16/06/2026
Un aperçu de notre RA 2025, quelques mots de la coordination sur le travail au csm l'Adret avec une équipe particulièrement riche et soucieuse de l'Autre :
"Le CSM l’Adret asbl vit au rythme de sa population en 2025 et ne peut faire fi des politiques économiques et sociales qui l’impactent. Le travail en santé mentale réclame une exigence et un investissement personnel conséquent pour mener à bien les missions de prévention, diagnostic, traitement qui le caractérisent. Notre équipe, forte d’une riche complexité, d’expertises diverses et assurées, de grandes capacités humaines et solidaires, a permis en cette année 2025, de
poursuivre le travail mené jusqu’ici avec une conscience professionnelle remarquable.
Il m’apparait essentiel, en tant que coordinatrice, de souligner la qualité exemplaire de mes collègues, leur endurance aussi, leur désir de travail et de collaboration. Accompagner notre
public n’est pas toujours simple. Nous faisons face à des situations cliniques de plus en plus tendues où différent.e.s acteur.ice.s entrent en jeu, où la précarité accentue les problèmes psychiques, confronte à de l’impuissance aussi voire à du désarroi.
La beauté du travail en santé mentale réside dans la relation humaine et la rencontre avec l’Autre, quel qu’il soit, dans sa
singularité. Établir une relation de confiance, de soin, maintenir une permanence du lien, soutenir parfois au-delà de nos limites, rester flexible et à l’écoute. Et toujours, veiller à proposer un
dispositif adéquat et réfléchi, suffisamment contenant. Je tiens donc à féliciter l’ensemble de mes collègues dans ce travail ardu et quotidien. Travail malheureusement insuffisamment reconnu,
nous le savons, tant le secteur de la santé mentale, même s’il fait parler de lui, reste un secteur sous-financé. La situation socio-politique que nous connaissons, et les mesures prises
notamment par le gouvernement Arizona ne permettent pas d’espérer une meilleure voie pour le secteur social santé. Par ailleurs, la situation budgétaire des entités fédérées ne peut que
conforter cette perspective peu optimiste.
Rappelons quelques chiffres nationaux en guise de constat. Une étude publiée en octobre 2025 par Sciensano indique
« -à propos de- la prévalence élevée et durable des troubles mentaux en Belgique. Ils –les chiffres- mettent en évidence la nécessité de renforcer la prévention, ainsi que d’assurer la disponibilité et un accès équitable à des services de soutien psychologique, en particulier pour les groupes les plus vulnérables : les femmes, les jeunes et les personnes en situation sociale fragile. » (Sciensano 28/10/25)1
De même, la note de synthèse de la LBSM publiée en 2026 et qui propose une analyse des politiques publiques et plus précisément en ce qui concerne la question des maladies longues durées, indique que nos professions sont utilisées à ce jour à des fins budgétaires pour détecter les vrais des faux malades. Nous voilà, professionnel.le.s du soin à devoir œuvrer pour remettre rapidement au travail des personnes en grande difficulté. Or, plus d’un tiers des personnes en arrêt maladie de longue durée le sont pour des raisons psychologiques (burn-out, dépression).
Et plutôt que d’entendre la dimension systémique des symptômes de la population, les mesures
actuelles visent la responsabilité individuelle.
« S’il n’est pas concevable de laisser les personnes en invalidité sur le bord de la route avec pour seule amarre un revenu de remplacement, les politiques d’activation qui se veulent « rapides» et « responsabilisantes », peuvent redoubler une violence que les personnes en burnout exercent déjà sur elles-mêmes. L’enjeu clinique n’est alors pas tant d’encourager le retour rapide au travail, mais d’accompagner et d’éviter de précipiter les choses »2 (R. Susswein, 2026)
Dans ce même rapport, les auteur.ices rapportent les conclusions de l’analyse de ces politiques publiques menée par l’Observatoire de la santé et du social. Leurs données indiquent clairement un risque accru d’assister à une augmentation de la précarité d’une frange de la population déjà fragilisée, dans une région où la pauvreté est importante. Dans le même temps, le secteur de la réinsertion professionnelle n’est pas revalorisé, et fait même l’objet de coupes budgétaires en
Région wallonne.
Ces quelques éléments donnent le ton concernant, et l’importance des problèmes de santé mentale, de précarisation de la population, et les difficultés d’accueillir, répondre et accompagner ces personnes faute de revalorisation financière du secteur, voire la mise en œuvre d’un plan stratégique national compte tenu du caractère global et aigu des difficultés rencontrées.
Enfin, il est à noter un contexte national et international dominé par la montée des extrêmes et notamment de politiques austères, discriminantes et qui ne respectent plus les droits
fondamentaux des personnes. En Belgique, comme le dénonce la coalition santé en février 2025, les personnes en situation irrégulière sur le territoire bruxellois se voient retirer le peu de droits acquis via une politique du non accueil, la réduction des aides sociales, des contrôles renforcés.
