22/07/2026
Le lundi 29 juin 2026 dernier, sous les yeux de millions d'Africains, le monde nous a rappelé une règle que nous connaissons tous au fond de nous, mais que nous refusons peut-être de regarder en face.
On ne nous aime jamais pour ce que nous sommes. On nous aime pour ce que nous rapportons. Et le jour où nous ne rapportons plus rien, nous redevenons instantanément ce qu'ils ont toujours pensé de nous.
Ce soir-là, cela s'est joué dans un stade. Mais crois-moi, cela se joue surtout dans ton champ, dans ton marché, dans ta pharmacie, et dans ton assiette.
Voici ce qui s'est passé.
Au stade de Monterrey, au Mexique, le Maroc élimine les Pays-Bas aux tirs au but. Issa Diop égalise à la dernière seconde, Bounou repousse la tentative de Summerville, Kluivert manque le sien. L'Afrique entière explose de joie.
Et dans les heures qui suivent, trois joueurs néerlandais : Justin Kluivert, Quinten Timber, Crysencio Summerville, sont noyés sous les insultes racistes. Par leurs propres supporters. Dans leur propre pays.
La FIFA a compté 89 000 publications injurieuses sur ce seul Mondial. Plus d'une sur dix à caractère raciste. Treize fois plus qu'il y a quatre ans.
La veille, on chantait leurs noms. Le lendemain, on leur disait de retourner d'où ils venaient.
Tu comprends maintenant de quel contrat je parle. Tu es aimé tant que tu es utile. Tu marques ? Tu es un dieu, un frère, un héros national. Tu rates ? Tu redeviens «d'origine africaine ». Adulé une nuit, méprisé au matin.
Et ce contrat-là n'est pas celui des joueurs seulement. C'est celui de tout ce qui sort de notre terre.
- Le fonio ? longtemps qualifiée de « graine de pauvre » chez nous, tant qu'il n'intéressait personne. Aujourd'hui il est nommé « super-aliment » vendu à prix d'or dans les rayons bio parisiens.
- Notre Ndo'o/Odika/ Kplé/Assro, cette mangue sauvage dont on en fait des sauces délicieuses? Rien du tout… jusqu'à ce qu'on la brevète en gélules minceur « African Mango », revendues à notre propre diaspora à prix fort.
- L'écorce de yohimbe du Cameroun, cédée quelques euros le kilo au marché, devient un médicament sur ordonnance en Occident : multipliée par dix, par vingt, par cinquante.
Aimés quand utiles, et jetés quand ils ne le sont plus.
Mais laisse-moi te raconter l'exemple qui résume tout. Celui que tu grignotes peut-être à l'apéritif sans y penser: la noix de cajou.
L'Afrique produit environ 90 % des noix de cajou brutes du monde. Quatre-vingt-dix pour cent. La Côte d'Ivoire, le Bénin, le Burkina, le Mali, la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Nigeria : c'est chez nous que pousse le trésor.
Et nous en transformons moins de 15 % sur le sol africain. En Côte d'Ivoire, à peine 6 %.
Tout le reste part brut. Vers l'Inde, vers le Vietnam, où on la décortique, on la grille, on la sale. Puis vers l'Europe, où on l'emballe joliment dans un sachet doré, à côté du vin blanc et des olives.
Résultat ? La même noix, après son voyage, coûte jusqu'à huit fois et demie ce qu'a touché le paysan qui l'a ramassée. Huit fois et demie!
Et sais-tu qui décortique celles qu'on transforme à la main ? Des femmes. La coque de l'anacarde contient un liquide corrosif qui brûle la peau. Des mains rongées, craquelées, brûlées, pour quelques francs la journée :pendant qu'ailleurs, on grignote le résultat en riant, à l'heure de l'apéritif, sans savoir qu'il existe même un pays qui s'appelle le Bénin.
Voilà, donc, nos mains pour la douleur. Leur table pour le plaisir.
CE N'EST PAS UNE EXCEPTION MAIS UN SYSTÈME BIEN HUILE
- La vanille de Madagascar. Une île africaine fournit à elle seule l'écrasante majorité de la vanille du monde. C'est l'une des épices les plus chères de la planète, juste derrière le safran. Et les planteurs malgaches comptent parmi les plus pauvres du continent. On parfume les glaces du monde entier avec leur sueur.
- Le coton d'Afrique de l'Ouest. Le Mali, le Burkina, le Bénin, le Tchad cultivent la fibre. On la coud ailleurs. Et ensuite ? On nous renvoie les vêtements. Pire : on nous renvoie leurs habits usés, en ballots, que nous achetons dans nos friperies. Nous cultivons le coton du monde, et nous portons les vieux tee-shirts du monde. Regarde ce que tu as sur le dos aujourd'hui, et demande-toi d'où vient la fibre.
- Le café: cultivé chez nous, en Côte d'Ivoire, au Cameroun, en Ouganda, en Éthiopie; le pays qui a donné le café à l'humanité. Torréfié, emballé, marqué là-bas. Le producteur touche des miettes de ce que coûte une tasse dans un café européen. La graine est africaine. Le logo ne l'est jamais.
