, pas de radio seule qui ne voit pas le tendon.
Surveillance : si forme débutante et peu douloureuse, on surveille, on enlève le geste déclenchant 2 à 3 semaines, on évite le port au dessus de 90 degrés et les curls lourds.
Traitement non chirurgical : repos relatif du tendon qui frotte, pas repos complet de l'épaule, glaçage devant l'épaule 10 minutes après effort, AINS en cure courte si pas de contre-indication, résultats en 5 à 7 jours. Kinésithérapie, le coeur du traitement. Étirements doux du biceps et du petit pectoral porte contre mur 30 secondes x 3. Renforcement des abaisseurs et des rotateurs externes à l'élastique pour recentrer la tête humérale, travail scapulaire serratus. Excentrique biceps lente, on freine la descente d'un poids léger 3 secondes x 10 répétitions sans douleur au dessus de 3 sur 10. Correction du geste de lancer et de muscu.
Infiltration : infiltration de corticoïdes sous échographie dans la gaine du biceps pour calmer une poussée rebelle après échec de 3 semaines de décharge, efficacité de 4 à 8 semaines, pas plus de 2 par an au même endroit pour ne pas fragiliser le tendon. Infiltration jamais dans le tendon lui-même.
Ondes de choc : non indiquées directement sur la gouttière, parfois utiles sur la coiffe associée.
Chirurgie : réservée aux tendinopathies très douloureuses avec déchirure partielle ou instabilité après échec de 6 mois de kiné bien faite, ténotomie ou ténodèse du biceps, on coupe ou on réinsère le tendon plus bas, cicatrisation 3 semaines en écharpe puis kiné 2 à 3 mois, très bons résultats sur la douleur.
À éviter : curls biceps lourds et tractions supination en pleine poussée, étirements agressifs du biceps, massages transverses profonds directement sur la gouttière gonflée, port prolongé bras au dessus de la tête.
Quand il faut consulter
Douleur devant l'épaule qui dure plus de 3 semaines malgré repos, craquement avec sensation que le biceps saute, ou boule qui apparaît dans le biceps type Popeye qui signe une rupture, ou perte de force pour fléchir le coude. Dans ces cas, avis chirurgien de l'épaule pour échographie et IRM du labrum.
La tendinite du biceps se gère plus qu'elle ne se guérit seule si on ne corrige pas le frottement, mais se stabilise très bien quand on recentre l'épaule.
Si tu sens une douleur pile devant l'épaule qui descend dans le biceps quand tu portes, le mieux est de voir ton médecin. Un examen avec les tests de Speed et Yergason, une échographie de la gouttière bicipitale, puis 3 semaines de décharge des gestes au dessus de la tête et 10 minutes par jour de renforcement des rotateurs externes et excentrique biceps lente, permettent souvent de calmer durablement la gêne sans passer par la chirurgie, et de garder une épaule stable pour porter et pousser.