08/22/2026
Quand on perd quelqu’un par su***de, on repasse tout dans notre tête. Chaque conversation. Chaque regard. Chaque silence.
On se demande : « Est-ce qu’il y avait un signe? Est-ce que j’ai manqué quelque chose? Est-ce que j’aurais pu empêcher ça? »
Parce qu’on voudrait tellement croire qu’on aurait pu arrêter ce qui s’est passé.
Et parfois, oui, il y a des signes. Il peut aussi y avoir une planification. Mais voici une réalité dont on parle beaucoup moins : la fenêtre entre une pensée suicidaire et un passage à l’acte peut parfois être extrêmement courte, parfois aussi courte qu’une vingtaine de minutes.
C’est tout ce que ça peut prendre.
Et même lorsqu’on a fait tout ce qu’on pouvait pour prévenir un su***de, il reste encore énormément à faire après le décès : dans la façon dont on en parle, dans la façon dont on accompagne les personnes endeuillées et dans la façon dont on raconte l’histoire de la personne qu’on a perdue.
Parce que le su***de n’enlève pas seulement une vie.
Il laisse derrière lui des gens qui portent le poids des « si j’avais… ».
« Et si je lui avais dit que je l’aimais une dernière fois? »
Mais j’aime remplacer le « et si » par « même si ».
Même si tu lui avais dit « je t’aime » une fois de plus, tu n’aurais peut-être pas pu empêcher ce qui est arrivé.
Puis, on me demande souvent :
« Qu’est-ce qui cause le su***de? »
On aimerait avoir une seule réponse. Une seule cause. Une explication simple.
Mais la réalité est beaucoup plus complexe.
Le su***de est rarement causé par une seule chose. Il peut être lié à une combinaison de facteurs, notamment une souffrance psychologique profonde, une maladie mentale, des traumatismes, des pertes, de l’isolement, de la consommation, du stress ou plusieurs autres éléments qui s’accumulent.
Et on ne parle pas assez de ce qui se passe dans le cerveau lorsqu’une personne est en crise.
Normalement, notre cerveau nous aide à nous protéger. Il nous aide à traverser la douleur, la peur, les pertes et les épreuves.
Mais lorsqu’une personne est submergée par une crise suicidaire ou par une maladie mentale, ces mécanismes de protection peuvent être profondément perturbés.
La personne peut en venir à croire qu’il n’existe plus aucune issue.
Qu’il n’y a plus de chemin devant elle.
Que sa douleur va durer pour toujours.
Et c’est là que la souffrance peut déformer complètement la perception de la réalité.
Ce n’est pas nécessairement qu’elle veut mourir.
Souvent, elle veut surtout que la douleur arrête.
Mais dans ce moment-là, son cerveau peut ne plus être capable de voir les autres possibilités.
Je me souviens d’une personne qui est venue me parler.
Elle m’a dit :
« Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours blâmé mon père pour son su***de. Je pensais qu’il avait choisi de nous abandonner. »
Puis elle a fait une pause.
Et elle m’a dit :
« Maintenant, je comprends que mon père était malade. Son cerveau était malade. »
Ce changement de perspective est immense.
Ça nous fait passer du blâme à la compréhension, de la honte à la compassion.
Et même les mots qu’on utilise sont importants.
Personnellement, je préfère dire « il est décédé par su***de » plutôt que « il a commis un su***de ».
On « commet » un crime. On « commet » un péché.
Une personne qui meurt par su***de n’est pas un crime.
Et surtout, une personne n’est jamais définie par son su***de.
Ce n’était pas « un su***de ».
C’était une personne.
Un ami.
Un père.
Une mère.
Une sœur.
Un frère.
Une fille.
Un fils.
On ne dit pas : « Ton oncle était un cancer. »
On dit : « Ton oncle avait le cancer. »
De la même façon, une personne peut avoir vécu avec une maladie mentale ou une souffrance psychologique profonde sans que cette maladie définisse qui elle était.
