13/05/2026
6h34.
Téléphone.
— “Bonjour Tof ? Ce serait juste pour enlever des fils.”
— “Les soins étaient faits par qui ?”
— “Par nous-mêmes.”
— “Depuis combien de temps ?”
— “Heuuu… deux semaines.”
— “Et ça va ?”
— “Bah… je crois.”
Aujourd’hui, on voit arriver de plus en plus de patients qui sortent de l’hôpital avec :
• les injections à faire seuls,
• les pansements “simples” à faire par mami,
• les anticoagulants “faciles”,
• les soins “accessibles à domicile” sans IDEL,
• les explications “normalement comprises” post hospitalisation.
Le virage ambulatoire est passé par là.
L’idée, sur le papier, est belle :
C'est rendre le patient autonome, éviter l’hospitalisation longue, diminuer les coûts, et favoriser le maintien à domicile.
Honnêtement…
dans beaucoup de situations, ça fonctionne très bien.
Mais parfois…
“patient autonome”
veut surtout dire :
— “On lui a montré vite fait avant la sortie.” 😭
Alors les familles font comme elles peuvent.
YouTube devient infirmier référent.
Le voisin donne des conseils.
La belle-sœur “a déjà fait un pansement une fois”.
Et le patient gère ses HBPM au talent.
Puis arrive l’IDEL.
Pas au début, non.
À la FIN des soins.
Quand il reste :
➡️ l’ablation des fils,
➡️ le retrait des agrafes,
➡️ “juste une surveillance”,
➡️ “juste vérifier que tout va bien.”
Le problème…
c’est qu’en libéral,
quand quelqu’un dit :
— “Juste vérifier”…
tu sais déjà que la plaie prépare probablement un communiqué de crise.
Parce que derrière le :
— “Tout allait bien…”
tu découvres parfois :
• une rougeur,
• une odeur étrange,
• un pansement changé au Sopalin,
• des injections oubliées “parce que ça brûlait”,
• ou une cicatrice qui ressemble à une fermeture éclair ouverte.
Et là…
la responsabilité change discrètement de sacoche.
Parce que tant que le patient faisait “comme il pouvait”…
tout le monde trouvait ça formidable :
— “autonomisation”,
— “éducation thérapeutique”,
— “retour précoce”.
Mais dès que TOI tu touches la plaie…
BOUM 💥
Responsabilité IDEL engagée.
Tu retires les agrafes ?
Responsabilité.
Tu observes une inflammation ?
Responsabilité.
Tu dis :
— “Bon… ça ne me plaît pas trop…”
Responsabilité.
Et parfois tu récupères un chantier BTP sous Tegaderm.
Des exemples j'en ai à la pelle :
L’autre jour :
Ablation d’agrafes sur un scalp.
“Simple.”
J’arrive. Monsieur seul. Pas d’aidant. Pas de suivi. Pas vraiment d’explications.
Le monsieur me dit :
— “On m’a dit de nettoyer avec ce que j’avais.”
Ce que “j’avais”…
c’était de l’eau chaude et une serviette de toilette qui avait connu plusieurs présidents de la République.
Résultat croûtes, un volcan en éruption : 45 min de soins à découper, à retirer pour 6.30 brut...
Le meilleur exemple restera cette fameuse césarienne.
Sortie rapide.
Madame était censée gérer :
• son pansement,
• ses injections HBPM,
• sa surveillance.
Quelques jours plus t**d :
ablation des agrafes.
Et là…
Désunion de plaie.
Le ventre fait :
— “Finalement… non.”
Résultat :
mèchage quotidien pendant 7 semaines.
SEPT semaines en rajoutant 7 jours de plus pour la fin de la cicatrisation...
Le petit soin “économique” devient une saga Netflix médicale.
Et là les chiffres deviennent magnifiques.
Si le pansement avait été fait correctement dès le départ :
AMI 2 + AMI 1 à 50 % + DÉP.
Environ 114,50 € brut.
Le prix de la prévention.
Mais après la désunion ?
AMI 11.
49 AMI 4 + MCI.
7 AMI 2.
8 Dimanches.
et les déplacements
Total :
1163,15 €.
Mille cent soixante-trois euros.
La Sécu a voulu économiser un pansement…
elle a financé une saison complète. 😭
Et après ça…
on entend encore parfois :
— “Les infirmiers libéraux coûtent cher.”
Alors qu’on passe notre temps à éviter :
• les infections,
• les réhospitalisations,
• les septicémies,
• les complications évitables,
• et les bricolages médicaux du dimanche soir.
Parce qu’aujourd’hui, l’IDEL ne vient plus seulement faire un soin.
Il vient détecter les complications, vérifier l'observance, évaluer le domicile, soutenir les aidants, rattraper les situations qui dérivent doucement depuis 10 jours.
On ne vient plus seulement faire un soin.
On vient vérifier que “l’autonomie” n’a pas été confondue avec : “Débrouillez-vous.”
Malheureusement… beaucoup de collègues refusent désormais ce type de soins.
Pas par caprice. Pas par flemme.
Mais parce qu’ils savent très bien que derrière un : — “simple retrait d’agrafes”
peut se cacher : une complication, une infection, une désunion, une réhospitalisation, voire une expertise.
Et quand ça tourne mal… c’est rarement l’hôpital, le protocole ou “l’autonomie” qu’on regarde en premier.
C’est l’IDEL qui a touché la plaie en dernier.
Alors forcément… beaucoup deviennent prudents.
Mais vu de l’extérieur, les prescripteurs, les collègues hospitaliers, les patients, les familles…
pensent parfois :
— “Les libéraux ne veulent plus travailler.” — “Ils sont compliqués.” — “Ils refusent les soins.” — “Ils sont capricieux.”
Alors qu’en réalité… ils essayent surtout d’éviter de monter dans un avion déjà en feu avec une boîte de compresses pour seul parachute.