08/15/2026
Pendant longtemps, une partie des théories du deuil s’est construite autour de l’idée qu’il fallait progressivement se détacher de la personne décédée, retirer l’investissement affectif placé dans cette relation, pour pouvoir le réinvestir ailleurs.
Puis les modèles ont évolué. Dans les années 1990, Klass, Silverman et Nickman ont notamment proposé le concept de « continuing bonds », qu’on pourrait traduire par « liens continus » : l’idée qu’après un décès, la relation ne disparaît pas nécessairement. Au contraire, elle peut se transformer.
La personne est morte. Cette réalité-là ne change pas. Mais accepter cette réalité n’oblige pas à effacer la place qu’elle continue d’occuper dans notre histoire, notre identité ou notre manière de vivre.
Et ça ne veut pas dire non plus qu’il faudrait absolument « entretenir » un lien pour bien vivre son deuil. La recherche est beaucoup plus nuancée que ça : les liens continus peuvent être réconfortants et participer à la reconstruction de sens et de l’identité, mais ils peuvent aussi être douloureux. Leur vécu dépend notamment de la relation, des circonstances de la mort, du sens qu’on leur donne et de la manière dont ils s’intègrent à la vie qui continue.
C’est aussi pour ça que j’aime le modèle du double processus de Stroebe et Schut : le deuil n’y est pas pensé comme une ligne droite qu’on devrait parcourir jusqu’à avoir enfin « terminé ». On oscille. Il y a des moments tournés vers la perte, le manque, les souvenirs, les émotions. Et d’autres où l’on se tourne davantage vers la vie qui continue, les changements, les nouvelles tâches, les nouvelles expériences.
Les deux peuvent coexister.
On peut construire de nouvelles choses et continuer à parler de la personne.
Rire et être saisi(e) par son absence dix minutes plus t**d.
Créer de nouveaux souvenirs sans devoir ranger les anciens.
Peut-être que « continuer » après un décès ne veut donc pas toujours dire laisser quelqu’un derrière soi. On avance aussi avec ce que cette personne a laissé en nous 💛