14/10/2026
Ăa y est le rapport du colloque "Les OubliĂ©s" du 19 mars 2025 est paru.đ„łđđ„ł
đMerciiiiiii Sylvie Veyt de m'avoir embarquĂ©e dans cette belle aventure et de m'avoir permis de porter la dignitĂ© de ces aĂźnĂ©s et des soignants. đȘđȘđȘ Douces pensĂ©es Ă eux ... âš
Mes quelques lignes... đ
âŹïžâŹïžâŹïž
"Dans la peau des Oubliés ...
Par Laurence RUSCART, Psychologue
Je suis psychologue clinicienne Ă la rĂ©sidence La Cambre situĂ©e Ă Watermael-Boitsfort, Ă©tablissement pouvant accueillir jusquâĂ 300 rĂ©sidents prĂ©sentant des troubles cognitifs et/ou psychiatriques. La particularitĂ© de cette institution, câest que pour certains, elle est lâinstitution de la derniĂšre chance. Elle sâefforce dâaccompagner tous les profils. Elle accueille et accompagne ceux que bien dâautres refusent...
DerriĂšre les vignettes cliniques de Marie, Ăric, Nora, Vincent, Jean, relatĂ©es lors de la matinĂ©e, chaque histoire singuliĂšre dĂ©montre une lueur dâespoir dans lâimpossible.
Mon partage clinique va au-delĂ des murs de lâinstitution et reflĂšte des situations courantes vĂ©cues dans plusieurs maisons de repos et de soins en 2025 Ă Bruxelles.
Ă lâheure actuelle, aucune maison de repos et de soins Ă Bruxelles ne dispose de ressources suffisantes ni dâoutils nĂ©cessaires pour accompagner dignement les personnes dites ĂągĂ©es prĂ©sentant des troubles psychiques.
Les dommages collatĂ©raux des comportements antisociaux dans lâenvironnement (comme les incendies, la dĂ©tĂ©rioration du mobilier...) ou encore de lâincurie propre aux personnes fragilisĂ©es sur le plan psychique nĂ©cessitent des ressources matĂ©rielles et humaines supplĂ©mentaires, ainsi que des corps de mĂ©tiers spĂ©cifiques.
Rien nâest pensĂ© pour ces rĂ©sidents, aucun temps nâest reconnu ni financĂ©, que ce soit pour les concertations cliniques â si importantes pour rĂ©flĂ©chir aux accompagnements â ou pour le budget nĂ©cessaire aux rĂ©parations environnementales... Et pourtant, nous savons Ă quel point lâenvironnement est important et influence le bien-ĂȘtre...
Ce qui est prĂ©vu ? Des piles de directives administratives, des normes de qualitĂ©, des procĂ©dures Ă respecter. Une injonction Ă ĂȘtre toujours dans lâaction, et surtout Ă ne pas penser la clinique des aĂźnĂ©s en psychiatrie, Ă ne pas penser le lien, pourtant indispensable dans ce domaine. Surtout que sans lien, il nây a RIEN, si ce nâest du glissement.
LâĂ©valuation de la dĂ©pendance de ces rĂ©sidents se fait uniquement au travers de lâĂ©chelle de Katz, document utilisĂ© depuis plus de 30 ans, totalement obsolĂšte, qui vise la question des dĂ©pendances physiques et la capacitĂ© Ă sâorienter dans le temps et lâespace.
à cÎté, nombreux sont ceux qui ne sont ni désorientés ni dépendants physiquement, mais par contre, dépendants psychiquement.
En 2025, cette dĂ©pendance bien particuliĂšre nâest prise en compte nulle part. Par consĂ©quent, aucune ressource supplĂ©mentaire nâest prĂ©vue, que ce soit en termes de temps de rĂ©flexion ou de moyens humains. Temps si prĂ©cieux qui permet de rĂ©flĂ©chir Ă une posture relationnelle adĂ©quate. Posture qui permettra aux rĂ©sidents de retrouver de lâautonomie et de la sĂ©curitĂ© relationnelle.
Cette posture relationnelle nĂ©cessite des ressources humaines, du temps de formation, du temps pour rĂ©flĂ©chir Ă la relation. Mais en 2025, ce nâest toujours pas prĂ©vu, car ces personnes ne rentrent dans aucune case de lâĂ©chelle de Katz, du fait quâelles ne sont ni dĂ©sorientĂ©es ni dĂ©pendantes physiquement.
En 2025, aucune politique de prendre soin de ceux qui prennent soin nâest pensĂ©e. Dans de telles conditions, je dĂ©fie quiconque de rester 7h36 dans une unitĂ© de personnes fragilisĂ©es sans ĂȘtre, Ă terme, nĂ©gligent, voire maltraitant.
Ce que lâon demande aujourdâhui, en 2025, aux soignants censĂ©s prendre soin dâĂȘtres humains aux besoins spĂ©cifiques, câest lâimpossible; lâimpossible de rĂ©pondre Ă la demande de lâun et de lâautre simultanĂ©ment, lâimpossible dâaccompagner dignement.
Les personnes dont il a été question dans les vignettes cliniques sont de vraies personnes, pas des personnages fictifs.
Lors de mes sĂ©ances, il mâest arrivĂ© dâĂ©voquer cette matinĂ©e. Je leur ai parlĂ© de cette quĂȘte des OubliĂ©s. Une des rĂ©sidentes mâa alors dit une phrase qui reste gravĂ©e : Vous ĂȘtes drĂŽlement courageuse de faire ça, de dĂ©fendre notre cause. Des larmes dâĂ©motion sont arrivĂ©es au ras de mes cils... La fois suivante, je lui ai parlĂ© de lâeffet de surprise suscitĂ© par cette phrase. Car ne nous y mĂ©prenons pas : un tel retour dâun rĂ©sident en psychogĂ©riatrie est une vraie pĂ©pite... Et lĂ , je lui ai dit : Je pense que de nous deux, la plus courageuse, câest vous ! Quel courage vous avez de vivre dans ces conditions et de faire face malgrĂ© tout.
Merci Ă eux !"đž
Pour avoir accÚs à l'intégralité du rapport
âŹïžâŹïžâŹïž