14/08/2026
QUAND LE CHEVAL DIT NON
En séance de shiatsu, il y a des chevaux qui bougent... Beaucoup.
Ils sont nerveux, grattent le sol, regardent partout, se déplacent sans arrêt, ont du mal à se poser, semblent incapables de rester immobiles quelques secondes.
Ce sont rarement les séances les plus simples.
Mais un cheval qui bouge n'est pas nécessairement un cheval qui refuse le shiatsu.
Avec ce type de chevaux, j'ai appris à travailler autrement.
Pendant ma formation, les chevaux qui manquaient totalement d'ancrage étaient ceux que j'avais le plus de mal à manipuler. Aujourd'hui, ce sont justement ceux qui m'ont probablement le plus appris.
J'ai appris à m'ancrer moi-même. À rester concentrée sans me crisper. À ne pas monter en pression lorsque le cheval monte en pression, et, surtout, j'ai appris à déconstruire mes séances.
Il n'est plus question de vouloir absolument travailler un méridien dans son intégralité parce que c'est ce que prévoit la théorie.
Je peux travailler quelques zones précises, quelques points, proposer une technique d'ancrage, créer une connexion entre différentes parties du corps, revenir ailleurs, changer d'intention, faire une pause…
Je m'adapte au cheval qui est devant moi.
Et parfois, je demande même au propriétaire de ne plus intervenir, de ne pas tenir le cheval, de ne pas chercher à le calmer... Parfois, je demande simplement qu'on me laisse seule avec lui. 🫣
Pourquoi ? Parce que l'état émotionnel de l'humain peut aussi avoir une influence sur celui du cheval.
Un propriétaire très nerveux, anxieux, tendu ou qui ne parvient pas à gérer ses propres émotions peut, sans le vouloir, ajouter de la tension à une situation déjà difficile. Particulièrement lorsque le cheval considère cette personne comme son référent.
⚠️Mais il y a une différence importante entre un cheval qui a du mal à se poser et un cheval qui dit réellement non. Et cela, je l'ai appris à mes dépens.
Il m'est arrivé trois fois, au cours de ma pratique, d'être face à un cheval qui refusait véritablement la séance.
Pas simplement un cheval qui bouge.
Pas un cheval qui réagit à certains points.
Un cheval qui se met en défense.
🔹J'ai notamment rencontré un cheval qui semblait tellement incapable de se poser qu'il se mettait à se cabrer chaque fois que j'entrais dans sa bulle.
Dans ce genre de situation, il n'est plus question de « réussir sa séance ». La priorité, c'est d'écouter et de ne pas se mettre en danger.
🔹Et récemment, j'ai manipulé une jument stressée par son nouvel environnement. Elle était sur le qui-vive, avec un très gros manque d'ancrage.
Je commence par quelques petites techniques d'ancrage ➡️ elle bouge dans tous les sens.
Je vais alors travailler sur quelques points précis du méridien de l'Estomac, notamment dans cette recherche d'ancrage. ➡️ Elle bouge encore...
Mais elle crottine.
Je travaille ensuite, difficilement, une partie de la Vessie ➡️La jument s'énerve.
Je décide alors d'aller chercher du côté du lâcher-prise➡️ Elle urine.
Je me dis que quelque chose bouge.
J'essaie ensuite d'entrer dans ma séance à proprement parler.
❗Et là, changement complet.❗
La jument commence à essayer de me shooter.
Puis elle utilise également les dents et attrape mon doigt. Heureusement, ce n'était que mon doigt. Sous 35 degrés, je n'avais pas de longues manches et elle aurait très bien pu attraper mon bras.
À partir de ce moment-là, il n'y avait plus de séance.
Impossible de la toucher.
Et surtout : je n'avais aucune raison de le faire !
Parce que cette jument venait de me dire non.
Alors oui, après coup, je me suis dit qu'en dix minutes, elle avait tout de même crotiné et uriné.
Quelque chose avait bougé.
Peut-être avait-elle déjà reçu ce dont elle était capable de recevoir ce jour-là, mais elle ne voulait pas aller plus loin.
Et il faut aussi savoir accepter ça. Je ne peux pas aller à l'encontre du cheval. Encore moins lorsqu'il se met clairement en défense face à moi.
Le consentement, dans une séance de shiatsu, ce n'est donc pas seulement attendre que le cheval reste immobile.
C'est observer. Proposer. Écouter. Adapter.
Et savoir s'arrêter...
Un cheval peut manifester de l'inconfort pendant une séance. Il peut réagir à certains points, à certaines zones, à certaines pressions.
Dans ce cas, je peux modifier l'intensité, changer de zone, changer de technique, revenir plus t**d ou abandonner complètement ce que j'avais prévu.
Pour les étirements, c'est exactement la même chose.
Je peux proposer et inciter le cheval à s'étirer.
Mais je ne force jamais le mouvement.
Parce qu'il y a une différence entre accompagner un cheval vers un mouvement et l'y contraindre.
Et cette différence me paraît fondamentale.😉
Avec le temps, j'ai appris à moins m'accrocher à la séance que j'avais imaginée avant d'arriver.
À moins chercher à "faire" et davantage à écouter ce qui se passe réellement.
Parce qu'un protocole parfaitement exécuté ne vaut rien si le cheval, lui, n'est plus d'accord.
Alors, lorsqu'un cheval que je connais, qui connaît le shiatsu et qui l'accepte habituellement se met soudainement en défense, je dois être capable d'entendre ce qu'il me dit.
Aujourd'hui, c'est non.
Et ce non-là mérite autant de respect que tous les oui.
C'est aussi ça, pour moi, le shiatsu.
Pas imposer.
Proposer.
Écouter.
S'adapter.
Et parfois, savoir partir en laissant le cheval tranquille