04/07/2026
L’année scolaire s’est terminée chez Emancipe asbl, j’ai donné mar dernière formation vendredi dernier.
Lors de cette dernière journée, je dis : "Il faut créer de la sécurité pour la personne qu'on accompagne."
Pendant la pause, une participante m'interpelle :
"Moi, dès qu'on me dit 'il faut', je ne suis pas OK avec ça."
Je n'ai pas répondu tout de suite.
Parce que ce qui venait de se passer était bien plus intéressant que ce que j'avais prévu d'enseigner.
Elle n'avait pas entendu « sécurité ».
Elle avait entendu *il faut*.
En PNL, on appelle ça un ancrage. Un stimulus — ici, deux syllabes — qui déclenche une réaction avant même que le cerveau ait traité le sens. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est de la mécanique. Le mot a tout court-circuité.
Et ce mécanisme, elle l'appliquait peut-être chaque jour. Sans le savoir.
Mais il y avait une couche supplémentaire.
Elle était déjà coach. Et cette posture, elle la portait dans la salle ,parfois en prenant le lead, en devançant les explications, en signalant subtilement qu'elle savait déjà.
Comme si apprendre était une menace.
Comme si ne pas savoir était un danger.
On reconnaît ce profil. Celui qui entre en formation non pas pour recevoir, mais pour confirmer. Qui a besoin que son savoir soit vu avant même que la journée commence. Ce n'est pas de l'arrogance au sens simple du terme. C'est une protection. Une armure construite autour d'une question bien plus ancienne : « est-ce que j'ai de la valeur si je ne sais pas ? »
Et on lui avait appris — comme à beaucoup — qu'un bon coach « bannit » le "il faut". Règle reçue, intégrée, brandie.
Sauf qu'une règle apprise sans être digérée, c'est un nouveau "il faut" qui s'ignore lui-même.
Elle ne questionnait pas ma phrase.
Elle appliquait une injonction contre les injonctions.
C'est là où le coaching mal digéré devient piégeux : il donne des outils sans explorer pourquoi ces outils résonnent si fort en nous. Il efface le mot sans toucher à la blessure que le mot réveille.
Parce que derrière la règle professionnelle, il y avait autre chose.
Une histoire personnelle. Une réaction qui ne date pas d'hier. Une voix intérieure qui, depuis longtemps, se raidit dès qu'on lui dit quoi faire — et qui compense en cherchant à occuper la place avant qu'on la lui retire.
En Analyse Transactionnelle, on dirait que son Enfant Rebelle répondait à un Parent Normatif intériorisé bien plus ancien, bien plus pesant que ma simple phrase. Et que sa formation de coach avait peut-être, sans le vouloir, renforcé cette résistance en lui donnant une bonne raison intellectuelle de continuer à se défendre.
Elle ne me résistait pas.
Elle résistait à quelqu'un d'autre.
Quelqu'un qu'elle portait depuis longtemps.
Et qu'elle rejouait ici, maintenant, dans cette salle.
C'est ça, la vérité des formations que personne ne dit vraiment.
Nous n'apprenons jamais dans l'abstrait.
Nous apprenons à travers ce que nous sommes, ce que nous avons vécu, ce que nous portons.
La salle de formation n'est pas une zone neutre.
C'est un espace où notre histoire personnelle rejoue — souvent sans prévenir, rarement par hasard.
Ce jour-là, elle n'était pas juste en train d'apprendre la PNL.
Elle était en train de rencontrer quelque chose d'elle-même.
La question est : est-ce qu'elle l'a vu ?
Pourtant, tous les "il faut" ne se ressemblent pas. Et confondre les deux, ça coûte cher.
Il y a le "il faut" de la réalité.
Il faut payer ses charges. Il faut honorer ses engagements. Il faut des règles pour que le jeu soit possible. Celui-là n'est pas une oppression c'est le cadre. Se rebeller contre lui, c'est se battre contre la gravité.
Et il y a le "il faut" du passé.
Il faut être parfait. Il faut ne jamais décevoir. Il faut mériter sa place. Celui-là ne vient pas du réel — il vient d'une époque où tu n'avais pas le choix, d'une voix qui a fini par devenir la tienne sans que tu t'en rendes compte.
Le danger, c'est quand on confond les deux.
Quand on se rebelle contre le premier parce qu'il ressemble au second.
Quand on obéit au second en croyant que c'est le premier.
Ce moment est devenu le plus riche de la journée.
Pas parce que j'avais raison.
Parce que la question s'est posée — pour elle, pour le groupe, et peut-être maintenant pour toi.
Quand tu entends "il faut" tu réponds à la réalité, ou à une vieille voix ?**
La règle que tu appliques vient-elle d'une réflexion consciente — ou d'une blessure que tu n'as pas encore regardée en face ?
Et dans les salles où tu apprends — qu'est-ce que tu rejoues, sans le savoir ?