Robin Bastien - Psy

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❇️ Page dédiée à la psychologie et aux troubles neurodéveloppementaux

❇️ Consultations psychologiques pour enfants, adolescents et adultes (Ladeuze/Tournai/En ligne)

❇️ Thérapie Cognitive et Comportementale

Hello. À partir d'aujourd'hui, je prendrai quelques jours de congé et serai absent jusqu’au 18 août. On n'est toutefois ...
31/07/2026

Hello. À partir d'aujourd'hui, je prendrai quelques jours de congé et serai absent jusqu’au 18 août. On n'est toutefois pas à l'abri d'une ou deux publications d'ici là. Par contre, je ne serai pas disponible ni par téléphone ni par email. Je répondrai à tout ça dès mon retour.

Je souhaite d’excellentes vacances à celles et ceux qui auront la chance d’en profiter, et beaucoup de courage à celles et ceux qui poursuivront leur activité durant cette période.

Prenez soin de votre 🧠

29/07/2026

« Tu veux du lait ? » — « Non. »
« Tu veux de l’eau ? » — « Non. »
« Tu veux une banane ? » — « Non. »
« Comment t’appelles-tu ? » — « Non. »
« Enchanté, Non ! 😀»

Les parents de jeunes enfants connaissent probablement cette célèbre période d’opposition qui débute généralement autour de l’âge de deux ans et peut se prolonger pendant plusieurs mois, voire davantage pour le plus grand bien de tous. Cette phase, souvent désignée par l’expression anglaise « terrible twos », se caractérise notamment par une multiplication des refus, des frustrations et des crises émotionnelles.

Il est alors intéressant d’observer ce qui se produit concrètement au cours de ces épisodes. Comment les enfants tentent-ils de réguler eux-mêmes leur frustration ? Quelles réactions parentales contribuent à l’atténuer ou, au contraire, à l’intensifier ? Existe-t-il, dans ce domaine, des différences entre les comportements des mères et ceux des pères ?

L’observation d’enfants âgés de 15 à 39 mois, vivant au sein de familles biparentales, permet de mieux comprendre les stratégies qu’ils utilisent pour retrouver leur calme. Dans environ 20 % des cas, au cours des secondes qui suivent le début de la crise, les enfants cherchent à se réconforter par eux-mêmes. Ils peuvent, par exemple, sucer leur pouce, porter leurs doigts à la bouche ou se saisir d’un objet rassurant.

Dans près de 50 % des situations, ils détournent leur attention afin de réduire leur frustration. Cette stratégie est davantage observée chez les enfants les plus jeunes. Certains enfants ont également recours au jeu symbolique, c’est-à-dire au jeu de faire semblant. Cette stratégie semble particulièrement efficace, puisqu’elle peut réduire la frustration d’environ 70 %. Elle apparaît toutefois plus fréquemment chez les enfants plus âgés, probablement parce qu’elle exige des capacités cognitives et imaginatives plus développées.

La régulation émotionnelle évolue donc avec l’âge. Les plus jeunes commencent par utiliser des gestes corporels simples et spontanés. Progressivement, ils deviennent capables de transformer mentalement la situation, de détourner leur attention ou de mobiliser leur imagination afin de mieux supporter la frustration.

Du côté des parents, cinq grandes catégories de comportements peuvent être distinguées. La première consiste à apaiser physiquement l’enfant, par exemple en le prenant dans les bras ou en le caressant. La deuxième repose sur la distraction, en attirant son attention vers une autre activité ou un autre objet. La troisième consiste à lui montrer comment examiner ou résoudre le problème. La quatrième vise à l’encourager à poursuivre ses efforts. Enfin, la cinquième consiste à recadrer la situation, autrement dit à la présenter sous un angle différent, à mettre des mots sur les émotions ressenties ou à envisager une autre solution.

Les stratégies les plus efficaces ne sont pas nécessairement les plus affectueuses ni les plus directes. Dans environ 40 % des cas, la frustration diminue lorsque le parent montre concrètement à l’enfant comment procéder. Certaines différences apparaissent également selon que l’intervention vient de la mère ou du père. La distraction et le recadrage peuvent réduire la frustration d’environ 60 % lorsqu’ils sont mis en œuvre par la mère, et jusqu’à 80 % lorsqu’ils le sont par le père.

