08/28/2026
Comment 👉MODIFIER LE SCHÉMA « TOUT NOUS EST DÛ »
Après avoir exploré ce schéma dans mes dernières publications, une question importante demeure : peut-on réellement le modifier?
Oui. Mais il faut reconnaître qu’il s’agit souvent d’un schéma particulièrement difficile à travailler.
Pourquoi?
Parce qu’il ne s’agit pas simplement d’une mauvaise habitude ou d’un comportement occasionnel. Lorsqu’un schéma s’est construit tôt dans la vie et s’est renforcé au fil des années, il peut devenir un véritable mode de fonctionnement.
La personne ne se dit pas nécessairement : « Je considère que tout m’est dû. »
Elle peut plutôt penser :
« Je suis comme ça. »
« Les autres devraient m’accepter tel que je suis. »
« Je ne vois pas pourquoi je devrais faire ça. »
« Ce n’est pas si grave. »
« Je mérite ce que je veux. »
« Pourquoi ce serait à moi de changer? »
Et c’est justement ce qui rend le travail thérapeutique plus complexe : ce qui pose problème aux autres peut sembler parfaitement justifié pour la personne elle-même.
Avec le temps, ce fonctionnement peut toutefois avoir un prix important : conflits conjugaux, difficultés professionnelles, ruptures relationnelles, éloignement des proches, sentiment d’être constamment incompris, réactions de colère lorsque les choses ne se passent pas comme prévu ou encore difficulté à maintenir des relations véritablement réciproques.
La première étape : voir le prix que l’on paie
Modifier ce schéma demande d’abord de regarder avec lucidité ses conséquences.
Pas seulement : « Est-ce que j’obtiens ce que je veux? »
Mais plutôt :
Qu’est-ce que ma façon de fonctionner me coûte?
Est-ce que certaines personnes prennent leurs distances?
Mes relations deviennent-elles conflictuelles?
Ai-je de la difficulté à accepter qu’on me dise non?
Est-ce que je réagis fortement lorsqu’on m’impose une limite?
Est-ce que mes besoins prennent régulièrement davantage de place que ceux des autres?
Est-ce que je m’attends à ce que certaines responsabilités soient assumées par quelqu’un d’autre?
Cette prise de conscience est essentielle, car il est difficile de modifier un fonctionnement dont on ne perçoit pas les conséquences.
Remettre en question ses propres justifications
Nous sommes tous capables de justifier nos comportements.
Dans ce schéma, certaines pensées peuvent toutefois servir à maintenir le fonctionnement :
« Je suis comme ça. »
« Je ne fais de mal à personne. »
« On exagère. »
« Je mérite bien ça. »
« Les autres n’ont qu’à s’occuper d’eux-mêmes. »
« J’ai le droit d’être en colère. »
Le travail consiste alors à apprendre à se demander :
Est-ce réellement un droit… ou est-ce une attente que j’ai transformée en exigence?
Et surtout :
Si tout le monde agissait comme moi dans cette situation, est-ce que je trouverais cela acceptable?
Cette question peut être particulièrement puissante.
Apprendre à tolérer la frustration
C’est probablement l’un des éléments centraux du changement.
Nous ne pouvons pas toujours obtenir ce que nous voulons.
Nous devons parfois attendre. Faire quelque chose qui nous déplaît. Respecter une règle. Accepter un refus. Faire un compromis. Assumer une responsabilité. Composer avec l’inconfort.
Chez une personne ayant développé ce schéma, ces expériences peuvent provoquer une frustration beaucoup plus importante.
Le changement passe donc par une forme d’entraînement à la frustration.
Commencer petit.
Attendre plutôt que d’exiger immédiatement.
Terminer une tâche désagréable plutôt que de la remettre à quelqu’un d’autre.
Accepter un « non » sans chercher immédiatement à convaincre.
Respecter une limite même lorsqu’on la trouve injustifiée.
Tolérer que quelqu’un ait des besoins différents des siens.
Petit à petit, on découvre quelque chose d’important :
La frustration est inconfortable, mais elle est tolérable.
Mettre un espace entre l’émotion et l’action
Lorsque la colère ou l’impulsivité font partie du schéma, apprendre à ralentir devient essentiel.
Une limite est posée → je ressens de la colère → je ne suis pas obligé d’agir immédiatement.
Créer une période de pause permet de faire intervenir la partie plus rationnelle de soi avant que l’émotion ne décide du comportement.
On peut apprendre à se demander :
Qu’est-ce que je ressens? Qu’est-ce que j’ai envie de faire? Quelles seront les conséquences si je le fais? Et quelle réponse correspond davantage à la personne que je souhaite devenir?
Développer l’empathie et la réciprocité
Modifier ce schéma demande également un déplacement important :
passer de « ce que je veux » à « ce qui se passe aussi chez l’autre ».
Que ressent cette personne?
Quel est son besoin?
Quel impact mon comportement a-t-il sur elle?
Est-ce que je lui demande quelque chose que je refuserais moi-même?
Est-ce que cette relation est réciproque?
L’objectif n’est évidemment pas de faire disparaître ses propres besoins.
C’est plutôt d’intégrer une réalité fondamentale des relations humaines :
mes besoins comptent, mais ceux des autres aussi.
Assumer progressivement davantage de responsabilités
Chez certaines personnes, le schéma peut également s’accompagner d’une difficulté à faire les choses difficiles, ennuyantes ou contraignantes.
On reporte.
On évite.
On délègue.
On attend que quelqu’un s’en charge.
Le travail consiste alors à reprendre progressivement certaines responsabilités et à développer davantage de discipline personnelle.
Pas tout d’un coup.
Une responsabilité à la fois.
Parce que derrière ce travail se construit aussi une nouvelle croyance :
« Je suis capable de faire ce qui est difficile, même lorsque je n’en ai pas envie. »
Et parfois, le schéma en cache un autre…
C’est une dimension que je trouve particulièrement importante en thérapie.
Le sentiment que « tout nous est dû » n’est pas toujours le schéma le plus profond.
Chez certaines personnes, cette posture peut servir de contre-attaque ou de protection contre d’autres blessures plus anciennes : dépendance, sentiment d’imperfection, carence affective, abandon, méfiance ou autres vulnérabilités.
Le travail thérapeutique ne consiste donc pas uniquement à corriger les comportements visibles.
Il faut parfois aller comprendre :
Qu’est-ce que cette façon de fonctionner protège depuis toutes ces années?
Et c’est souvent là que le véritable travail commence.
Modifier un schéma, ce n’est pas changer sa personnalité.
C’est apprendre à reconnaître les moments où une vieille façon de fonctionner prend automatiquement le contrôle… et développer progressivement une réponse différente.
Cela demande de la conscience de soi, de la responsabilisation, de l’empathie, une meilleure tolérance à la frustration et beaucoup de répétition.
Un schéma construit pendant des années ne disparaît pas en quelques semaines.
Mais chaque fois qu’une personne accepte une limite, tolère un inconfort, assume sa responsabilité, considère réellement le besoin de l’autre ou choisit de ne pas agir sous l’impulsion…
elle cesse un peu de nourrir le schéma.
Et elle commence à construire autre chose.
Une façon d’être en relation où il ne s’agit plus de gagner, d’obtenir ou d’avoir raison…
mais de pouvoir exister avec l’autre, plutôt qu’aux dépens de l’autre
Julie 😉