09/08/2026
« Mais pourquoi tu ne te respectes pas ? Pourquoi tu restes ou tu cours après les autres sans cesse, au point de t’oublier ? »
« C’est à cause d’elle… »
« C’est qui, elle ? »
Elle, c’est la mini-moi.
L’enfant que j’ai été.
Celle qui, quelque part en moi, a encore peur qu’on parte.
Celle qui croit qu’une personne qui s’éloigne signifie peut-être qu’elle n’a pas été assez bien.
Alors parfois, je reste là où je devrais partir.
Je m’accroche.
Je pardonne trop.
Je comprends trop.
Je donne encore, même quand je n’ai plus rien à donner.
Parce qu’au fond, une petite voix murmure :
« S’il te plaît, reste auprès d’eux.
Montre-leur qu’on est spéciale.
Montre-leur qu’on mérite qu’ils restent.
Ne les laisse pas nous abandonner. »
Et cette blessure ne se réveille pas uniquement dans l’amour.
Elle peut être là quand une amitié se termine.
Quand une personne que l’on aimait profondément prend ses distances.
Quand on décide de quitter une relation qui ne nous convient plus.
Quand on ferme la porte d’un chapitre professionnel.
Quand on quitte un poste, une équipe, un endroit auquel on s’était attaché.
Parce que clôturer quelque chose, c’est accepter une séparation.
Et parfois, même lorsqu’on sait que c’est la bonne décision, ça fait mal.
Très mal.
Il y a cette partie de nous qui crie :
« C’est dur de clôturer…
Battez-vous pour que je reste.
Dites-moi que je compte.
Dites-moi que je vais vous manquer.
Retenez-moi. »
On aimerait parfois que l’autre nous arrête.
Pas forcément parce qu’on veut réellement rester.
Mais parce qu’on voudrait avoir la preuve qu’on était importante.
Et peut-être que c’est ça, le plus difficile avec la blessure d’abandon :
Ce n’est pas toujours de partir qui fait le plus mal.
C’est de ne pas être retenue.
C’est de dire au revoir en espérant, au fond de soi, entendre :
« Non, reste. On ne veut pas te perdre. »
Et de n’entendre que le silence.
Ou pire…
« D’accord. »
Parce qu’il y a une différence immense entre choisir de partir et découvrir qu’on ne veut plus de nous.
Quand c’est nous qui fermons la porte, on peut encore se raconter que c’était nécessaire.
Mais quand quelqu’un nous montre qu’il n’a plus envie de nous avoir dans sa vie, la petite fille en nous peut le vivre comme une confirmation de sa plus grande peur :
« Tu vois… encore une fois, on ne nous choisit pas. »
Alors on cherche des explications.
On se demande ce qu’on aurait pu faire différemment.
On repense à nos mots, nos gestes, nos erreurs.
On voudrait parfois revenir en arrière.
Pas forcément pour récupérer cette personne, cette amitié ou ce travail…
Mais pour récupérer cette sensation d’être choisie.
Et c’est là que j’apprends, doucement, à faire la différence entre être abandonnée et être quittée.
Entre perdre quelqu’un et me perdre moi-même.
Entre une porte qui se ferme et ma propre valeur.
Parce que quelqu’un peut ne plus vouloir de moi dans sa vie sans que cela signifie que je ne mérite pas d’être aimée.
Une amitié peut se terminer sans que je sois une mauvaise amie.
Une relation peut prendre fin sans que je sois impossible à aimer.
Un travail peut se terminer sans que ma valeur professionnelle disparaisse avec lui.
Et surtout…
Je n’ai pas besoin de convaincre quelqu’un de rester pour prouver que je mérite qu’on reste.
Alors aujourd’hui, j’essaie de rassurer cette petite fille.
Je lui dis :
« Je sais que tu voudrais qu’ils se battent pour nous.
Je sais que tu voudrais qu’ils nous retiennent.
Je sais que tu voudrais être certaine d’avoir compté.
Mais écoute-moi.
Même s’ils partent, je reste.
Même s’ils ne nous choisissent pas, je te choisis.
Même si une porte se ferme, je ne vais pas courir derrière elle en nous oubliant.
Tu n’as plus besoin de supplier quelqu’un de rester pour être certaine que tu as de la valeur.
Et surtout…
Je ne te laisserai plus nous abandonner nous-mêmes pour empêcher les autres de le faire. »
Peut-être que guérir de l’abandon, ce n’est pas ne plus avoir peur que les autres partent.
C’est apprendre que lorsqu’ils partent…
nous, on reste.