À l’inverse, un simple réconfort physique ne provoque pas toujours une diminution nette de la frustration. Dans certaines situations, lorsque les mères consolent l’enfant ou lorsque les pères l’encouragent à continuer malgré son agitation, la frustration peut même s’intensifier.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il soit mauvais de consoler un enfant. Une interprétation possible est que les parents ont davantage tendance à le réconforter lorsqu’il est déjà particulièrement bouleversé. Par ailleurs, face à une frustration, contrairement à une situation de peur ou de douleur, il peut être plus utile d’aider l’enfant à modifier sa perception du problème que de chercher uniquement à faire disparaître son inconfort immédiat.

D’autres différences peuvent être observées entre les attitudes maternelles et paternelles. Les mères semblent davantage chercher à protéger l’enfant de la détresse émotionnelle, tandis que les pères tendent plus souvent à l’aider à agir et à faire face au problème. Cela ne signifie pas que les mères et les pères adoptent systématiquement des comportements opposés. La distinction se manifeste surtout dans l’efficacité immédiate de certaines interventions et dans le climat relationnel créé au cours de la situation de frustration. Elle ne doit donc pas être interprétée comme la conséquence d’une différence naturelle ou biologique entre les sexes.

La sécurité de l’attachement constitue également un élément important. Elle ne permet toutefois pas de prédire directement l’intensité maximale de la colère. L’attachement sécurisé n’est pas nécessairement associé à une meilleure tolérance à la frustration ni à une diminution systématique de son intensité. En revanche, les enfants présentant un attachement plus sécurisé à leur mère ont tendance à mettre davantage de temps avant de devenir frustrés et à demeurer contrariés moins longtemps.

Ainsi, lorsqu’un jeune enfant manifeste de la frustration, le parent peut commencer par reconnaître calmement son émotion : « Tu es en colère parce que cela ne fonctionne pas comme tu le voudrais. » Il est préférable d’éviter de lui demander immédiatement de recommencer si cette sollicitation augmente son agitation. Le parent peut ensuite lui montrer une autre manière de procéder ou l’aider à envisager la situation différemment.

Chez les enfants les plus jeunes, une distraction adaptée semble particulièrement efficace. Chez les enfants plus âgés, l’imagination et le jeu symbolique peuvent constituer de précieux moyens de régulation émotionnelle. L’objectif n’est donc pas seulement de faire cesser la crise, mais d’accompagner progressivement l’enfant dans l’apprentissage de stratégies lui permettant de comprendre, de tolérer et de réguler ses émotions.

Référence : Deichmann, F., & Ahnert, L. (2021). The terrible twos: How children cope with frustration and tantrums and the effect of maternal and paternal behaviors. Infancy, 26(3), 469-493.

28/07/2026

Les très jeunes enfants sont, à bien y réfléchir, des êtres remarquablement polyvalents, capables d’exercer plusieurs professions à la fois. Sans diplôme, sans contrat et, bien entendu, sans respecter les horaires de bureau.

Ils sont d’abord de petits maîtres spirituels. Tels des bouddhas assis au sommet d’une colline, ou, plus vraisemblablement, au milieu du salon, ils nous enseignent la patience, la sagesse et l’art délicat de relativiser. Grâce à eux, nous apprenons à maîtriser notre colère, à respirer profondément et à nous interroger sur le véritable sens de notre existence, notamment à trois heures du matin.

En véritables coachs mentaux, ils nous rappellent également une leçon essentielle : le travail n’est pas la seule chose importante dans la vie. Il y a aussi l’enfant, sa présence, ses besoins et tous ces moments précieux qu’aucune réunion, aucun dossier urgent ni aucun tableau Excel ne pourra remplacer. Ils nous obligent ainsi à revoir nos priorités et nous apprennent que certaines échéances peuvent attendre… même si, paradoxalement, eux ne supportent pas d’attendre plus de trois secondes.

Ils sont également d’excellents coachs sportifs. En laissant soigneusement traîner leurs Lego et autres jeux qui font mal aux pieds aux endroits les plus stratégiques, ils nous incitent à travailler quotidiennement nos quadriceps, nos flexions et notre équilibre. Ne nous y trompons pas : cette organisation méticuleuse du désordre est parfaitement volontaire. Chaque jouet abandonné au sol constitue une séance de sport personnalisée.