Le mécanisme ne change jamais :
- On récolte chez nous, pour presque rien.
- On transforme là-bas, on brevète, on nomme.
- On nous revend notre propre trésor, cinquante fois plus cher.
Oui tu me diras : « Moi, le foot, la cuisine, l'agriculture… c'est pas mon truc, ça me laisse à 37.... »
Mais l'argent, c'est ton monde ? La dignité, c'est ton monde ? Parce que c'est de cela qu'on parle. D'un continent qui exporte ses trésors bruts pour quelques francs et rachète les mêmes trésors en devises fortes.
On parle de paysans qui cultivent une richesse qu'ils n'ont même plus les moyens de manger. De familles entières qui donnent leurs mains, leurs terres et leurs nuits pour le confort des autres.
Tu n'as pas besoin d'aimer cuisiner pour comprendre qu'on te vole. Il suffit d'avoir un peu d'amour-propre.
Heureusement, ce n'est pas une fatalité, un exemple:
En 2020, la Côte d'Ivoire et le Ghana le numéro un et le numéro deux mondiaux du cacao se sont mis ensemble et ont exigé une prime pour leurs planteurs. Ils ont affronté publiquement les géants américains du chocolat, et ils ont gagné. Un expert a résumé la leçon en une phrase : quand la Côte d'Ivoire et le Ghana sont ensemble, ce sont eux qui font le prix du cacao.
Quand nous nous levons ensemble, nous cessons d'être une matière première. Nous devenons une puissance.
Alors quand je parle autant d'épices, de plantes, de condiments africains, comprends bien que ce n'est pas « juste une affaire de cuisine ou de diététique », mon engagement va beaucoup plus loins que cela. Il est question de géopolitique dans ton assiette: celui qui contrôle, transforme et nomme nos produits contrôle notre santé, notre argent et notre mémoire.
On ne colonise jamais mieux un peuple qu'en le gardant utile et jamais propriétaire.
La bonne nouvelle, c'est que la valeur peut rester chez nous. Mais elle ne restera que si nous décidons, chacun, de la garder. Voici comment, concrètement à mon avis :
- Choisis ce qui est transformé EN Afrique. Le chocolat, riz local, le jus, le beurre de cajou, l'huile, la farine faits chez nous. À chaque fois que tu prends la version africaine, tu déplaces un peu de richesse de leur usine vers notre continent.
- Soutiens les coopératives et les petites unités de transformation locales. C'est exactement là que se joue la bataille. Une femme qui ouvre un atelier de transformation au village fait plus pour l'Afrique que ceux qui pondent juste des discours.
- Achète tes épices et tes noix chez nos producteurs et sur nos marchés, jamais en version « premium » réimportée d'Occident dans un joli bocal.
- Encourage, finance, ou lance une marque africaine qui transforme nos propres trésors. Nos enfants n'ont pas besoin de rêver seulement de devenir footballeurs à l'étranger. Ils peuvent rêver de devenir propriétaires ici.
- Mets nos aliments à l'honneur dans tes mariages, tes baptêmes, tes deuils, tes fêtes. Ce jour-là, tout le monde regarde ta table. Fais-en une déclaration, pas une excuse: bissap, safous, colas, jujubes, noix de cajou, arachides grillées non dépulpées.... Il ya tellement à faire découvrir à ses invités
- Apprends à reconnaître nos vrais produits au marché : la vraie maniguette, le vrai Ndo'o, la feuille médicinale qui agit. Un peuple qui ne sait plus distinguer son propre trésor d'une contrefaçon a déjà à moitié perdu. C'est précisément pour cela que j'ai consacré à la nutrition tropicale toute une collection de 14 ouvrages : pour que nous cessions de dépendre du regard des autres sur nos propres richesses. Avec le dernier à 537 pages, 700 reférences scientifiques: La bible des condiments sauces et épices africaines!
- Documente toi sérieusement sur nos aliments, nos épices. Sinon comment pourras tu vraiment saisir les enjeux et défendre la richesse qui pousse chez toi?
Maintenant, dites-moi, chers Experts : quelles autres actions concrètes pouvons-nous mener pour que la valeur de nos produits reste sur notre continent ? Je vous lis attentivement. Peut-être que vos idées nous aideront à sortir, ensemble, de la place où l'on nous a assignés.
Partagez ce texte autour de toi. Parce qu'un peuple qui sait ce qu'il vaut ne se laisse plus acheter au prix de la matière première.
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📗 La Bible des Condiments, Sauces et Épices Africaines537 pages | 700 références scientifiques. La composition biochimique complète de chaque épice africaine documentée, vérifiée, expliquée simplement. disponible aussi sur amazon
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Josie-K ✨
Biochimiste | Experte en nutrition tropicale depuis 2010 | 19 ouvrages publiés
Ce que nos ancêtres savaient, la science le confirme. Je le documente, et je le transmets.