04/08/2021
[La violence des réseaux sociaux, vous la connaissez ?]
Mes dernières 48h ont été éprouvantes.
Comme de nombreux influenceurs et personnalités publiques, je suis régulièrement confrontée au côté obscur des réseaux sociaux. C'est à dire à des personnes qui, cachées derrière leur écran, vous balancent à la figure (ou plutôt à la figure de votre écran) des mots durs, violents, agressifs. Ces mêmes personnes peuvent vous accabler des pires maux et vous attribuer les pires défauts. Et ce, sans même vous connaître.
Cette déshumanisation des rapports humains, cette levée des inhibitions, mal par excellence des réseaux sociaux virtuels du 21ème siècle, nous les vivons tous, absolument TOUS, du moment que l'on s'expose. Tous les animateurs de comptes publics en font les frais et chacun développe, à sa manière, des stratégies pour ne pas être trop impactés intimement.
Si je vous en parle ce soir, en toute transparence, c'est parce que j'y ai été particulièrement confrontée ces dernières 48h. Et cela me semblait important que vous soyez au courant.
Tout a commencé ce mercredi soir, 28 juillet 2021, lorsque je publie un post désacralisant le tabou du cododo en France. Dans une approche historique, j'explique que le cododo est devenu un tabou en France sous le poids de certains discours issus de la culture judéo-chrétienne puis de la psychanalyse. C'est tout.
L'objectif de ce post ? Rappeler simplement que le fait de dormir avec son enfant, tout comme le fait de faire dormir son enfant dans une chambre séparée, sont toutes deux des pratiques adaptées. Et que le cododo est une pratique répandue dans la majorité des cultures qui peuplent le globe. Il n'y a donc pas de quoi se sentir honteux à dormir avec son enfant.
Ce post, qui a eu un vif écho sur le net, a été lu plus de 270 000 fois. Un record.
Deux jours plus t**d, à la demande d'un abonné de cette page (un professeur d'université en sciences de l'éducation), je partage l'extrait d'un article du psychohistorien Marc André Cotton expliquant l'impact du complexe d’œdipe de Freud dans l'évolution des pratiques de maternage en France. Un complément du post, en quelque sorte. J'accompagne cet extrait d'une invitation au débat par un simple "Qu'en pensez-vous ?"
C'est tout. A aucun moment je n'ai nui à l'intégrité d'un être humain. A aucun moment, je n'ai été insultante, irrespectueuse ou agressive.
En un clic, un seul, ce qui devait être un simple débat d'idées s'est transformé en attaque de personnes.
Aussitôt, des psychanalystes (qui se comptent sur les doigts d'une main) m'ont personnellement attaquée. Sans même me connaître. Ils m'ont agressée, accusée de propos diffamatoires, harcelée, de commentaire en commentaire, sans relâche. Pourquoi ? Pour avoir parlé du poids de certains propos psychanalytiques dans l'histoire du maternage en France. Car oui, aujourd'hui en France, quiconque évoque la psychanalyse en termes non nécessairement élogieux finit brûler vif sur les réseaux sociaux.
Mais ce n'est pas tout. Je n'ai malheureusement pas été la seule à avoir été attaquée. De nombreux autres abonnés de la page - des parents, des professionnels et des psychologues eux-mêmes - ont aussi été ciblés par ces attaques du moment que leur avis personnel allait dans le sens de l'extrait cité. J'ai reçu des dizaines de messages privés de personnes atterrées et impactées par la nature des échanges. Certaines d'entre elles espéraient apporter leurs arguments mais, au vu de la violence des débats, ont décidé de rester silencieuses (et je les comprends).
La très grande majorité des internautes ont défendu leur point de vue intelligemment, avec un vrai respect mutuel. Ce dérapage qui causé tant de mal, nous le devons à un groupuscule.
La situation a été telle que j'ai dû désactiver les commentaires sous les publications pendant quelques heures afin de calmer le jeu.
C'est au lendemain du deuxième post que j'ai découvert tous les commentaires et messages qui ont été publiés durant la soirée et la nuit.
Je découvre des commentaires qui m'attaquent personnellement mais aussi des messages de psychologues déstabilisés qui m'appellent à l'aide, des parents dans la confusion la plus totale.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Je venais de tomber de 53 étages.
Si le 6 mars 2013, il y a 8 ans, j'ai créé cette communauté Facebook, c'était pour favoriser les débats d'idées, les visions multiples et complémentaires que l'on pouvait tous porter sur l'être humain. Le climat se devait bienveillant, humaniste et drôle. Oui, drôle.
Aujourd'hui, je n'ai plus du tout envie de rire. Pour tout vous dire, je suis partagée entre un sentiment de colère et une profonde tristesse.
Je m'excuse pleinement auprès de ces nombreux abonnés qui, eux aussi, ont souffert de ce manque de bienveillance, d'ouverture et d'humanité ces dernières 48h. Je suis sincèrement désolée que vous ayez dû vivre, vous aussi, cette déshumanisation des réseaux sociaux.
Je veillerai à ce que cela ne se renouvelle pas. Et je n'hésiterai pas à bannir les internautes qui ne s'inscriront pas dans ce climat de bienveillance mutuelle qui me tient tant à coeur.
Surtout, prenez soin de vous. Chacun de vous.
Héloïse Junier
PS 1 : je précise que ces attaques ont eu lieu exclusivement sur Facebook. Sur Instagram, tous les contributeurs sont restés cordiaux et bienveillants, même s'ils n'étaient pas toujours en accord.
PS 2 : à la suggestion des abonnés, j’ai finalement banni les trolls de cette page. Il est probable qu’ils reviennent sous un autre pseudo (c’est déjà arrivé une fois - ils sont organisés), je les bannirai de nouveau.
PS 3 : ce post ayant de nouveau fait l’attaque de trolls psychanalystes dogmatiques attaquant de manière virulente les abonnés qui ne partageaient pas leur point de vue (et m’attaquant aussi directement), j’ai été contrainte de désactiver les commentaires (bienvenue en France, le pays où les psys se tapent dessus 😣!).