Les jeunes enfants sont aussi de formidables enseignants, face à des élèves souvent épuisés et parfois légèrement insomniaques. Ils nous apprennent la vie, nous donnent de nouvelles responsabilités et nous initient progressivement au métier de parent. Ils nous enseignent également des compétences techniques insoupçonnées, comme monter une maison en plastique en moins de trois heures, avec une notice incomplète, deux vis manquantes et un enfant qui demande toutes les trente secondes si c’est bientôt terminé.

Enfin, ils se révèlent être de véritables experts en relations conjugales. Malgré les petites tensions qu’ils peuvent occasionnellement provoquer, ils nous apprennent à mieux communiquer avec notre conjoint ou notre conjointe, à coordonner nos décisions et à avancer ensemble afin d’offrir aux enfants une éducation cohérente. Ils transforment ainsi le couple en une véritable équipe de gestion de crise, disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Alors, bravo à ces petits êtres qui cumulent avec talent les fonctions de philosophe, coach mental, entraîneur sportif, professeur, formateur technique et conseiller conjugal. Une polyvalence exceptionnelle, pour des professionnels qui, rappelons-le, sont encore incapables de mettre seuls leurs chaussures au bon pied.

❤️❤️

27/07/2026

Les difficultés à se détacher d’une relation incertaine

Les difficultés à dire non dans une relation peuvent être étroitement liées à la peur de perdre l’autre, à un manque de confiance en soi et à une difficulté à supporter l’incertitude. Lorsqu’une personne redoute l’abandon, elle peut avoir tendance à minimiser ce qui la blesse, à excuser certains comportements ou à ne pas exprimer clairement ses limites. Dire non, faire part de sa déception ou demander que ses besoins soient respectés peut alors être vécu comme un risque : celui de provoquer un conflit, de déranger l’autre ou de précipiter son départ.

Cette crainte peut conduire la personne à accepter des situations qui ne lui conviennent pas réellement. Elle peut, par exemple, affirmer qu’un comportement n’est « pas grave » alors qu’elle s’est sentie blessée ou négligée. En évitant d’exprimer son ressenti, elle cherche avant tout à préserver le lien. Toutefois, ce silence peut transmettre involontairement l’idée que ses limites peuvent être dépassées sans conséquence. La difficulté à dire non devient ainsi une difficulté à se respecter soi-même et à reconnaître la légitimité de ses propres émotions.

Parallèlement, l’attente constante maintient la personne dans une position d’incertitude. Elle espère un message, une réaction, une rencontre ou un éventuel retour de l’autre. Chaque signe, même ambigu, peut alors être interprété comme la preuve que la relation n’est pas définitivement terminée. Les réactions sur les réseaux sociaux, les prises de contact occasionnelles ou les souvenirs partagés alimentent cet espoir, sans pour autant apporter de réponse claire. La personne reste suspendue à une possibilité, parfois durant plusieurs mois ou plusieurs années, sans pouvoir avancer ni faire pleinement le deuil de la relation.

Cette attente peut également prendre la forme de pensées répétitives et envahissantes. La personne ressent alors le besoin d’envoyer un message afin d’apaiser momentanément son anxiété. Tant qu’elle ne le fait pas, la pensée revient avec insistance et lui donne l’impression qu’agir constitue la seule manière de retrouver le calme. Pourtant, le soulagement obtenu reste temporaire : recevoir des nouvelles apaise l’incertitude pendant un temps, puis les interrogations réapparaissent. Un cercle se met ainsi en place, composé d’attente, d’angoisse, de prise de contact, de soulagement provisoire, puis de nouvelle attente.

La difficulté principale réside souvent dans la peur d’une réponse définitive. L’incertitude, bien que douloureuse, permet de conserver l’espoir. Une réponse négative obligerait au contraire à affronter la tristesse, le rejet et la réalité d’une séparation. La personne peut donc préférer attendre plutôt que de risquer d’entendre une réponse qu’elle redoute. Cependant, cette stratégie d’évitement ne supprime pas la souffrance : elle la prolonge et empêche l’apaisement.

