01/10/2026
đ» đ Le Hawker Typhoon Ă Falaise : comment un chasseur aux dĂ©buts difficiles est devenu un puissant avion dâattaque au sol
Le 18 aoĂ»t 1944, le Wing Commander Desmond Scott survolait la Normandie Ă bord de son Hawker Typhoon tandis que les troupes allemandes tentaient de sâĂ©chapper de la poche de Falaise. Sous lui, vĂ©hicules, chevaux et hommes encombraient les routes Ă©troites. Huit roquettes RP-3 Ă©taient suspendues sous ses ailes, chacune Ă©quipĂ©e dâune ogive de 60 livres, soit environ 27 kg.
Lâappareil qui attaquait ces colonnes en retraite avait pourtant failli ĂȘtre abandonnĂ©. Conçu comme un chasseur, le Typhoon avait accumulĂ© les dĂ©faillances mĂ©caniques dangereuses et les performances dĂ©cevantes en altitude. Sa rĂ©ussite vint lorsquâon comprit oĂč ses qualitĂ©s pouvaient pleinement sâexprimer : prĂšs du sol.
Lâhistoire commença le 24 fĂ©vrier 1940, sur lâaĂ©rodrome de Langley, en Angleterre. Le pilote dâessai Philip Lucas fit dĂ©coller le premier prototype. Son concepteur, Sidney Camm, lâavait imaginĂ© comme le successeur du Hawker Hurricane, autour dâun moteur particuliĂšrement puissant : le Napier Sabre, un 24 cylindres dĂ©veloppant plus de 2 000 chevaux.
La version armĂ©e de canons en emportait quatre de 20 mm. Avec une masse dĂ©passant les 11 000 livres Ă pleine charge, soit environ cinq tonnes, lâappareil Ă©tait nettement plus lourd que les premiers Spitfire. Sa puissance de feu Ă©tait considĂ©rable, mais son poids, ses ailes Ă©paisses et les problĂšmes de moteur allaient compliquer sa mise au point.
Le premier vol se dĂ©roula sans incident majeur. Le 9 mai 1940, en revanche, Lucas fut confrontĂ© Ă une grave dĂ©faillance structurelle lors dâun nouvel essai. Le fuselage commença Ă se disloquer derriĂšre le cockpit, laissant apparaĂźtre une ouverture tandis que lâavion Ă©tait secouĂ© de fortes vibrations.
Lucas parvint à ramener le prototype endommagé à Langley et à le poser. Son courage lui valut la George Medal, mais ce sauvetage ne réglait pas les difficultés fondamentales du programme.
Le deuxiĂšme prototype vola le 3 mai 1941, puis la production fut lancĂ©e chez Gloster Aircraft. Les premiers Typhoon opĂ©rationnels rejoignirent les escadrons nos 56 et 609 en septembre. Leur arrivĂ©e coĂŻncidait avec lâapparition du Focke-Wulf Fw 190, un nouvel adversaire redoutable au-dessus de la Manche.
Le moteur puissant et lâa**ement lourd du Typhoon semblaient prometteurs. En service, toutefois, ses dĂ©fauts se rĂ©vĂ©lĂšrent rapidement.
Du monoxyde de carbone pouvait pĂ©nĂ©trer dans le cockpit, obligeant les pilotes Ă porter un masque Ă oxygĂšne mĂȘme Ă basse altitude. Le Napier Sabre exigeait un entretien intensif et souffrait de problĂšmes de fiabilitĂ©. Les dĂ©marrages par temps froid Ă©taient difficiles, tandis que les incendies, la consommation excessive dâhuile et les pannes moteur aggravaient les risques.
Les performances en altitude Ă©taient Ă©galement dĂ©cevantes. Lâaile Ă©paisse de lâappareil limitait son efficacitĂ© dans le rĂŽle de chasseur de haute altitude pour lequel il avait Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©.
