07/11/2026
ARTICLE DANS LE DEVOIR : BONNE LECTURE
Le mystère de l’hypnose sous la loupe des chercheurs
Cette technique et ses usages suscitent de plus en plus d’intérêt au Québec.
Publié et mis à jour le 8 juillet 2026
Pauline Gravel
L’hypnose fascine depuis toujours et demeure encore mystérieuse. Comment permet-elle de réduire la douleur durant une procédure chirurgicale ? Pourquoi certaines personnes y répondent mieux que d’autres ? Comment atteint-on l’état de transe hypnotique ? Des scientifiques commencent à trouver des pistes de réponses à ces questions. Au congrès de l’Acfas, qui avait lieu en mai dernier à l’Université du Québec à Trois-Rivières, un colloque entier y a été consacré.
De manière générale, l’hypnose permet d’altérer l’expérience subjective de la douleur au point où on ne la ressentira plus — ou beaucoup moins — à l’aide de suggestions verbales. « L’hypnose change comment le cerveau interprète le signal de douleur », résume en entrevue le neuropsychologue Mathieu Landry, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval, qui présidait et animait le colloque.
Sachant qu’entre 10% et 15 % de la population est résistante à l’hypnose, des scientifiques de l’Université Laval et de l’Université de Montréal ont cherché ce qui distingue ceux qui atteignent facilement cet état de ceux qui y sont réfractaires.
En procédant à des enregistrements d’électroencéphalographie du cerveau, ils ont réussi à établir des schémas particuliers de l’activité cérébrale chez les personnes qui répondent très bien aux suggestions hypnotiques. « Il s’agit d’un marqueur latent qui est présent dans la vie de tous les jours, et pas nécessairement durant l’hypnose […] Plus précisément, les personnes plus sensibles aux suggestions hypnotiques présentent davantage d’inhibition que d’excitation au sein des populations de neurones de leur cerveau », indique M. Landry.
Lors d’études d’imagerie par résonance magnétique, les chercheurs ont également montré que toutes les personnes qui répondent fortement aux suggestions hypnotiques visant une atténuation de la douleur ont un schéma d’activité cérébrale qui est très semblable — et qui diffère manifestement de celui des personnes qui répondent moins bien à l’hypnose — au moment précis où elles entendent la suggestion. Ces similarités sont observées surtout dans les régions auditives et les zones intervenant dans la gestion de la douleur.
L’un de ces chemins fait appel au phénomène de distraction. Un dentiste aujourd’hui décédé avait recours à cette pratique avec succès lors d’interventions très douloureuses qu’il a filmées, relate M. Landry. Dans l’une de ses vidéos, le dentiste propose à sa patiente de s’imaginer dans un endroit qu’elle aimait. Celle-ci s’est alors projetée dans ses souvenirs de Paris. Le dentiste interagit constamment avec elle au cours de la procédure en lui demandant de décrire où elle se trouve dans Paris. « Lorsqu’on regarde la patiente, on voit clairement qu’elle est mentalement en train de revivre ses vacances à Paris. Elle n’est absolument pas sur une chaise de dentiste. Le cerveau de la patiente est distrait, son attention est ailleurs que dans le bureau du dentiste. L’expérience douloureuse n’est donc pas centrale dans ce qu’elle est en train de vivre », explique M. Landry.
La technique de distraction consiste principalement à inciter le patient « à quitter son corps, à aller ailleurs, dans une autre expérience, dans un endroit agréable et sécuritaire », ajoute le psychologue David Ogez, clinicien chercheur au Centre de recherche de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
LA MÉTHODE VAKOG QUE J'UTILISE AVEC VOUS ( M-Louise Robinette Thérapeute-multidisciplinaire)
M. Ogez utilise la méthode VAKOG (pour visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif) pour aider ses patients à atteindre cet ailleurs. Cette méthode incite les patients à visiter un endroit par les cinq sens. « Par exemple, j’envoie le patient à la plage, je lui demande de regarder le sable, le ciel bleu, de sentir les odeurs de l’air salin, la chaleur du soleil, d’écouter le chant des oiseaux, de goûter une crème glacée. L’idée est de mobiliser les sens pour reconnecter le cerveau à un souvenir, ce qui crée un phénomène distractif assez important. La personne est encore dans son corps, mais il y a comme une double conscience qui se met en place. Et celle qui est prégnante, qui prend le dessus sur l’autre, est celle de la suggestion », souligne-t-il.
Suggérer, dissocier, contrôler
Une autre voie consiste à utiliser des stratégies de dissociation, qui visent à ce que le patient arrive à séparer sa douleur de l’objet de la suggestion hypnotique sur laquelle il concentre désormais son attention.
Le dentiste peut dire au patient que sa main est dotée d’un pouvoir analgésique et qu’en la posant sur la partie du corps qui est douloureuse, elle endormira la douleur. Ou encore, grâce à des suggestions hypnotiques, on va attribuer de la légèreté à la main, suggérer qu’elle est source de confort et que le patient peut aller mettre ce confort-là où c’est nécessaire, comme sur une douleur musculaire à la nuque, donne-t-il en exemple.
Une troisième technique dite « de contrôle », qu’on utilise plutôt pour les douleurs chroniques, vise « à transformer une sensation douloureuse en quelque chose de plus agréable ». « Si la personne a mal au ventre et a l’impression d’avoir une grosse boule bien lourde dans le ventre, elle peut transformer la boule en un ballon d’anniversaire et venir le percer. Ou bien la transformer en b***e de tennis de table, qui est beaucoup plus petite et qu’elle pourra digérer. On utilise beaucoup de métaphores dans le but de transformer les sensations », fait valoir M. Ogez.
Beaucoup plus répandue en Europe, l’hypnose suscite de plus en plus d’intérêt au Québec, comme en témoignent plusieurs projets de recherche qui sont en cours
BONNE LECTURE
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