Dans ce contexte, apprendre à dire non signifie progressivement apprendre à se positionner. Il s’agit de pouvoir reconnaître qu’un comportement a été blessant, demander réparation, exprimer ses besoins et accepter que l’autre puisse avoir une volonté différente. Cela suppose également de ne plus prendre systématiquement les décisions à la place de l’autre, par exemple en considérant que l’on n’est pas suffisamment bien pour lui ou qu’il serait nécessairement plus heureux sans la relation. Chacun doit pouvoir décider pour lui-même de ce qu’il est prêt à vivre.

Sortir de l’attente nécessite enfin de rechercher davantage de clarté. Poser une question directe sur l’avenir de la relation peut provoquer une souffrance immédiate, mais permet de mettre fin à une incertitude qui entretient les comportements répétitifs et l’espoir permanent. Quelle que soit la réponse obtenue, cette démarche peut constituer un acte de respect envers soi-même. Elle permet de ne plus laisser sa vie dépendre uniquement des réactions, des silences ou des décisions de l’autre.

Ainsi, la difficulté à dire non et le fait de rester constamment dans l’attente traduisent souvent une même peur : celle que l’affirmation de soi entraîne la perte de la relation. Le travail consiste alors à comprendre qu’exprimer ses limites ne détruit pas nécessairement le lien et que, lorsqu’un lien ne peut se maintenir qu’au prix du silence, de l’incertitude et de l’effacement de soi, il devient essentiel de rétablir un équilibre plus respectueux de ses propres besoins.

22/07/2026

Lorsqu’on évoque la fibromyalgie, l’attention se porte le plus souvent sur ses manifestations physiques. Pourtant, réduire cette maladie à ses seuls symptômes serait ignorer toute la complexité de l’expérience vécue par les personnes qui en sont atteintes. Au-delà de la douleur chronique, de la fatigue, des troubles du sommeil et des difficultés cognitives, la fibromyalgie soulève également des enjeux sociaux, psychologiques et relationnels majeurs.

L’une des difficultés les plus importantes réside dans la reconnaissance de la souffrance des personnes atteintes. Parce que la fibromyalgie est une maladie invisible, ses symptômes sont rarement perceptibles pour l’entourage. Dans une société où l’on valorise la volonté, l’effort et la productivité comme moyens de surmonter les difficultés, il devient particulièrement difficile d’expliquer une maladie qui ne laisse aucune trace apparente. Les personnes atteintes doivent ainsi composer avec une forme d’incompréhension permanente et peinent souvent à faire reconnaître leur souffrance comme réelle et légitime.

L’obtention d’un diagnostic constitue, à cet égard, une étape essentielle. Celui-ci ne se limite pas à attribuer un nom médical aux symptômes : il possède également une forte valeur symbolique en apportant une reconnaissance socialement légitime de la maladie. Avant d’obtenir ce diagnostic, de nombreuses personnes rapportent le sentiment d’être considérées comme exagérant leurs douleurs, simulant leurs difficultés ou souffrant avant tout d’un trouble psychologique. Toutefois, si le diagnostic permet de légitimer leur état, il ne fait ni disparaître les symptômes ni les doutes de certains proches, employeurs ou même professionnels de santé.

Les personnes atteintes se trouvent alors dans une situation paradoxale. Elles souhaitent généralement continuer à travailler, assumer leurs responsabilités, aider leur entourage et préserver leur autonomie. Pourtant, leur corps ne leur permet pas toujours de répondre à ces attentes. Comme les limitations fonctionnelles ne sont pas visibles, elles peuvent être interprétées comme un manque de motivation ou de volonté. Les personnes concernées sont ainsi contraintes de démontrer en permanence qu’elles fournissent des efforts considérables, tout en expliquant que ces efforts ne suffisent pas à maîtriser leur maladie. En d’autres termes, elles ne doivent pas seulement raconter leur maladie : elles doivent aussi défendre leur intégrité morale.

