06/02/2026
J'ai envie de te parler d'intimidation. Et surtout de ses impacts, même des années plus t**d. Je repense souvent à ce que j'ai vécu à l'adolescence. Je me rappelle encore exactement comment je me sentais. Il y a même des histoires que mes amies les plus proches et certains membres de ma famille ne connaissent pas.
C'est étrange... Comme si cette partie de ma vie m'appartenait, mais en même temps, comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre.
J'ai reçu des menaces de mort. J'ai reçu des courriels et des appels anonymes remplis de haine. J'ai vu des graffitis dans mon école avec écrit : « F**k Arianne Breton », j'ai entendu les rires derrière mon dos. Les chuchotements, les commentaires, les menaces qu'on allait me « péter la gu**le », les jambettes, les doigts pointés. Les regards qui te font comprendre que tu n'es pas la bienvenue.
Je me souviens de m'être demandé mille fois : « Pourquoi moi? Je fais rien de mal. » Je me souviens aussi d'écrire « F**k ma vie » partout sur les murs de ma chambre parce que je ne savais plus où mettre tout ce que je ressentais.
Ben oui...Ça fait partie de mon histoire.
Tu sais ce qui m'a sauvée? Mes amies et le théâtre.
J'avais deux points d'ancrage : des personnes qui me faisaient sentir que j'avais ma place quelque part et une scène où je pouvais respirer.
Le théâtre, c'était le seul endroit où je me sentais en sécurité. Le seul endroit où je pouvais déposer, ne serait-ce qu'un instant, le poids que je portais partout ailleurs.
Avec le recul, je réalise que c'est encore vrai aujourd'hui. Peu importe ce que tu traverses, il te faut un endroit où tu peux être toi-même sans avoir à te protéger. Il te faut des gens auprès de qui tu peux respirer.
Parce que les blessures de l'intimidation ne disparaissent pas toujours complètement. Elles peuvent devenir cette petite voix qui doute, cette peur de déranger, cette impression de ne jamais être tout à fait assez, cette inquiétude quand quelqu'un te critique, cette envie de te faire plus petite pour éviter qu'on te remarque. Et c'est probablement pour ça que je suis autant touchée quand un(e) client(e) me parle de violence, de rejet, de honte, de méchanceté ou de difficulté à trouver sa place.
Parce que je connais ce sentiment-là comme le fond de ma poche. Je connais l'envie de disparaître entre deux murs pour que personne ne nous voie.
Mais aujourd'hui, si je peux transmettre une seule chose à mes enfants et aux personnes que j'accompagne, c'est celle-ci : Ne deviens jamais plus petit(e) pour rendre les autres confortables. Ne laisse jamais quelqu'un te convaincre que tu dois prendre moins de place.
Pendant longtemps, ils ont pris beaucoup trop de place dans ma tête, ces gens là. Aujourd'hui, cette place-là est réservée à mes rêves, à mes enfants, à mes projets et aux gens qui m'aiment pour vrai. Et ça, c'est probablement ma plus belle revanche.
Et si je pouvais retourner voir la petite Arianne de 14 ans, celle qui pleurait dans sa chambre en se demandant ce qu'elle avait fait de mal, je pense que je lui dirais simplement : « Continue. Un jour, tu vas arrêter de croire tout ce qu'ils disent sur toi et tu vas briller ma belle. » ♥