08/17/2026
VIEILLIR SOLO....
(Je me permets de faire remonter sur mon fil cette ancienne publication du 30 avril dernier, qui pourrait fortement intéresser les nouveaux abonnés attirés par mon texte sur le courage de la retraite...)
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Je pourrais sortir les thèmes classiques en lien avec le fait de vieillir en solitaire. Je pourrais vous parler de chiffres, de pourcentages, de courbes qui montent et qui inquiètent. Je pourrais aligner les mots qui font peur — précarité, maladie, perte d’autonomie, solitude — On nous sert souvent ces scénarios dans les articles sur le sujet, comme si vieillir seul était une pente glissante, presque inévitablement triste.
Mais je n’ai pas envie de rester dans ces lieux communs, même si évidemment ces enjeux peuvent nous rattraper à tout moment. Personne n’est à l’abri de pépins de toute sorte. Mais entre les lignes de ces discours un peu moroses, il y a une autre réalité, plus nuancée, plus vivante, plus humaine. Vieillir solo n’est pas forcément un drame. Ce peut être une manière d’habiter sa vie autrement, avec lucidité, oui… mais aussi avec une certaine liberté que peu de gens osent vraiment nommer.
Je vais être honnête : moi aussi, j’ai longtemps eu peur. J’ai crains une vieillesse en solitaire. L’idée de tomber malade sans personne pour me tendre un verre d’eau, de devenir dépendante... ça me serrait le cœur.
Et puis les années ont passé.
Maintenant engagée dans la soixantaine, toujours solo mais plus lucide, je réalise qu’il y a un danger dans le fait d’idéaliser la vieillesse en couple. On imagine les petits déjeuners partagés, les voyages à deux, les mains et les corps qui se trouvent encore malgré les années. On oublie l’autre côté du tableau. On oublie que parfois, c’est nous qui devrons porter, soigner, veiller. Vieillir à deux, c’est aussi accepter cette éventualité-là. Ce n’est pas un conte de fées, c’est un pacte… qui a sa part d’ombre.
Alors, peu à peu, quelque chose s’est déplacé en moi. Une façon différente de regarder l’avenir. Moins naïve, mais étrangement plus apaisée.
Bien sûr, le réseau social devient de plus en plus important dans le dernier droit de notre vie. Quand on vieillit solo, les amitiés qui sont toujours là sont une colonne vertébrale. Ce sont elles qui nous tiennent droite les jours où le silence est trop lourd. Ce sont elles qui souvent nous rappellent qu’on existe pour quelqu’un.
Oui, bien sûr il y a les enfants, pour ceux et celles qui en ont… mais mieux vaut ne pas tout mettre nos espoirs de ce côté. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que c’est mon talon d’Achille. J’en suis absolument consciente, et j’y travaille. Nos amours ont leurs vies, leurs élans, leurs priorités. Et c’est très bien ainsi. L’amour ne devrait jamais devenir une dette. Espérer leur présence, oui. S’y accrocher comme à une bouée… non. Je vous le répète… j’y travaille, et fort à part ça.
Alors je rêve.
Je rêve d’un lieu où l’on vieillirait ensemble, mais libres. Un petit village de mini- maisons réservés aux gens retraités, habité par des hommes et des femmes qui ont choisi de ne pas finir seuls chacun dans leur coin. Une communauté douce, bienveillante, où l’on frapperait à la porte pour un café, pour un coup de main, ou simplement pour ne pas être seul un dimanche soir. Une utopie? Peut-être. Mais les plus belles idées commencent souvent comme ça. Si je gagne la loterie, je vous promets que je mets ce projet sur pied !
Et en attendant… je construis ma propre version.
Les modèles familiaux que j’ai sont exactement ceux auxquels je veux échapper. J’ai dû m’imaginer un modèle sur des bases complètement différentes de ce que je vois autour de moi. À l’instar de ma vie des vingt dernières années, j’ai aussi compris qu’il ne servait à rien d’attendre la compagnie des autres pour vivre heureuse. J’ai le privilège de la santé, pour le moment du moins, et je décide d’en retirer le maximum.
À 62 ans, je refuse de rester immobile. Après une deuxième moitié de vie à me rebâtir suite à des périodes de grandes difficultés et des échecs amoureux successifs, il y a en moi une énergie neuve. Une envie de vivre qui n’a plus rien à prouver, mais tout à goûter.
Vous le savez, j’embrasse ma vie solo avec tout ce qu’elle a à m’offrir de défis, mais aussi de moments magiques, de grands et de petits bonheurs. Je prends les rênes et je fonce.
Mais « foncer » n’a pas la même définition pour tous. Pour moi, foncer c’est dire oui à l’élan quand il se présente. C’est partir solo sur un road-trip aux Iles de la Madeleine, c’est aller voir un show et ne pas me demander si j’ai l’âge d’être là. C’est me cuisiner un souper et le déguster aux chandelles, c’est passer ma soirée sur ma batterie, chanter à tue-tête. C’est décider de partir faire une randonnée à cheval, c’est écrire jusqu’à perdre la notion du temps.
C’est être pleinement vivante… sans témoin obligatoire.
Et peut-être que le vrai secret est là. Dans cette façon de se traiter avec douceur, enfin. Après des années à donner, à plaire, à tenir debout pour les autres. Apprendre à se regarder avec indulgence, à se pardonner certaines erreurs. Le secret de vieillir sereinement réside peut-être bien dans l’indulgence et le respect que l’on se démontre à soi-même, souvent après une vie où on en a eu trop peu.
Soyez doux•ce envers vous-même, permettez-vous des journées à flâner, pardonnez-vous certains bouts de votre vie dont vous êtes moins fièr•e… Cessez de vous sentir redevable à tout le monde… et surtout à ceux qui ne vous ont rien donné. Libérez-vous des gens qui vous ont blessés, soyez indulgente envers vous-même, je le répète car c’est la base.
Et surtout, permettez-vous des folies et des plaisirs, peu importe qu’ils soient petits ou grands. Cessez de vouloir plaire à tout le monde….Plaisez-vous …à vous!!
Si un jour mes enfants racontent à leurs propres enfants que leur mère a su vieillir libre, vivante, et en paix… alors je saurai que j’ai réussi quelque chose de précieux.
Pascale S&L