08/06/2026
LUNDI EMOTIONNEL
La Prison la Plus Subtile - 1/3
Il y a quelque temps, une simple remarque a ouvert une porte en moi. Une phrase toute simple. Une phrase qui, sur le moment ne m'a pas touché et en même qui a continué à travailler dans le silence.
On m'a fait remarquer que je parlais souvent de mon passé pour permettre aux autres de me connaître. Au départ, j'ai eu envie de répondre que ce n'était pas vrai, que je ne le faisais pas à partir d’un espace de blessures, mais que cela permettait à l’autre de me rencontrer à partir de mon paysage intérieur.
Puis j'ai observé. Et j'ai vu quelque chose de plus subtil. Je ne parle pas forcément beaucoup de mon passé. Je raconte mes blessures, mes épreuves, mes traversées. Je raconte la jeune fille que j'avais été, la femme que j'étais devenue. Les montagnes gravies. Les tempêtes traversées.
Et pendant longtemps, cela m'a semblé naturel. Après tout, nous racontons tous notre histoire pour permettre à l'autre de nous connaître, pour créer du lien. Pour dire : « Voilà d'où je viens et qui je suis »
Et pourtant, quelque chose a commencé à me questionner.
• Pourquoi certaines histoires continuaient-elles à revenir alors qu'elles étaient déjà guéries ?
• Pourquoi certaines blessures, pourtant cicatrisées, continuaient-elles à être convoquées dans le présent ?
• Pourquoi ressentais-je parfois le besoin de rappeler ce qui avait été traversé ?
Puis la réponse est apparue, doucement, paisiblement, comme une évidence. Une partie de moi continuait à utiliser son histoire pour confirmer son identité.
Comme si la femme résiliente avait encore besoin de ses blessures.
Comme si celle qui s'était relevée avait encore besoin de ses chutes.
Comme si le personnage avait besoin de son passé pour continuer à exister.
Et soudain, une question est née :
Qui suis-je lorsque je cesse de raconter mon histoire ?
Pas en la reniant, ni en prétendant qu'elle n'a jamais existé. Mais simplement en cessant de l'utiliser pour me définir, définir celle que je suis aujourd’hui. Cette question m'a accompagnée pendant plusieurs jours. Et plus je la regardais, plus je sentais quelque chose se desserrer.
Une prison devenait visible, une prison dans laquelle je pouvais encore me dire :
« Je suis celle qui a traversé cela. »
« Je suis celle qui a compris cela. »
« Je suis celle qui a guéri cela. »
Une prison confortable, dont les barreaux étaient faits de souvenirs, de récits et de significations. Et de là, j'ai décidé que mon passé ne me définirait plus. Que je n'allais plus jamais en parler pour me présenter. Mais c'était radical, une autre prison subtile faisait son apparition.
Et pourtant...
La vie n'avait pas terminé sa phrase. Car ce que je croyais être la découverte allait devenir le début d'une autre exploration. Une exploration encore plus subtile. Une exploration qui allait m'amener à questionner non seulement mon histoire mais aussi celui ou celle qui cherche à s'en libérer.
Et c'est là que nous nous retrouverons mercredi.
Trois questions pour ce lundi :
1. Quelle histoire ai-je besoin de raconter pour expliquer qui je suis ?
2. Que resterait-il de mon identité si cette histoire disparaissait ?
3. Qui suis-je lorsque je n'ai plus rien à prouver à travers mon passé ?
Avec Amour et humour,
Saphir Shanipriya