08/09/2026
LE FILS DE LOUIS XV À BÉCANCOUR ?
Selon l’abbé et historien A.H. Gosselin, Jean-Louis Bourbon, alias Jean-Baptiste Decaraffe, fils naturel de Louis XV, serait entré au pays costumé en prêtre en 1795, pour fuir la révolution française en compagnie de Claude-Gabriel Courtin, futur curé de Gentilly. Decaraffe choisit, dans un premier temps, de s’établir à Chambly pour y exercer le métier d’orfèvre, avant de venir s’établir à Bécancour avec sa famille en 1799, où il demeurera jusqu’à son décès, en 1813. Toujours selon l’historien, seule l’épouse de Decaraffe et l’une de ses filles auraient été mises au courant de son secret qu’elles ne révélèrent qu’au moment de leur trépas.
C’est seulement en 1882, suite à l’inhumation au cimetière de Saint-Valère d’une dame âgée de 92 ans prétendant s’appeler Louise Le Bourbon, qu’on commence à s’intéresser réellement à cette énigme. Selon le curé Brunel, aumônier de la paroisse, cette dame aurait affirmer sur son lit de mort que son père était le fils naturel de Louis XV. Ce genre de confidence formulé au seuil du trépas laisse perplexe. Qui oserait mentir dans un moment aussi solennel? D’autant plus que le curé Marquis de Saint-Célestin affirmait déjà, en 1862, avoir inhumé en sa paroisse une dame âgée qui aurait prétendu , juste avant de mourir, être la v***e d’un Bourbon.
Tous les documents d’archives relatifs à cette affaire semblent se référer au texte publié par l’abbé Gosselin , en février 1903. En voici un extrait : « Jean-Louis Bourbon passa incognito au Canada et y vécu sous un nom emprunté, pratiquant l’humble métier d’orfèvre dans quelque paroisse de la vallée de la Rivière Chambly, où il se maria. Plus t**d, il vint se fixer à Bécancour, où il mourut en 1813. Une de ses filles est décédée à un âge très avancé et fut inhumée à St-Valère. Son père ne lui avait raconté son histoire que dans les dernières années de sa vie et en fit elle-même confidence à son curé avant de mourir. La vieille mentionnait surtout le fait qu’on avait coupé le cou à un de ses parents, Louis XVI. Je tiens ces détails du vénérable prêtre lui-même qui l’assistait à ces derniers moments. » Decaraffe semble remarquablement discret tout au long de sa vie. Rien de son modeste quotidien, ni de son comportement ne laisse croire à des ascendants royaux.
Des recherches assidues afin de retrouver un descendant de Louis XV, répondant au nom de Jean-Louis Bourbon, né en 1762, sont demeurée vaines. Toutefois, un acte notarié retrouvé parmi le dossier de recherche consacré à Jean-Baptiste Decaraffe, vient contredire la rumeur de son arrivée au pays en 1795. Il s’agit d’un contrat de vente de terrains entre Jean-Baptiste Decaraffe, vendeur et Ezékiel Hart, acquéreur. Acte rédigé par le notaire Charles-Claude Pratte de Trois-Rivières le 27 juillet 1802. Ce document officiel précise que M. Decaraffe cède: « tous les lots, parts, portions ou quantité de terre qui lui seront ou pourront être accordées par Sa Très Gracieuse Majesté pour reconnaissance de ses services pendant la guerre des Américains. » Soulignons que la guerre d’indépendance américaine s’est échelonnée de 1775 à 1783. Ce document officiel semble donc apporter une preuve irréfutable que J.B. Decarrafe se trouvait déjà en Amérique lors de ce conflit. Si tel est le cas, il ne pouvait donc pas, comme on l’a avancé, avoir fui la Révolution française, puisque celle-ci débuta le 14 juillet 1789. L’acte notarié de 1802 vient donc contredire les révélations posthumes de l’épouse et de la fille de Decaraffe. Si on ne peut douter de leur sincérité, il est tout de même permis d’en questionner l’authenticité…
Texte : Serge Rousseau pour le CAR séminaire de Nicolet
Références : Fonds Fabrique de Précieux-Sang, F354/A6/12. Fonds Wilfrid Bergeron, F173/A4/ 18. Dossier de recherche Jean-Baptiste Decaraffe
Photo : Contrat de vente, extrait du dossier de recherche, Jean-Baptiste Decaraffe