11/07/2026
💔Mon cœur de vétérinaire saigne, une fois de plus.
Je me demande aujourd’hui ce qui me retient encore à cette profession, que j’exerce depuis 10 ans et pour laquelle je me bats quotidiennement.
Pourquoi le taux de suicides ou d’abandons de la profession vétérinaire est-il si important ?
Journées à rallonge, gestion d’animaux en souffrance et stress de leurs propriétaires : nous l’acceptons. En revanche, l’individualisme, les agressions verbales, le dénigrement, les menaces déguisées (ou directes), nous poussent par contre à quitter ce merveilleux métier.
Notre profession est particulièrement difficile à gérer sur le plan émotionnel : nous ne soignons pas seulement un animal, nous accompagnons aussi les émotions de ses propriétaires et devons aborder avec eux la question parfois délicate du coût des soins. Depuis quelques années, j’ai vu les mentalités changer : nous devons désormais recevoir les animaux immédiatement, et surtout les traiter médicalement ou chirurgicalement à coûts dérisoires.
Connaissez-vous les coûts que représentent une clinique vétérinaire ? Un bâtiment, du matériel de pointe, des médicaments, du personnel, des assurances, de la TVA à 21% ? Car oui je le rappelle, les soins médicaux vétérinaires sont assujettis à 21 % alors qu’ils sont à hauteur de 0 % en médecine humaine.
Cette profession évolue négativement. Au point que les vétérinaires doivent désormais se protéger de certains propriétaires et de leur folie. Comme en médecine humaine, nous devons maintenant faire signer des contrats de prise en charge pour des soins, examens complémentaires, des chirurgies, des hospitalisations. Des contrats explicitant que les propriétaires DOIVENT venir rechercher leur animal, qu’ils acceptent un devis, que les procédures sont préalablement expliquées, que la « garantie de vie » n’est pas assurée. Je suis gênée de faire signer ces documents auprès de mes patients corrects et fidèles. Et pourtant, de la faute d’une minorité, nous n’avons plus le choix. Ce monde devient dingue et nous devons nous protéger.
Dingue ? C’est ce que j’ai vécu ce samedi matin. J’écris l’histoire, pour me décharger, mais surtout pour que vous, propriétaires, puissiez vous rendre compte de l’impact des mots.
Hier, vendredi, mes collègues intercalent dans le planning en urgence une lapine pour myiase invasive. Il s’agit de plaies profondes de l’arrière train à la suite d’asticots ayant atteint la peau, rongé le muscle partiellement. Les causes ? Une obésité morbide, une diarrhée chronique, des mouches qui en ont profité… En pratique : 1h30 de chirurgie afin de débrider les plaies, suivi d’une hospitalisation avec mise sous 2 types de perfusion. L’animal est douloureux et en arrêt de transit, nous mettons tout en place pour être efficaces et rassurer les propriétaires. Il est convenu d’hospitaliser le lapin le week-end, un devis est établi.
Ce matin (samedi), les propriétaires me contactent pour récupérer leur lapin, faute de moyens financiers (propriétaire enceinte et vient d’acheter une maison). Je comprends totalement leur situation, mais leur explique que leur animal est toujours très douloureux et en arrêt de transit. Par conséquent, la sortie est contre-indiquée. Je ne peux garder l’animal sans leur consentement évidement, donc l’animal est préparé pour sa sortie. Jusque-là, tout est normal.
J’explique tous les traitements (qui sont malheureusement nombreux au vu de l’état de la lapine). Vient le moment de payer : 498 euros (devis annoncé verbalement la veille et accepté). La pilule ne passe pas et je me justifie (comme d’habitude) sur les tarifs.
Et là, les remarques commencent :
- « C’est honteux »
- « On n’arrive même pas à vous joindre QUAND ON VEUT durant le week-end par téléphone »
- « Tu dis merci toi ?! Elle te vole ton fric et tu dis merci ?! » Alors que la fille de cette dame me remercie à mi mots pour les soins
- « Je ne lui ferai pas sa pub à celle-là, c’est clair » en quittant le cabinet
- « C’est du vol pur ! »
Pour une fois, je n’ai pas pu me contenir et l’ai suivie sur le parking afin de lui expliquer que ses remarques sont agressives et intolérables. S’en suivent :
- « Vous devriez avoir honte de profiter des gens comme ça »
- « Moi aussi j’ai une vie de famille »
- « Vous vous rendez compte de ce que c’est 500 euros ?! »
- « C’est votre comportement que je ne peux accepter face à ma fille qui est enceinte »
- « Vous êtes une voleuse, profitez bien des 500 balles de ma fille »
Ces 498 euros (411 euros HTVA) comprennent : consultation, anesthésie, chirurgie sur le temps de midi sans aucun supplément urgence, mise sous perfusion (soluté de réhydratation et association de morphiniques), hospitalisation en soins intensifs sur tapis chauffants et lampes, médicaments injectables, soins locaux, nombreux médicaments pour le retour (qui représentent une partie significative du montant). Encore une fois, je fais toujours attention au portefeuille des propriétaires. Je ne fais pas d’examens inutiles et je n’hospitalise pas un animal pour le plaisir. Je propose toujours les meilleures solutions aux propriétaires, et nous discutons. Nous validons ensemble les plans de soins.
On est samedi midi, je rentre auprès de ma fille, mon mari, mes animaux que je vois bien trop peu. Pourquoi ? Parce que depuis 10 ans je sacrifie tout pour ce cabinet vétérinaire, pour aider le plus d’animaux et soulager le plus de propriétaires possible. Je pars le matin avant le réveil de ma fille, rentre presque tous les soirs après son souper, arrive toujours en re**rd aux activités familiales, sacrifie mes week-ends pour les animaux hospitalisés ou pour l’entretien du cabinet vétérinaire, continue la gestion du cabinet durant mes jours de congé…
Vous allez penser que je suis fragile à m’exposer sur les réseaux pour si peu. Mais les remarques sont quotidiennes et nous anéantissent. Elles nous mettent en colère, nous détruisent, nous répugnent. Petit à petit, la ficelle s’use.
Et encore une fois, je crie haut et fort que j’ai la chance de travailler avec une équipe FORMIDABLE, que ce soit au niveau humain ou au niveau compétences. La grande majorité des clients se rendt compte de leur efficacité et de leur dévouement. Et moi aussi. C’est grâce à elles, et à vous, propriétaires responsables espectueux et reconnaissants, que je continue mon métier.
Prenez soin de vos vétérinaires, qui ne sont pas des robots et qui ont des sentiments.
Courage à nous qui nous battons pour notre métier et pour aider la cause animale.