Plus inquiĂ©tantes encore Ă©taient les ruptures structurelles touchant la queue. Des appareils furent perdus lors de vols Ă grande vitesse et de manĆuvres exigeantes. En aoĂ»t 1942, le pilote dâessai de Hawker Ken Seth-Smith mourut lorsque son Typhoon se disloqua en vol.
Les enquĂȘtes portĂšrent sur les vibrations, le flottement des gouvernes de profondeur et les faiblesses structurelles. Des plaques de renfort furent ajoutĂ©es autour de la jonction arriĂšre du fuselage, avant dâautres modifications. Identifier et corriger ces dĂ©fauts devint indispensable pour maintenir lâappareil en service.
Le cockpit initial posait dâautres difficultĂ©s. Ses portes latĂ©rales de type automobile et la structure situĂ©e derriĂšre le pilote rĂ©duisaient la visibilitĂ© vers lâarriĂšre, compliquant la dĂ©tection dâun assaillant.
Lâidentification constituait un autre problĂšme. Sous certains angles, le Typhoon pouvait ĂȘtre confondu avec un Fw 190 et subir des tirs amis. Ă la fin de 1942, des marques noires et blanches distinctives furent appliquĂ©es sous les ailes pour aider les pilotes et les servants de la dĂ©fense antiaĂ©rienne alliĂ©s Ă le reconnaĂźtre.
Face Ă tant de difficultĂ©s, lâavenir de lâappareil restait incertain. Les attaques allemandes contre le littoral anglais allaient pourtant rĂ©vĂ©ler une mission Ă laquelle il Ă©tait particuliĂšrement adaptĂ©.
Les chasseurs-bombardiers Fw 190 approchaient souvent Ă basse altitude, frappaient rapidement, puis repartaient au-dessus de la mer. Dans ces conditions, la vitesse et la puissance de feu du Typhoon lui donnaient lâoccasion de faire ses preuves.
Le Squadron Leader Roland Beamont, du 609e escadron, qui avait Ă©galement Ă©tĂ© pilote dâessai chez Hawker, comprit ce potentiel. Depuis Manston, dans le Kent, son unitĂ© effectua en 1942 des patrouilles Ă basse altitude pour intercepter les appareils allemands. Ces engagements contribuĂšrent Ă dĂ©montrer lâefficacitĂ© du Typhoon lorsquâil Ă©tait employĂ© dans des conditions adaptĂ©es.
Lâattention se porta progressivement sur lâattaque Ă basse altitude. Au lieu de miser sur lâappareil comme intercepteur de haute altitude, les responsables dĂ©veloppĂšrent sa capacitĂ© Ă frapper des objectifs au sol.
Cette Ă©volution dĂ©buta Ă la fin de 1942 avec lâinstallation de dispositifs dâemport de bombes. Les Typhoon pouvaient transporter deux bombes de 500 livres, soit environ 227 kg chacune, puis, aprĂšs de nouvelles adaptations, deux bombes de 1 000 livres, environ 454 kg chacune. SurnommĂ©s « Bombphoons », ils attaquĂšrent en 1943 des installations ferroviaires, des ponts et des positions cĂŽtiĂšres en France occupĂ©e.
Leurs quatre canons offraient déjà une puissance de feu importante. Les bombes élargissaient leurs possibilités, mais les roquettes allaient leur fournir une autre a**e majeure.
En juin 1943, un Typhoon reçut huit rails de lancement, quatre sous chaque aile. Lâa**e portait la dĂ©signation RP-3, abrĂ©viation de « Rocket Projectile, 3-inch », les trois pouces correspondant au diamĂštre du moteur de la roquette. Une version largement utilisĂ©e Ă©tait Ă©quipĂ©e dâune ogive de 60 livres.
Lors de la campagne de Normandie, le Typhoon Ă©tait devenu un puissant appareil dâattaque au sol. Autour de Falaise, ses frappes accentuĂšrent la pression sur les forces allemandes en retraite. Cet avion dont les dĂ©buts avaient fait douter de la survie avait enfin trouvĂ© un rĂŽle exploitant pleinement sa vitesse et sa puissance de feu.
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