11/07/2026
« INFLUENCEURS EN DENTISTERIE » : quand la quête de visibilité menace l'éthique professionnelle
Les réseaux sociaux constituent aujourd'hui un formidable outil d'information, de sensibilisation et d'éducation sanitaire. Utilisés avec discernement, ils permettent au chirurgien-dentiste de diffuser des connaissances scientifiques fiables et de contribuer à la promotion de la santé bucco-dentaire.
En revanche, lorsque ces plateformes deviennent le théâtre d'une mise en scène permanente de l'acte médical, d'une promotion personnelle outrancière ou d'une stratégie de captation de clientèle, il ne s'agit plus d'information médicale : il s'agit d'une dérive incompatible avec les principes qui fondent l'exercice de notre profession.
Le décret exécutif n° 92-276 du 6 juillet 1992 portant Code de déontologie médicale rappelle que la déontologie est l'ensemble des règles que tout médecin, chirurgien-dentiste et pharmacien est tenu de respecter dans l'exercice de sa profession, et que le praticien est au service de l'individu et de la santé publique, dans le respect de la personne humaine.
La profession de chirurgien-dentiste n'est pas une activité commerciale, et encore moins une activité de divertissement numérique. Elle est une profession médicale réglementée, fondée sur la compétence, l'indépendance professionnelle, la dignité, la probité et le respect absolu du patient.
La loi n° 18-11 relative à la santé consacre également les principes de qualité, de sécurité des soins, de protection de la dignité du patient et d'une information sanitaire loyale. Elle fait du professionnel de santé le garant de la confiance du citoyen envers le système de santé.
Or, certaines pratiques observées sur les réseaux sociaux suscitent une vive inquiétude :
- l'exposition répétée de patients à des fins de promotion personnelle ;
- la spectacularisation d'actes médicaux ;
- la recherche du « buzz » plutôt que de l'intérêt thérapeutique ;
- la mise en avant de résultats prétendument miraculeux sans fondement scientifique ;
- les comparaisons implicites ou explicites entre confrères ;
- les partenariats commerciaux susceptibles d'altérer l'indépendance professionnelle ;
- la confusion entretenue entre communication sanitaire, publicité et influence commerciale.
Ce mélange des genres constitue une atteinte à l'image de la profession. Il transforme progressivement le patient en support publicitaire, l'acte médical en produit d'appel et le chirurgien-dentiste en créateur de contenu. Une telle évolution est contraire à l'esprit et à la lettre de la déontologie médicale.
Le prestige d'un chirurgien-dentiste ne se mesure ni au nombre d'abonnés, ni au nombre de vues, ni aux algorithmes des plateformes numériques. Il se mesure à la qualité de ses soins, à son intégrité morale, à sa compétence scientifique, au respect du secret professionnel et à la confiance durable que lui accordent ses patients.
Être suivi sur les réseaux sociaux ne confère aucune légitimité scientifique. Seule la compétence, continuellement entretenue par la formation, validée par les données acquises de la science et exercée dans le respect des règles déontologiques, fonde la crédibilité d'un professionnel de santé.
Le Conseil de l'Ordre rappelle que la liberté de communication ne dispense jamais du respect des obligations déontologiques. Toute communication publique doit demeurer honnête, mesurée, objective, digne et exclusivement guidée par l'intérêt du patient et celui de la santé publique.
La notoriété numérique est éphémère.
L'honneur de la profession, lui, est permanent.
Chaque chirurgien-dentiste en est le dépositaire et en répond devant ses patients, devant ses confrères, devant son Ordre et devant la loi.
À qui la faute ?
La responsabilité est collective. Les plateformes favorisent la recherche de visibilité, mais nul ne peut invoquer les règles des réseaux sociaux pour s'affranchir des règles de la déontologie. Chaque praticien demeure personnellement responsable de ses publications et de leurs conséquences.
Le véritable influenceur n'est pas celui qui accumule les abonnés.
C'est celui qui, par son savoir, son éthique, sa discrétion et son exemplarité, élève la profession au lieu de l'exposer.
L'Ordre des chirurgiens-dentistes continuera à défendre une communication responsable, conforme au Code de déontologie médicale et à la loi n° 18-11, afin de préserver ce qui constitue le socle de notre profession : la confiance du patient, la dignité de l'exercice et l'honneur de la médecine dentaire.
Dr Benaouda Kalkoul
Président SONCD
Vice président CNDM
CONSEILLER NATIONAL SONCD