14/08/2022
VOYAGE - Quand Romain passe la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, il craque. Une quinzaine d’heures de bus inconfortables, des files d’attente interminables, des policiers qui lui hurlent dessus dans une langue qu’il ne comprend pas… Il en vient à pleurer : « J’étais complètement perdu face à l’autorité. J’avais l’impression d’aller en prison alors que je n’avais rien fait. » Resté seul pendant une semaine, il rejoint ensuite une équipe de bénévoles sur une île cambodgienne. Là-bas, la présence d’autres Français l’a beaucoup aidé. Mais voyager en solitaire, il ne le refera jamais.
À 20 ans, le jeune homme, originaire de Nîmes, a des choses à se prouver. Il se soumet à l’injonction qui dit : « Voyager seul, il faut le faire une fois dans sa vie. » Sur les réseaux sociaux, à la télé ou dans les journaux, dans notre entourage, on nous rappelle régulièrement les vertus d’un tel périple : rencontrer des gens, se connaître soi-même, se mettre au défi, mieux s’imprégner d’une culture locale… En omettant souvent les mauvais côtés. Seuls, à l’étranger, certains souffrent du mal du pays, de la solitude, parfois exacerbée, d’un ennui profond ou encore d’un manque de partage.
À l’heure où le fait de voyager seul est de plus en plus populaire, beaucoup de personnes ne semblent pas prêtes, pas faites ou n’ont tout simplement pas l’envie d’entreprendre ce que les réseaux sociaux et les agences de voyages nous vendent bien souvent comme un rite initiatique. Car, bien qu’il ait beaucoup de bienfaits pour certains, le voyage en solitaire peut aussi s’avérer être un désastre émotionnel...
Enfiler son sac à dos et partir à l’autre bout du monde en solitaire est présenté comme une expérience extraordinaire. Mais elle peut aussi être une immense déception.