Cette contradiction est renforcée par le caractère imprévisible de la fibromyalgie. Les personnes savent ce qu’elles ressentent, mais leur entourage ne peut ni voir ni mesurer leur douleur, leur fatigue, leurs troubles du sommeil ou les difficultés cognitives, souvent désignées sous le terme de « brouillard fibro ». Leur corps devient imprévisible : rester debout, demeurer assis longtemps, conduire un véhicule ou simplement formuler une phrase peut soudainement devenir extrêmement difficile.

Les activités du quotidien illustrent également ce paradoxe. Faire les courses, nettoyer son domicile, conduire, se coiffer ou simplement saisir un verre peuvent sembler anodins, mais ces gestes peuvent provoquer une aggravation importante des symptômes. Ainsi, la volonté de prouver que l’on n’est ni paresseux ni passif conduit parfois à fournir des efforts excessifs, lesquels déclenchent ensuite une poussée douloureuse rendant la personne encore moins capable d’agir. Ce phénomène, souvent qualifié de « cycle du surmenage et de l’effondrement » (« boom and bust »), oblige les personnes atteintes à évaluer constamment leurs ressources et à choisir entre accomplir une activité immédiatement ou préserver leurs capacités fonctionnelles pour les jours suivants.

La maladie affecte également profondément les rôles familiaux et sociaux. Beaucoup de patients expriment le sentiment de ne plus pouvoir être le parent, le conjoint ou la conjointe qu’elles souhaiteraient être. Elles ne sont parfois plus en mesure de s’occuper de leur foyer, de leurs enfants ou de leur partenaire comme auparavant. Cette perte d’autonomie s’accompagne fréquemment d’un profond sentiment de culpabilité lié au fait de recevoir davantage d’aide qu’elles ne peuvent en apporter.

Les répercussions concernent également la vie conjugale. La douleur chronique peut rendre les contacts physiques et les relations intimes difficiles, tandis que certains partenaires interprètent ces limitations comme un manque d’affection, d’attention ou d’engagement. Dans les situations les plus sévères, cette incompréhension peut engendrer des conflits, des accusations concernant les capacités parentales ou conjugales, voire conduire à une rupture de la relation.

Ainsi, les personnes atteintes de fibromyalgie doivent continuellement traduire une souffrance invisible dans un langage que la société considère comme crédible. La maladie affecte simultanément leurs capacités physiques et cognitives, mais aussi leur identité sociale et morale. Leur souffrance ne provient pas uniquement de la douleur elle-même. Elle résulte également de l’imprévisibilité du corps, de la nécessité constante de se justifier, du scepticisme de certains professionnels de santé, employeurs ou proches, ainsi que du sentiment de ne plus répondre aux attentes sociales en matière de productivité, d’autonomie ou de disponibilité.

Face à cette réalité, une meilleure information du grand public apparaît indispensable. Une connaissance plus approfondie de la fibromyalgie permettrait de mieux comprendre les conséquences réelles de cette maladie invisible et de favoriser une reconnaissance plus juste des personnes qui en souffrent. Au sein des familles, une meilleure information des conjoints et des proches, leur participation aux consultations médicales lorsque cela est possible, ainsi qu’une répartition plus équilibrée des responsabilités domestiques et familiales pourraient contribuer à réduire les incompréhensions et les conflits.

En définitive, vivre avec la fibromyalgie ne consiste pas uniquement à gérer la douleur, la fatigue ou les limitations fonctionnelles. C’est également devoir démontrer, jour après jour, que l’incapacité n’est ni un manque de volonté ni de la paresse. Cette réalité rappelle une évidence fondamentale : la valeur d’une personne ne devrait jamais être évaluée uniquement à l’aune de sa productivité ou de sa capacité à répondre aux exigences sociales.

21/07/2026

Les articles scientifiques abordent fréquemment la question du rôle de la dépression dans la fibromyalgie. Toutefois, il convient de s’interroger sur les conclusions réelles des méta-analyses consacrées à ce sujet.

J’ai notamment consulté la méta-analyse publiée en 2019 par Løge-Hagen et ses collaborateurs. Les auteurs partaient d’un constat : les études disponibles dans la littérature rapportaient des taux de dépression extrêmement variables chez les patients atteints de fibromyalgie. Certaines estimaient qu’environ 20 % de ces patients souffraient de dépression, tandis que d’autres avançaient des proportions de 60 %, voire davantage. L’objectif des chercheurs était donc de comprendre les raisons de telles disparités.

