23/08/2026
Le 18 août dernier, Channel 4 a diffusé un documentaire intitulé « The Great ADHD Myth? », qui conclut devant plusieurs millions de téléspectateurs que le TDAH serait une construction sociale et non un trouble du neurodéveloppement.
La question posée est légitime. On a le droit de se demander si les seuils diagnostiques sont bien placés, si les évaluations sont sérieuses, si certains diagnostics sont mal posés. Ce sont même des questions qu'il faut poser, et le programme en pose deux qui sont parfaitement fondées.
Ce n'est pas la question qui pose problème, c'est la démonstration. J'ai passé le programme au crible et relevé six endroits où il ne tient pas avec ce qu'il rapporte lui-même. Aucun de ces six points ne demande d'avoir un avis préalable sur le TDAH : ils se constatent en lisant le film.
Trois d'entre eux suffisent à donner le ton.
1. Le film construit sa démonstration autour d'un garçon de dix ans qui arrête son traitement, et se termine sur la décision de ne pas le reprendre ; un carton après le générique indique que l'enfant a repris son traitement deux mois plus t**d et que ses résultats scolaires se sont améliorés.
2. Dès la cinquième semaine d'arrêt, l'enseignant décrit un enfant plus agité, plus bavard, désengagé, en difficulté sur un travail qu'il terminait auparavant : la séquence est montrée, elle n'est jamais traitée comme une donnée qui pèserait contre la thèse du film.
3. L'arrêt du traitement s'accompagne de la suppression des écrans, d'un changement de régime alimentaire, de compléments, d'une routine de yoga, de plus de temps dehors et de plus d'attention parentale, avec une équipe de tournage, un coach et une nutritionniste à la maison.
Six paramètres au moins varient en même temps, ce qui interdit toute inférence causale sur l'un d'eux.
S'y ajoute que Katya Rubia, spécialiste de l'imagerie du TDAH depuis trente ans et seule chercheuse du champ à intervenir dans le film, a déclaré publiquement que sa contribution avait été sélectionnée et sortie de son contexte.
Restent des critiques que les chercheurs valident eux-mêmes. Par exemple, la qualité des évaluations, d'abord : le présentateur se fait diagnostiquer par visioconférence en moins d'une heure pour 1200£, sans recueil d'informations collatérales, sans histoire développementale, sans dépistage des comorbidités, quand les recommandations internationales demandent bien davantage.
Un point qui me semble plus important que le reste. Si vous prenez un traitement, ou si votre enfant en prend, ne modifiez rien après une émission de télévision, ni après un commentaire sur les réseaux, ni après cette vidéo. Une pause thérapeutique est une décision clinique légitime, mais elle se planifie et se suit avec le prescripteur.
Le TDAH ne se diagnostique pas sur une reconnaissance dans un reportage ni sur une liste de traits. Il suppose des difficultés durables, marquées, et un retentissement fonctionnel documenté dans plusieurs domaines de vie.