30/05/2026
La tournée "eau" : H2Oh mon Dieu...
Ou comment se noyer dans un verre d'eau
Chaque été, à partir de 28 degrés à l’ombre (ou 25 si on écoute Josiane de la météo locale, plus alerte que Météo Suisse), notre planning se gonfle d’un petit rituel en plus : la tournée "eau".
En théorie, c’est simple : une tournée spéciale, l'après-midi, pour passer chez nos patients les plus fragiles et les encourager à boire. Juste un verre d’eau, de la prévention, un petit mot gentil et hop ! mission accomplie.
En théorie...
Mais comme toutes les bonnes idées, la réalité a son mot à dire.
Chez Monsieur Roger, par exemple, la chaleur ne l’inquiète pas : "L’eau ? J’ai bu deux cafés et une bière à midi, c’est pareil, non ?" Pas tout à fait. Mais difficile de négocier avec un ancien douanier qui considère l’eau comme une trahison gustative.
Madame Berthe, elle, a développé une technique de résistance passive tout à fait remarquable : "Si je bois, je vais faire p**i. Et si je fais p**i, faut que je me lève. Et si je me lève, je tombe. Vous voulez que je me casse une hanche ? Hein ?" Elle me regarde comme si j’étais la cause directe des accidents domestiques en Suisse.
Et puis il y a Monsieur Jean-Mi, 94 ans, esprit vif et œil pétillant : "Mais vous allez me noyer à force ! J’ai bu deux gorgées à 9h, vous voulez quoi, que je me transforme en nénuphar ?" Je lui tends son verre comme on tend une offrande à un roi. Il le prend en soufflant l’air de dire : "Bon, pour vous faire plaisir." Puis il ajoute : "Faudrait faire un pastis-party au lieu de votre tournée "eau". Ça motiverait les troupes."
Il y a quand même des victoires.
Comme Claudine qui refuse l’eau plate mais accepte l’infusion glacée à la menthe. Ou Simone qui boit avec plaisir... si je mets une paille rose et que je chante "La vie en rose" en même temps. Et oui... infirmière, c’est aussi parfois cabaret mobile. Ne sous-estimez jamais le pouvoir d’une Édith Piaf légèrement essoufflée.
À la fin de la journée, j’ai l’impression d’avoir couru un marathon entre fontaines miniatures et verres renversés mais je suis contente.
Car sous leurs bougonneries, leurs plaisanteries, leur méfiance de l’eau non gazeuse,
je sais qu’ils nous font confiance.
Et même s’ils râlent, ils boivent.
Et ça, c’est une petite victoire hydratée.