Pour ce faire, ils ont recensé l’ensemble des études publiées sur le sujet, puis n’ont retenu que celles qui répondaient à des critères méthodologiques précis. Plus de 9 000 articles ont ainsi été examinés, mais seules 11 études satisfaisaient aux critères de sélection. L’analyse finale portait sur un total de 964 patients atteints de fibromyalgie.

Il existe principalement deux méthodes pour évaluer la dépression. La première repose sur un entretien psychiatrique structuré, considéré comme la méthode diagnostique de référence. Cet entretien suit une procédure standardisée fondée sur les critères des manuels diagnostiques (par exemple, avec le SCID). Cette méthode permet de déterminer si une personne présente effectivement un épisode dépressif majeur.

La seconde méthode repose sur des questionnaires auto-administrés, remplis directement par le patient. Parmi les outils les plus couramment utilisés figure le Beck Depression Inventory (BDI). Ce type d’échelle mesure l’intensité des symptômes dépressifs, mais ne permet pas, à lui seul, d’établir un diagnostic psychiatrique. Il est principalement destiné au dépistage, au suivi de l’évolution des symptômes ou à l’évaluation de l’efficacité d’un traitement.

Dans la pratique, certains professionnels posent néanmoins un diagnostic de dépression à l’issue d’un entretien relativement bref, en s’appuyant sur la présence de quelques symptômes. Une telle démarche paraît insuffisante au regard de la complexité du diagnostic, particulièrement chez les patients atteints de fibromyalgie.

Les auteurs de la méta-analyse ont observé que, lorsque la dépression était évaluée au moyen d’un véritable entretien psychiatrique structuré, environ 25 % des patients atteints de fibromyalgie présentaient un épisode dépressif majeur au moment de l’évaluation. Autrement dit, un patient sur quatre souffrait effectivement d’une dépression caractérisée à cet instant.

En revanche, la prévalence de la dépression au cours de la vie atteignait environ 65 %. Cela signifie que près de deux patients sur trois avaient connu au moins un épisode dépressif majeur au cours de leur existence. Il importe toutefois de distinguer clairement la présence actuelle d’une dépression d’un antécédent dépressif survenu à un autre moment de la vie.

Lorsque l’évaluation reposait uniquement sur des questionnaires, les résultats étaient sensiblement différents. Le taux de symptômes compatibles avec une dépression atteignait alors environ 45 %, soit près d’un patient sur deux. Les questionnaires identifiaient donc presque deux fois plus de cas potentiels que les entretiens psychiatriques structurés.

Cette différence peut vraisemblablement s’expliquer par le contenu même des questionnaires. Ceux-ci interrogent fréquemment le patient sur la fatigue, les troubles du sommeil, le manque d’énergie, les difficultés de concentration, le ralentissement psychomoteur ou encore les douleurs. Or, ces manifestations sont également caractéristiques de la fibromyalgie.

Un patient atteint de fibromyalgie répondra donc souvent qu’il est très fatigué, qu’il dort mal, qu’il éprouve des difficultés cognitives et qu’il manque d’énergie. L’addition de ces réponses peut conduire à un score évoquant une dépression probable, alors que certains de ces symptômes sont susceptibles de résulter directement de la fibromyalgie.

Cela ne signifie pas que les questionnaires soient dépourvus d’intérêt. Ils peuvent être utiles pour assurer le suivi d’un patient, mesurer l’intensité de certains symptômes ou évaluer la réponse à un traitement. En revanche, ils ne devraient pas être utilisés isolément pour poser le diagnostic d’un épisode dépressif majeur, en particulier chez les patients atteints de fibromyalgie.

Il existe donc probablement une surestimation de la fréquence de la dépression dans cette population lorsque l’évaluation repose exclusivement (et au mieux) sur des questionnaires. Cette observation ne remet nullement en cause le fait que la dépression soit fréquente chez les personnes atteintes de fibromyalgie. Elle rappelle simplement que tous les patients fibromyalgiques ne sont pas nécessairement dépressifs (❗️).

