09/08/2026
🇫🇷 Mortalité infantile : un signal d’un système sous tension
Dans un pays développé comme la France, certains indicateurs devraient rester stables, voire s’améliorer. C’est le cas de la mortalité infantile… et pourtant, la tendance s’inverse.
En France, la mortalité des enfants avant l’âge d’un an est passée de 3,5 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2011 à 4,1 pour 1 000 en 2024.
➡️ Soit une hausse d’environ 17 % en un peu plus de dix ans.
Dans le même temps, la France a perdu sa position historique parmi les pays les plus performants d’Europe sur ce sujet.
Ce constat ne peut pas être isolé du contexte plus large dans lequel il s’inscrit.
Il intervient dans un moment où le système de santé français est sous forte tension : hôpital fragilisé, difficultés de recrutement médical, fermetures de lits, accès aux soins plus inégal selon les territoires, et contraintes budgétaires croissantes dans un contexte de dégradation des finances publiques.
Un récent rapport de l’IGAS rappelle d’ailleurs un point essentiel : il n’existe pas une cause unique à cette évolution.
Plusieurs facteurs se combinent :
* âge plus élevé des mères,
* augmentation de certaines pathologies et de l’obésité,
* grossesses plus complexes,
* précarité sociale croissante,
* inégalités territoriales d’accès aux soins.
Mais le rapport interroge aussi l’organisation globale de la prise en charge périnatale : continuité du suivi de grossesse, orientation des patientes, disponibilité des équipes médicales, et capacité des structures à assurer une prise en charge adaptée 24h/24.
Contrairement à certaines idées reçues, l’IGAS ne conclut pas à un lien simple et direct entre la fermeture des petites maternités et la hausse de la mortalité infantile.
Un point est particulièrement important :
👉 la dégradation observée concerne surtout la période néonatale (du 1er au 27e jour de vie).
Cela renvoie donc à l’ensemble du système de soins : prévention, suivi de grossesse, accouchement, mais aussi qualité de la prise en charge immédiate du nouveau-né.
Au fond, la question n’est pas celle d’un lieu unique ou d’un type de structure.
Elle est plus large, à la fois médicale, organisationnelle et sociétale :
sommes-nous encore capables de garantir, sur tout le territoire, un niveau de sécurité homogène pour les mères et les nouveau-nés, dans un système de santé sous contrainte croissante ?
La mortalité infantile est un indicateur sensible. Elle reflète la solidité d’un système de santé, mais aussi celle d’un modèle social.
Lorsqu’elle se dégrade, c’est un signal d’alerte.
Et il mérite mieux qu’un débat simplifié : il appelle une analyse lucide et des décisions structurelles.
Sources : INSEE (2024), IGAS (rapport sur la mortalité infantile et l’organisation des soins périnataux, 2026)