Et lorsqu’une personne endeuillée utilise les anciens termes, je ne la corrige pas.
Parce qu’à ce moment-là, ce n’est pas la perfection des mots qui compte.
C’est d’être présent pour sa douleur.
On entend parfois :
« Moi, je ne connais personne qui est décédé par su***de. »
Je réponds souvent : partagez l’information quand même.
Vous pourriez être surpris.
Après une publication, quelqu’un peut vous écrire :
« Je n’avais aucune idée… Mon ami est décédé par su***de. Mon cousin aussi. Mon collègue aussi. Mon frère aussi. »
C’est beaucoup plus proche de nous qu’on le pense.
On n’en parle simplement pas assez.
Et malheureusement, lorsqu’un décès survient par su***de, les proches reçoivent parfois moins de soutien. Moins de visites. Moins de repas apportés. Moins de gens qui osent appeler.
Mais la douleur, elle, est tout aussi réelle.
Et il y a une autre chose importante à comprendre :
Personne n’est à 100 % en parfaite santé mentale. Et personne n’est à 100 % malade mentalement.
Nous vivons tous sur un continuum de santé mentale.
Certaines personnes ont une stabilité psychologique qui leur permet de mieux absorber les coups durs.
D’autres peuvent sembler parfaitement correctes extérieurement, tout en étant beaucoup plus fragiles intérieurement.
Une perte de plus.
Un stress de plus.
Un événement de plus.
Et parfois, la capacité de résister finit par être dépassée.
C’est pour ça qu’on ne peut pas toujours le voir.
On entend souvent :
« Il devait bien y avoir des signes. »
Pas nécessairement.
Il y a des gens qui montrent des signes.
Et il y en a qui n’en montrent presque aucun.
Il y a des gens riches qui meurent par su***de.
Des gens pauvres.
Des gens qui semblent heureux.
Des gens qui sont profondément isolés.
Des gens qui demandent de l’aide.
Et des gens qui ne la demandent jamais.
La souffrance suicidaire ne choisit pas selon le statut social, l’argent, la religion, l’âge ou l’apparence extérieure.
Alors, quand vous pensez au su***de, essayez de ne pas penser uniquement en termes de « choix ».
Pensez à une personne en crise, submergée par une douleur devenue trop grande, dans une société qui chuchote encore alors qu’elle devrait parler.
Et si vous avez perdu quelqu’un…
Si vous vous demandez encore :
« Qu’est-ce que j’aurais pu faire? »
Rappelez-vous ceci :
Vous avez fait de votre mieux avec les connaissances, les forces et les moyens que vous aviez à ce moment-là.
Vous n’aviez pas le pouvoir de lire dans son cerveau.
Vous n’aviez pas le pouvoir de contrôler sa maladie.
Vous n’aviez pas le pouvoir de prédire l’avenir.
Vous aviez seulement le pouvoir d’aimer, d’écouter, d’être présent et d’essayer.
Et parfois…
aimer quelqu’un très fort ne suffit malheureusement pas à empêcher sa souffrance.
Mais aujourd’hui, on peut faire quelque chose.
On peut en parler.
On peut écouter sans juger.
On peut prendre les paroles suicidaires au sérieux.
On peut demander directement :
« Est-ce que tu penses au su***de? »
Et surtout…
on peut arrêter de laisser la honte et le silence gagner.
Parce que derrière chaque décès par su***de, il y a une personne qui avait une histoire.
Et derrière cette personne, il y a des familles, des amis et des proches qui continuent de vivre avec son absence.
Parlons-en. Pour ceux qui sont encore là. Pour ceux qu’on a perdus. Et pour qu’un jour, demander de l’aide ne soit plus une honte, mais un réflexe.
💜🩵 Brisons le silence. Une conversation peut commencer par un simple : « Comment vas-tu vraiment? »
- Guillaume 💚🩵