06/12/2026
À la pleine lune du loup de cette année, mon père a déposé son dernier souffle dans l’invisible, ses mains dans les nôtres. J’ai reçu un soin rebozo une semaine après la célébration de sa vie, la veille de la lune bleue.
J’anticipais cet événement comme un moment charnière dans mon deuil, et c’est avec l’intention de le souligner que j’avais accepté ce cadeau-rituel. Je ne l’avais pas planifié alors, mais ça aussi concordé avec la fin de mon allaitement, et je sentais le grand besoin de le célébrer.
J’ai aussi réalisé pendant le soin que je n’avais jamais vraiment pris le temps d’honorer 6 ans de proche aidance. Aux côtés de mon frère et de ma mère, nous avons vécu le deuil blanc de mon père en parallèle de tout ce qu’être proche aidant amène de dur, de déstabilisant, d’épuisant, de confrontant. De beau aussi. Quelle chance d’avoir pu prendre soin dans ses dernières années de vie de l’homme qui a pris soin de moi avec tant d’amour et de douceur. Et quelle épreuve aussi.
C’est un immense privilège d’avoir pu le garder dans sa maison jusqu’à sa fin - la maison de son grand-père, qu’il a démonté pièce par pièce lui-même avec ma mère, amenées sur un camion depuis la Mauricie, et remontée sur le bord de la rivière Gatineau…
Pendant que je me faisais baigner, caressée de branches de thuya, j’ai pensé que c’est ce que les mourants devraient pouvoir recevoir dans leurs derniers instants. Pendant la fermeture avec les rebozos, j’ai pensé que c’est ce que les morts devraient avoir le droit de recevoir encore aujourd’hui, être massés et oints d’huile de plantes et enveloppés lentement dans un linceul, par ceux qui les ont aimés. Et c’est ce que les proches devraient avoir droit d’offrir, pour adoucir ce passage.
Les rituels ont évacués notre quotidien moderne. Et dans certains moments d’importance, leur absence se ressent profondément, jusque dans un endroit logé dans le coeur qui se resserre et coupe le souffle.
Laissons les reprendre l’espace dont nos corps et nos coeur ont soif.