07/05/2026
Qui a eu cette idée de f***e de relever les seuils de réussite à 60 % tout en donnant moins de moyens à l'enseignement ?
Ci-dessous un large extrait d'une tribune parue hier dans le journal Le Monde. Si l'article concerne l'école française, nous vivons une situation comparable en FWB
Madame Glatigny, on lit ? On s'instruit ? Madame Degryse. On se documente ?
« LA MERITOCRATIE NE CORRIGE PAS LES INEGALITES"
Pour la première fois, un durcissement des critères d’évaluation est assumé en sachant qu’il entraînera une baisse significative du taux de réussite aux examens.
Dès cette année, jusqu’à un quart des candidats au brevet et au baccalauréat pourraient se voir refuser ces diplômes. L’objectif du ministre est clair : relever le niveau en sanctionnant plus sévèrement l’orthographe et la maîtrise de la langue.
Mais à quelles conditions ? La maîtrise de la langue est l’une des compétences les plus socialement distribuées. Elle s’acquiert autant dans la famille qu’à l’école. Elle dépend du capital culturel, du rapport à l’écrit, des ressources familiales. Durcir ces critères sans agir massivement sur les conditions d’apprentissage, c’est faire comme si tous les élèves partaient avec les mêmes ressources. C’est confondre exigence et aveuglement.
Dans le même temps, le gouvernement annonce un plan ciblé sur 800 collèges en difficulté. Quelques mesures d’accompagnement, sans transformation structurelle, sans moyens à la hauteur. On durcit pour tous et on aide quelques-uns : ce n’est pas une politique de justice scolaire, c’est une politique de tri.
Mais il y a plus grave encore, car cette politique ne produit pas seulement de l’échec scolaire, elle produit une fracture démocratique. Depuis des décennies, la France, comme toutes les démocraties, a fait du diplôme le principal critère de reconnaissance sociale. Réussir à l’école, c’est réussir dans la vie. Echouer à l’école, c’est être relégué. Comme l’a montré le philosophe américain Michael Sandel, cette logique produit à la fois l’orgueil des gagnants et l’humiliation des perdants. Les premiers se vivent comme les auteurs de leur succès. Les seconds sont renvoyés à la responsabilité de leur échec.
(...)
La crise démocratique que nous traversons est aussi une crise du mensonge méritocratique. Face à cela, la solution n’est pas de renoncer à l’exigence, mais de la rendre juste. Des travaux récents du Conseil d’analyse économique le montrent : certaines politiques éducatives sont efficaces pour réduire les inégalités, quand d’autres ne le sont pas. Les priorités sont connues : réduire la taille des classes là où les difficultés sont les plus fortes, investir massivement dans les apprentissages fondamentaux, en particulier la maîtrise du langage, concentrer les moyens sur les élèves les plus fragiles, évaluer les politiques publiques pour soutenir ce qui fonctionne réellement. Autrement dit : agir en amont, plutôt que sanctionner en aval.
Relever le niveau scolaire est une ambition légitime. Mais encore faut-il s’en donner les moyens. A défaut, ce que l’on appelle exigence ne sera qu’une manière de légitimer l’échec de ceux à qui l’on n’a pas donné les moyens de réussir. Et une politique qui humilie prépare toujours, tôt ou t**d, une colère en réponse.
Saïd Benmouffok (professeur de philosophie en Seine-Saint-Denis et conseiller de Paris)