08/30/2026
PARTAGE pour que d’autres parents comprennent ce qui se passe avec les flammes Snapchat! 🔥
Pourquoi nos jeunes y tiennent-ils autant?
Pour beaucoup d’adultes, c’est difficile à comprendre. Une flamme à côté d’un nom, un chiffre qui augmente chaque jour et un ado qui réalise à 23 h 45 qu’il n’a pas fait ses flammes et qui se dépêche d’envoyer une photo de son plafond à dix huit personnes. Ça peut sembler complètement absurde.
Mais pour le cerveau, ça ne l’est pas tant que ça.
Les flammes Snapchat, qu’on appelle aussi les « streaks », utilisent plusieurs mécanismes qu’on retrouve dans les comportements qui peuvent devenir difficiles à arrêter.
Le principe est simple. Deux personnes s’envoient des Snaps chaque jour et un compteur apparaît. 12 jours, 48 jours, 173 jours, 624 jours. Plus le chiffre monte, plus il devient difficile de laisser tomber.
D’abord, notre cerveau aime la progression. Faire augmenter un chiffre donne une petite sensation de réussite. On maintient quelque chose, on avance et surtout, on ne repart pas à zéro. C’est le même principe qui nous pousse à vouloir terminer une série ou à poursuivre une habitude simplement parce qu’on est rendu à 32 jours consécutifs.
Mais Snapchat ajoute quelque chose de particulièrement efficace, la possibilité de tout perdre.
Imaginez deux jeunes qui ont une flamme de 487 jours. Objectivement, perdre cette flamme ne change absolument rien à leur relation. Ils sont toujours amis, ils peuvent toujours se parler et les 487 derniers jours existent toujours. Pourtant, leur cerveau peut surtout retenir une chose, « J’ai investi 487 jours là-dedans et je vais tout perdre. »
C’est ce qu’on appelle l’aversion à la perte. Les humains sont généralement très sensibles à la disparition de quelque chose qu’ils considèrent avoir acquis. Plus le compteur monte, plus il devient précieux simplement parce qu’on a investi du temps pour le faire monter.
Il y a aussi toute la dimension sociale, parce qu’une flamme ne s’entretient pas seul. Il y a quelqu’un de l’autre côté. Pour certains jeunes, elle peut donc devenir inconsciemment une petite représentation de la relation. « Ça fait 300 jours qu’on se parle tous les jours. » Ne pas répondre peut alors prendre une signification beaucoup plus grande qu’un simple Snap oublié. Est-ce qu’elle m’ignore? Est-ce qu’il est fâché? Pourquoi elle a fait ses flammes avec les autres et pas avec moi?
Tout à coup, un petit symbole numérique vient toucher à quelque chose de beaucoup plus important à l’adolescence, le sentiment d’appartenance, la place dans le groupe et la validation des pairs.
Puis, tranquillement, le comportement devient une habitude. On ouvre Snapchat, on regarde ses flammes, on envoie rapidement une photo, le chiffre reste là et on ressent un petit soulagement. On recommence le lendemain, puis le surlendemain, jusqu’à ce que le geste devienne presque automatique.
Et c’est probablement la partie la plus fascinante. À un certain moment, le contenu envoyé peut n’avoir pratiquement plus aucune importance. Une photo du plafond, un bout de joue, un écran noir, le coin d’un bureau ou le chien qui dort. Pourquoi envoyer une photo qui ne dit absolument rien? Parce que le but n’est plus nécessairement de communiquer. Le but est de maintenir la flamme.
On passe donc de « j’envoie quelque chose à mon ami parce que j’ai envie de lui parler » à « j’envoie quelque chose parce qu’il faut que je fasse mes flammes ».
C’est là qu’on reconnaît une boucle qu’on retrouve dans plusieurs habitudes et comportements compulsifs. Il y a un déclencheur, une petite tension ou une envie, un comportement, puis une récompense ou un soulagement.
Il est 22 h 30 et le jeune réalise qu’il n’a pas fait ses flammes. Il ressent l’urgence, ouvre Snapchat, envoie ses Snaps et ses flammes sont sauvées. La tension disparaît. Demain, on recommence.
Ça ne veut évidemment pas dire que tous les jeunes qui entretiennent des flammes ont une dépendance à Snapchat. Loin de là. Par contre, les flammes utilisent certains mécanismes psychologiques qu’on retrouve aussi dans les comportements qui peuvent devenir compulsifs.
Et ça nous aide à comprendre pourquoi leur dire « voyons donc, ferme ton téléphone, c’est juste une flamme » ne fonctionne pas toujours très bien.
Pour nous, c’est effectivement juste une flamme. Pour leur cerveau, il peut y avoir derrière ce petit symbole une récompense, une habitude, la peur de perdre quelque chose qu’ils ont accumulé, une obligation envers leurs amis et parfois même une forme de validation sociale.
À l’adolescence, alors que l’appartenance au groupe et les interactions avec les pairs prennent énormément d’importance, ce mélange peut être particulièrement puissant.
Comprendre le mécanisme ne veut pas dire qu’on doit accepter que Snapchat dirige l’horaire familial. Ça nous permet simplement d’intervenir autrement. On peut demander à notre jeune s’il envoie réellement ses Snaps parce qu’il a envie de parler à ces personnes ou simplement parce qu’il ne veut pas perdre son chiffre. On peut lui demander ce qu’il ressentirait si une flamme de 500 jours disparaissait demain ou encore s’il utilise toujours l’application parce que c’est plaisant ou si, parfois, il sent plutôt qu’il doit le faire.
Ce sont des questions toutes simples qui peuvent l’amener à observer son propre comportement au lieu de simplement lui dire que son comportement n’a aucun sens.
Comprendre comment ça fonctionne nous permet surtout d’avoir de meilleures discussions avec nos jeunes sur leur utilisation des réseaux sociaux.
Une question toute simple peut être intéressante à leur poser : « Est-ce que tu fais encore tes flammes parce que tu trouves ça le fun ou parce que tu ne veux pas les perdre? »
La réponse pourrait être assez révélatrice.