16/02/2026
LE PRIEUR DE BETHLÉEM (éditions Flammarion, 4 mars 2026)
Extrait :
" C’est en soufflant sur les cimes du mont Halhoul, dans la vallée du Jourdain, que le Grand Horloger, maître du Temps et de l’Infini, a dit « Soit ! », et tout fut selon Sa volonté. Il a fait des mirages du Sinaï des oasis où l’on pouvait boire et manger, et des rochers de Jéricho des temples où l’on pouvait prier pour les vivants et pour ceux qui ne sont plus. Ému par tant de miséricorde, le commun des mortels a levé les yeux au ciel et a dit : « Qu’il en soit ainsi, Seigneur, Toi qui sais ce que le destin ignore et qui jalonnes de mille saluts et les chemins de croix et la vallée des ténèbres. » « Il n’est de chemins de croix que pour les égarés, ô mortel, a dit le Destin, et de vallées de ténèbres que dans les desseins inavoués, car Dieu est lumière. Celui qui veut marcher dans Ses pas trouvera la voie qui mène à la terre que voici – que l’on soit riche ou pauvre, souverain ou sujet, sourcier ou puisatier, cette terre est le bercail des quêteurs de paix sans distinction aucune. Dans chaque grotte officie un prophète et à l’ombre de chaque arbre éclot un poète afin que la beauté de toute chose soit, car le monde ne sera meilleur que lorsque les Hommes le seront. »
Après que les dattiers ont poussé sur le sable et que les oiseaux ont chanté les louanges de Sa grâce, Dieu a posé un ba**er sur chaque pierre et béni toutes les fontaines et tous les vergers. Puis Il a demandé le silence afin que l’univers entier l’entende et Il a dit : « Ô terre des enfants-rois, Philistine sera ton nom jusqu’à la fin des temps. »
Ainsi est née la P@lestine que le Seigneur a aimée avec une force telle que, de jalousie, une mer en est morte. "
La colère outragée avec laquelle Alexandre Yakovlevoï referme le manuscrit manque de lui déboîter le poignet. Pendant une longue minute, la figure congestionnée, il attend que l’effet de sa lecture se dissipe, puis, avec application, comme sa mère lui avait appris à le faire lorsque les crises d’angoisse s’emparaient de l’enfant introverti qu’il avait été, il inspire à pleines narines, remplit ses poumons d’air à les saturer et se met à expirer par la bouche, lentement, profondément, jusqu’à expurger son ventre en entier. Pas une fois, depuis qu’il est à la tête des éditions La Seine, un texte ne lui a remué les tripes avec une telle violence.