03/09/2026
Fouiller dans ses archives, et tomber sur cette pépite écrite à mes tout débuts en psychogé … 🌸🥰💐✨
Quel chemin depuis… mais toujours le même fil rouge: mettre du sens avec humanité et dignité 🌿
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« Ce que tout le monde pense tout bas, Louise le dit tout haut… »
Un après-midi de printemps, je m’assieds à côté de Louise, à la terrasse. Nous faisons connaissance et rapidement le terme « maladie d’Alzheimer » surgit dans notre conversation. Je l’interroge alors sur ce qu’elle en sait, de ce qu’elle vit…
« Dans la maladie d’Alzheimer, les cellules du cerveau se mangent entre elles et on ne sait pas en faire en plastique pour les remplacer. »
Ça s’est stabilisé, je ne m’en plains pas, mais ma grand-mère, ça lui est arrivé jeune, elle se perdait, on la ramenait, j’ai repéré les endroits qui peuvent me faire du tort. Il n’y a pas de symptômes, vous vous perdez… c’est comme un gosse qui se perd. Mais il n’y a rien à faire, c’est une maladie génétique. C’est emmerdant… on n’a rien trouvé encore comme traitement.
Quand on me dit quelque chose, on m’en reparle 30 minutes après, et je ne sais plus…
– Votre mari vous a mise ici parce qu’il s’inquiétait pour vous et pour ne pas vous laisser seule à la maison ?
Oui !!! Tu peux mettre le feu à tout dans la maison sans t’en rendre compte. Mon mari me dit bien de ne pas ouvrir le gaz. Quand je ne sais pas, je demande à la dame d’à côté qu’elle vienne voir. Je ne veux pas tout fo**re en l’air, on a travaillé pour cette maison !
– Et comment vous le prenez ?
Je l’accepte… je ne sais pas me couper la tête ! »
Souvent, lorsqu’un nouveau pensionnaire arrive chez nous, il ne sait pas pourquoi il est là, il ne sait pas ce qu’il a… Parce qu’on n’a pas osé lui dire, parce qu’on lui a dit à un stade trop avancé et il a oublié, parce qu’il ne veut pas savoir et pour des tas d’autres raisons. La maladie d’Alzheimer et toutes les autres démences sont des maladies qui font peur tant aux professionnels de la santé qu’aux familles et encore plus aux personnes qui en sont atteintes.
Cependant, lorsqu’au tout début de la maladie l’occasion se présente d’expliquer, de mettre des mots sur ce qui est, une porte peut alors s’entre-ouvrir. Cela permet de comprendre, d’en parler, d’exprimer ses peurs, de poser des questions, de préparer l’avenir des malades avec leur collaboration, de leur aménager une vie adéquate.
Louise est souvent perdue, Louise a souvent peur, Louise est souvent en colère, Louise trouve que ce n’est pas juste que ça soit elle et pas quelqu’un d’autre, Louise se demande ce qu’elle a fait pour mériter ça… Toutes ces émotions, Louise les exprime verbalement, ouvertement, parce qu’elle sait quel mal la ronge.
Et quand Louise est angoissée parce qu’elle ne sait pas où elle est, quel âge elle a, dans quelle vie elle se trouve, je rebobine avec elle tout ce qu’elle sait… Ça la rassure de savoir que ce n’est pas de sa faute, que c’est une maladie, qu’elle n’y est pour rien et que ce n’est pas elle qui devient folle… Elle est alors apaisée… Et c’est ça de gagné ! 🌷