Cela complique l’accès aux soins des personnes les plus vulnérables.
Il ne s’agit pas ici d’être alarmiste (bien qu’il y ait de quoi l’être) ni défaitiste, il s’agit de clarifier le climat dans lequel désormais travaillent les professionnel.le.s du soin. Des situations cliniques de plus en plus complexes, des démarches administratives lourdes et risquées parfois pour aider les personnes, une charge de travail supplémentaire pour permettre de répondre au mieux à la détresse de nos bénéficiaires. Cela n’est pas sans retentissement sur la qualité de vie des travailleur.euses et nous pouvons le ressentir dans les différentes vignettes rapportées dans ce Rapport d’Activité 2025. Le secteur social-santé est donc fatigué et lutte pour assurer sa mission dans un contexte en tension. Le CSM l’Adret n’y échappe pas.
Nous avons toutefois à cœur de remettre toujours les patient.e.s au centre de leur démarche, de les rendre acteurs et actrices de leurs soins. Nous participons à des formations, des supervisions
plus fréquentes, des rencontres du secteur, nous échangeons sur les pratiques des autres SSM afin de tenter de nous adapter à ces nouvelles données sociales, par exemple en travaillant sur
la question des permanences et des consultations d’accueil plus approfondies ; sur la mise en place de groupe de paroles afin de répondre un peu plus à la demande.
Demande qui s’étiole, stagne, et ne rencontre pas les chiffres annoncés. En effet, même nous, au sein du SSM, sommes devenu.e.s frileuse.s à renseigner le centre sachant qu’il n’y aura pas de places disponibles ou si peu à proposer. Les hôpitaux nous renvoient qu’ils ne renseignent même plus les SSM, les PPL semblent devoir compenser cette pénurie d’offres de soin. Encore une fois, on peut s’interroger sur la pertinence de financer des psychologues de première ligne qui travaillent seul.e.s alors que les situations cliniques actuelles nécessitent des prises en charge pluridisciplinaires et complexes ; une revalorisation des services compétents en place aurait pu
être une option…
Le contexte étant posé, on comprend aisément comment celui-ci a influencé notre clinique. Compte tenu des situations plus complexes, l’équipe au complet a augmenté les interventions
croisées entre professionnel.le.s de l’enfance et celles et ceux de l’équipe adulte, le nombre de co-consultations a également progressé et nous mettons en place des accueils plus approfondis pour recevoir les demandes de façon adaptée sur le plan humain aux réalités actuelles. Les supervisions cliniques et les discussions en équipe autour des situations que nous rencontrons, témoignent de l’importance du contexte socio-politique et des symptômes systémiques auxquels nous sommes confronté.e.s. La prise en charge, autant singulière soit elle, s’inscrit dans son époque et ses réalités. Adopter un point de vue situé s’ancre petit à petit dans nos démarches cliniques. La santé communautaire a également vu en 2025 la création de groupes de paroles « Parents solos » en collaboration avec la maison des parents solos et le CPAS de Forest. Un stage de boxe a été proposé avec la maison des jeunes de Forest et a permis d’atteindre un public adolescent qui ne se déplace pas jusqu’en SSM alors que la santé mentale des jeunes ne cesse de nous alarmer. Les assistantes sociales du SSM ont repris avec assiduité leur réunion d’équipe favorisant de meilleures prises en charge sociales, se tenant informées des nouvelles mesures et faisant face aux difficultés croissantes que rencontrent nos bénéficiaires. L’équipe du secrétariat / accueil a également été remaniée, avec des fonctions supplémentaires (comptabilité,
ressources humaines, assistance à la coordination) et des formations permettant un accueil plus inclusif. Enfin, des relations avec les autres partenaires du réseau social-santé s’intensifient (LBSM, SMES, CPAS, Coordination sociale de Forest, Partenariat Marconi asbl, Park Poetik, arts
et publics asbl, psymages, COCOF, …).
2025 aura été une année au cours de laquelle la coordination s’implante avec de nouvelles perspectives (augmenter la capacité d’accueil, penser et écrire la clinique, favoriser un esprit d’équipe solidaire et dynamique), des enjeux sociétaux qui
bouleversent nos pratiques. Des entretiens de fonction menés en fin d’année ont permis d’évaluer la motivation, le désir de travail et de formations, les changements opérés par la nouvelle
coordination.
Pour conclure, j’emprunte ces quelques mots :
« Faire Bouger les lignes. Dans le brouhaha et les tensions actuelles du monde, faire entendre la force de ses idées et la singularité de sa voix n’a jamais été aussi important. Ecrire, c’est
clarifier son propos sans être interrompu, c’est créer des possibles. Dire, c’est incarner le message, s’empouvoirer et convaincre. Ecrire pour dire, c’est avoir la conscience aigüe de la
relation interdépendante entre l’écriture et l’oralité dans notre processus de communication et se projeter, dès la réflexion, dans la relation à l’autre. »
Merci pour votre lecture, Isabelle Gosselin, Coordinatrice