04/28/2026
Quelle belle initiative ! qu'en dites-vous
Un Montréalais colmate lui-même des nids-de-poule
On n’est jamais mieux servi que par soi-même, veut l’adage. Saâd Tekiout l’a bien compris. Cet entrepreneur montréalais a décidé de colmater lui-même des nids-de-poule, en invitant les citoyens à lui signaler les pires trous dans la chaussée.
« Aujourd’hui, on va réparer ce nid-de-poule-là », lance M. Tekiout dans une vidéo publiée samedi et rapidement devenue virale sur Instagram.
On y voit le jeune homme d’affaires ouvrir un sachet de bitume enrobé, remplir un trou dans l’asphalte, et égaliser le niveau avec un râteau. Il enflamme ensuite le tout avec un chalumeau et utilise une plaque vibrante pour compacter le produit. Puis, l’un de ses amis passe sur le nid-de-poule colmaté avec un camion pour tester la réparation. Durée de l’opération : 10 minutes.
M. Tekiout, qui possède la compagnie Marquize Paysagement basée à Brossard, a décidé de réparer lui-même la chaussée après avoir fait une crevaison.
« J’ai pas mal d’amis qui ont aussi eu des accidents, donc j’ai décidé d’agir moi-même, dès que la neige a fondu. Ça fait un peu moins d’un mois que je fais ça. J’en ai fait environ une quinzaine », explique-t-il en entrevue.
Depuis la publication de sa vidéo, dans laquelle il demande aux internautes de lui signaler les pires nids-de-poule, le Montréalais dit être submergé de demandes partout sur le territoire. « J’en ai plus d’une centaine déjà, et mon téléphone n’arrête pas. Je vais prioriser les plus gros dans la région, donc Brossard, Montréal, Laval et Longueuil », énumère-t-il.
En moyenne, réparer un nid-de-poule lui coûte entre 50 et 100 $, en incluant le bitume, l’essence et l’équipement, quoique ce chiffre peut varier selon la taille du trou. « Ça va me coûter cher, oui, mais je le vois comme un loisir. Ça m’aide à aider les gens, à laisser une trace. Je ne vois pas ça comme une dépense. »
Apprécié, mais pas légal
Mise au fait de la situation, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a appelé lundi à la prudence. « Merci pour l’initiative, vraiment. Ce que vous faites est apprécié, mais ce n’est pas à vous ni à votre équipe de devoir colmater les nids-de-poule vous-mêmes », a-t-elle fait valoir sous la vidéo de M. Tekiout.
« On comprend la frustration, surtout avec l’état des rues hérité de l’ancienne administration. De notre côté, nos équipes mettent les bouchées doubles pour accélérer les réparations partout en ville », a ajouté l’élue.
Par écrit, son cabinet invite plutôt la population à signaler la présence d’un trou au 311, en procédant par téléphone ou par l’application. Celle-ci permet la prise de photo, la géolocalisation et un suivi des demandes.
Règle générale, il n’est pas légal de colmater soi-même un nid-de-poule à Montréal. Selon le Règlement sur l’occupation du domaine public, effectuer des travaux sur le réseau routier requiert un permis émis par la Ville de Montréal, et des amendes salées peuvent – en principe – être imposées aux récalcitrants.
Mais Saâd Tekiout n’entend pas s’arrêter pour autant.
''Je comprends que ce n’est pas nécessairement à nous de faire ça, mais si je marche dans la rue et qu’il y a une poubelle à terre, je la ramasse. C’est la même chose ici. Mon but, c’est juste de ne plus voir de nids-de-poule partout''.
- Saâd Tekiout
Une saison catastrophique
Depuis le début de l’année, la saison des nids-de-poule est particulièrement catastrophique sur l’île de Montréal. Plus de 13 660 signalements distincts ont déjà été faits à la Ville. La métropole en a enregistré plus de 4000 en janvier seulement, un record.
Sous pression, la Ville a promis en mars la création de deux équipes de 24 cols bleus qui seront dédiées au colmatage des nids-de-poule, en plus de l’achat de deux nouvelles colmateuses automatisées.
Mais tout cela n’aura lieu qu’en 2027. Entre-temps, « le pire est à venir », a même prévenu le président du comité exécutif, Claude Pinard.
Selon les données de CAA-Québec, les appels pour des crevaisons ont explosé de 50 % depuis le début du mois d’avril à Montréal. Dans le reste du Québec, ce chiffre oscille autour des 30 %.
Dans l’attente de solutions, les autorités recommandent surtout aux usagers de faire très attention sur les routes, en ralentissant, ainsi qu’en gardant une distance avec les autres usagers. Zigzaguer ou accélérer pour tenter d’éviter un trou n’est jamais sécuritaire. Il ne faut pas non plus freiner une fois dans le trou, car cela peut endommager plusieurs composantes du véhicule, dont les freins.
Source: Lapresse point ca