Cette distinction est essentielle, car la fibromyalgie et la dépression constituent deux affections distinctes, même si elles peuvent coexister et partager certaines manifestations cliniques. Face à un patient atteint de fibromyalgie présentant un score élevé à une échelle de dépression, il est donc indispensable de procéder à une évaluation approfondie. Il convient notamment de déterminer si les symptômes observés relèvent d’un véritable trouble dépressif ou s’ils sont principalement liés à la fibromyalgie elle-même.

⚠️ Enfin, il est important de préciser que ces résultats ne doivent en aucun cas conduire les patients à interrompre un traitement antidépresseur qui leur aurait été prescrit. Si un médecin a estimé qu’un antidépresseur était indiqué, ce traitement ne doit jamais être arrêté de sa propre initiative. Toute question concernant sa pertinence, son efficacité ou l’opportunité de le poursuivre doit être discutée avec le médecin prescripteur ou un autre professionnel de santé compétent. Cette méta-analyse invite avant tout à améliorer la qualité du diagnostic de la dépression chez les patients atteints de fibromyalgie, et non à remettre systématiquement en cause les traitements prescrits.

Je mets le lien vers l'article sur lequel je base mon post, en commentaire. ⤵️

17/07/2026

Dans le cadre de ma pratique clinique, je reçois de nombreuses femmes présentant une fibromyalgie. Je suis régulièrement interpellé par les discours qui leur ont parfois été adressés au sujet de ce syndrome par certains professionnels de santé. Plusieurs patientes rapportent en effet avoir reçu le message qu’il s’agirait d’un état face auquel peu de solutions existent, voire que leurs symptômes seraient imaginaires ou exclusivement d’origine psychologique.

Il me semble donc essentiel de rappeler que la fibromyalgie n’est pas une maladie imaginaire et qu’elle ne peut être réduite à une problématique uniquement psychologique. Il s’agit d’un syndrome complexe, caractérisé notamment par une modification du traitement des signaux douloureux par le système nerveux. Son apparition et son évolution peuvent être influencées par différents facteurs, notamment génétiques, immunitaires, hormonaux et environnementaux.

La fibromyalgie se manifeste généralement par des douleurs diffuses dans l’ensemble du corps, une fatigue importante, un sommeil non réparateur, des difficultés de concentration ainsi qu’une hypersensibilité au toucher, au bruit, à la lumière ou encore aux odeurs. Des troubles anxieux ou dépressifs peuvent également y être associés, sans pour autant constituer la cause unique de la maladie.

Au cours de la semaine prochaine, je consacrerai donc plusieurs publications à la fibromyalgie, à ses répercussions sur la vie quotidienne et aux apports possibles de la psychologie dans son accompagnement. M'y intéressant depuis quelques temps déjà, j’aborderai notamment la place des thérapies cognitives et comportementales, qui peuvent contribuer à une meilleure gestion de la douleur, de la fatigue, du stress et des conséquences émotionnelles liées à la maladie.

Compte tenu du nombre de personnes concernées, il ne me paraît pas acceptable que certaines patientes puissent encore avoir le sentiment qu’aucune prise en charge n’est possible. Par mes lectures, je sais que des approches psychologiques et psychothérapeutiques existent et peuvent favoriser une amélioration de la qualité de vie et du bien-être, en complément d’un suivi médical adapté.

Mon objectif, pour la semaine prochaine, sera donc de proposer un contenu rigoureux, accessible et fondé sur la littérature scientifique.

Avis à celles et ceux qui pourraient être intéressé(e)s :)

Autrefois, notre société s’inscrivait dans une civilisation essentiellement typographique, au sein de laquelle le livre ...
16/07/2026

Autrefois, notre société s’inscrivait dans une civilisation essentiellement typographique, au sein de laquelle le livre occupait une place prépondérante. Par son inscription dans la durée, il permettait de relier les informations présentes à celles du passé et contribuait ainsi à la construction d’une pensée cohérente, structurée et contextualisée.

Avec l’apparition du télégraphe au XIXe siècle, l’information a progressivement pris une place croissante dans la vie quotidienne. Les distances se sont réduites symboliquement, au point que le monde entier est devenu, en quelque sorte, notre voisin. Dès lors, nous avons commencé à recevoir des nouvelles provenant de personnes et d’événements situés à l’autre bout du globe. Cependant, ces informations étaient souvent fragmentaires, disparates et dépourvues de lien direct avec notre existence. Elles ne nous offraient, dans la plupart des cas, aucune possibilité réelle d’intervention ou d’action.

Le livre, au contraire, entretient un rapport privilégié avec le passé, l’histoire et la mémoire. Il favorise une réflexion approfondie et permet d’organiser les idées de manière logique. Aujourd’hui, une grande partie de l’information médiatique apparaît décontextualisée, morcelée et désordonnée. Elle semble moins destinée à nourrir la réflexion qu’à capter l’attention. L’information tend ainsi à se confondre avec le divertissement, ce qui affaiblit progressivement l’exercice de la pensée critique.

Cette logique est particulièrement visible dans les journaux télévisés, placés entre un jeu et une série. Ceux-ci sont encadrés par une musique d’ouverture et de clôture, mis en scène dans un décor soigneusement étudié et présentés par une personne choisie autant pour son apparence et son aisance que pour sa capacité à transmettre l’information. Le présentateur demeure généralement détaché du contenu qu’il énonce et adopte une attitude émotionnelle neutre, parfois même enjouée, y compris lorsqu’il annonce des événements tragiques. Parfois encore, il ne se rend même pas compte de ce qu'il lit au prompteur.

Dans de telles conditions, il devient difficile de porter un regard critique sur une information privée de son contexte, exposée en quelques quarantaines de secondes, puis immédiatement remplacée par une autre nouvelle sans rapport avec la précédente. La succession rapide de sujets hétérogènes empêche la réflexion, la mise en perspective et l’assimilation. Chaque événement chasse le précédent avant même que le spectateur ait eu le temps d’en mesurer la portée.

La télévision s’est par ailleurs intégrée si profondément à notre mode de vie que nous ne percevons presque plus son influence. Elle fait désormais partie de notre environnement quotidien et diffuse continuellement des informations sur lesquelles nous n’avons souvent aucune prise. Cette domination de l’image et de l’instantanéité affecte également notre rapport, par exemple, à la politique.

Nous pouvons ainsi être conduits à élire des responsables politiques sur la base de critères superficiels, sans connaître précisément le contenu de leurs programmes. L’attention se porte davantage sur leur apparence, leur éloquence, leur capacité de répartie, leur manière de répondre aux questions ou de regarder le public que sur la pertinence de leurs idées et la solidité de leurs propositions.

Il n’existe d’ailleurs que rarement de véritables débats à la télévision. Il s’agit plutôt d’une succession de prises de parole extrêmement brèves. Un premier responsable politique dispose de quelques secondes pour traiter une question complexe, puis un deuxième, un troisième et un quatrième lui succèdent. Lorsque le dernier intervenant réagit enfin aux propos du premier, le spectateur a souvent déjà oublié ce que celui-ci avait déclaré. Une telle organisation favorise la surenchère et l’affrontement verbal - que cela est amusant !, mais elle ne permet ni l’analyse approfondie ni la confrontation rigoureuse des arguments.

Dans ce contexte, le livre doit conserver toute son utilité et ne pas être abandonné. La lecture peut être considérée comme une forme de résistance face à l’immédiateté et à la dispersion de l’information contemporaine. Elle permet de structurer sa pensée, de construire un jugement personnel, de replacer les événements dans leur contexte historique et de prendre le temps nécessaire à leur compréhension.

La télévision, quant à elle, privilégie essentiellement l’ici et maintenant. Même lorsqu’un responsable politique évoque une menace aussi grave qu’une guerre nucléaire, le public peut demeurer passif, car cette annonce est enfermée dans un flux continu d’informations sans rapport les unes avec les autres. Présentée en quelques secondes, puis aussitôt remplacée par un sujet plus léger, elle perd une grande partie de sa force et de sa gravité.

Les individus deviennent alors progressivement inertes face aux événements, tandis que l’information écrite permettait autrefois une lecture plus lente, une réflexion plus profonde et, éventuellement, une prise de position ou une action concrète. Il est donc essentiel de préserver l’habitude de lire et de prendre le temps d’examiner les informations, plutôt que de les subir passivement sous la forme d’un spectacle ou d’un divertissement.

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